Joseph-Marie Vien, né le 18 juin 1716 à Montpellier et mort le 27 mars 1809 à Paris, est un peintre, dessinateur et graveur français, précurseur du néoclassicisme.
Il est le père du peintre Joseph-Marie Vien le jeune (1761-1848).
Fils d’un simple serrurier, Joseph-Marie Vien étudia quelque temps chez un peintre de portraits nommé Legrand et chez Jacques Giral, puis fut employé dans une manufacture de faïences.
Monté à Paris en 1740, il fut, dès lors, élève de l’Académie royale, dans l’atelier de Charles-Joseph Natoire, où il est conseillé par Charles Parrocel, et protégé par le comte de Caylus, « antiquaire » et théoricien du retour à l’antique.
En 1743, il remporte le prix de Rome et part, le 21 décembre 1744, pour la Ville éternelle où il rencontrera Duplessis, alors élève dans l’atelier de Pierre Subleyras, et avec qui il restera lié. Là, découvrant les peintures antiques dégagées des ruines d’Herculanum, il se passionna par l’art antique et, modifiant ses idées sur la peinture, se mit à peindre des tableaux dans un style plus sévère que ceux qu’on faisait alors, mais qui ne fut pas apprécié du public alors habitué à la petite manière libertine de Boucher alors à la mode. Tentant d’allier imitation de la nature et des maitres anciens, il est considéré, avec Pompeo Batoni, comme un des précurseurs du néoclassicisme en peinture.
Le protégé du comte de Caylus eut la plus grande peine à entrer à l’Académie royale de peinture et de sculpture, où on l’accusait de mauvais gout. Lorsque, l’année suivant son retour à Paris en 1750, il voulut se faire agréer, avec son Embarquement de sainte Marthe, dont le succès fut cependant considérable, on jugea les œuvres qu’il présentait insuffisantes ; on l’accusait d’imiter trop simplement la nature. En 1754, il faillit de nouveau être refusé lorsqu’il présenta à l’Académie, comme morceau de réception, son Dédale dans le Labyrinthe attachant les ailes à Icare, qui sera son premier sujet mythologique conservé. Boucher, qui savait apprécier un art différent du sien, déclara, à cette occasion, qu’il ne reparaîtrait plus à l’Académie si Vien n’y était pas admis.
Bientôt il se trouva surchargé de travaux. En 1772, Mme du Barry suivit l’engouement général pour le style classique en renvoyant à Fragonard les peintures pour son pavillon de Louveciennes, qu’il avait déjà livrées sur commande, pour les remplacer par des tableaux modernes de Vien. Le directeur des Bâtiments du roi, d’Angiviller, commanda à Vien une série de scènes de grand format d’après Homère qui furent exposées au Salon.
Il fonda une école où il forma un nombre prodigieux d’élèves, mais c’est Jacques-Louis David, qui allait vraiment créer la nouvelle école à ses théories. C’est, en effet, l’élève qui a poussé jusqu’à la dernière rigueur le mouvement de retour vers l’antiquité commencé dans l’École française par Vien avec un héroïsme qui a dépassé l’antiquité élégante, un peu froide et parfois mièvre de ce dernier, et c’est pour cette raison qu’on l’a placé, lui et son maître, au rang des restaurateurs du grand art. En 1763, sa Marchande d'Amours, appréciée par Diderot, le rend célèbre.
Il a une importante activité pédagogique à la tête des Élèves protégés en 1771, devient directeur de l’Académie de France à Rome de 1775 à 1781, et est nommé premier peintre du roi le 17 mai 1789, peu de temps avant la suppression de ce titre. Les dernières années de Vien furent pleines de vicissitudes car la Révolution le ruina mais, quoique octogénaire, il ne se découragea pas et prit part à un concours ouvert par le gouvernement en 1796, et obtint le prix. L’avènement de l’Empire améliora sa situation et il est couvert d’honneurs par Napoléon Bonaparte. Il est nommé sénateur en 1799, comte de l’Empire en 1808 et commandeur de la Légion d’honneur. À sa mort en 1809, Napoléon lui fait l’honneur de funérailles nationales au Panthéon, où il est le seul artiste peintre à reposer[réf. nécessaire].Sa femme, Marie-Thérèse Reboul, et son fils, Joseph-Marie Vien dit Vien le jeune, étaient également peintres.
François Boucher, son contemporain, le décrit comme un bon peintre mais un peu froid. D’un dessin correct qui cherche la fermeté et d’un coloris assez solide, ses peintures sont assez consciencieuses, mais froides. S’il n’est pas étonnant que cette « froideur » néoclassique ait déplu au maître du rococo, il n’en reste pas moins que Vien ne sut pas toujours donner l’élan et la grandeur que les théories de son style préféré imposaient. Y étant parvenu, David reste, à juste titre, plus connu que son maître qui ne reste plus connu que comme son véritable précurseur. Diderot a jugé ainsi cet artiste, cité par Honoré de Balzac dans Sarrasine pour la beauté de son tableau Adonis, à qui l’on doit 179 tableaux : « Vien a de la vérité, de la simplicité, une grande sagesse dans ses compositions. » Plus tard, dans son Salon de 1767, salon auquel Vien présenta sa Prédication de Saint-Denis, et la comparant à l’Épidémie des Ardents de Doyen présentée à ce même salon, il aura des mots plus sévères : " Vien dessine bien, peint bien ; mais il ne pense ni ne sent. Doyen serait son écolier dans l’art ; mais il serait son maitre en poésie. Avec de la patience et du temps, le peintre du tableau des Ardents peut acquérir ce qui lui manque, l’intelligence de la perspective, la distinction des plans, les vrais effets de l’ombre te de la lumière ; car il y a cent peintres décorateurs pour un peintre de sentiment ; mais on n’apprend jamais ce que le peintre de la Prédication de Denis ignore. Pauvre d’idées, il restera pauvre d’idées. Sans imagination, il n’en aura jamais. Sans chaleur d’âme, toute sa vie, il sera froid . »
Mais s'il ne fait pas partie des peintres majeurs, retenus par l’histoire de l’art comme auteurs d’œuvres capitales, il a ouvert de nouvelles voies. Par son œuvre et surtout grâce à son grand talent pédagogique, il conduisit l’évolution de la peinture française de l’époque rococo vers le néoclassicisme.
Suzanne et les vieillards (1743-1744), huile sur toile, musée des Beaux-Arts de Nantes.
Saint Jean Baptiste (vers 1746), Montpellier, musée Fabre.
Cycle de la Vie de sainte Marthe (1747-1751), Tarascon, église Sainte-Marthe :
Sainte Marthe recevant le Christ à Béthanie (1747) ;
La Résurrection de Lazare (1747) ;
L’Agonie de sainte Marthe (1748) ;
L’Arrivée de sainte Marthe en Provence (1748) ;