Joseph-Louis-Victor Jullien de Bidon est un général et haut fonctionnaire français né le 12 mars 1764 à Lapalud (Comtat Venaissin) où il est mort le 19 mai 1839. Il fut général de brigade en 1803, préfet du Morbihan de 1801 à 1814 puis sous les Cent-Jours, commandeur de la légion d'honneur en 1804, conseiller d'état en service extraordinaire en 1805 et comte de l'Empire en 1810.
Fils de Jean-François de Jullien (1726-1786) et de son épouse Anne Arnoux (1744-1816), Joseph-Louis-Victor de Jullien naît au château des Frémigières à Lapalud. Son père est un militaire qui prend sa retraite avec le grade de capitaine. Sa mère est la fille du viguier de Lapalud, Joseph Arnoux.
Louis est le deuxième d'une fratrie de douze enfants, dont sept parviennent à l'âge adulte ; les cinq garçons ayant atteint l'âge adulte font carrière dans l'armée, comme officiers de différentes armes :
Benoît (1766-1785), militaire mort à Pondichéry ;
Auguste (1768-1800), militaire mort à Alexandrie ;
Thomas (1773-1798), aide de camp de Bonaparte en Égypte, mort à Alkam ;
Frédéric (1785-1825), militaire, chevalier de l'Empire ;
Marie Félicité (1775-1849).épouse en 1804 Théodore Brezun (1777-1842), maire de Lapalud.
Condisciple de Bonaparte à Valence
Ayant obtenu une bourse du roi, le jeune Jullien part étudier au collège de Brienne où il fait la connaissance en 1779 d’un camarade plus jeune que lui, qui deviendra par la suite son ami, puis son protecteur : le jeune Napoléon Bonaparte. Élève surnuméraire d'artillerie de l’École Royale de Metz le 16 août 1781, élève le 18 janvier 1782, Jullien est reçu 28e sur 33, au concours des officiers de 1783 avec le grade de sous-lieutenant. Il est affecté, le 1er septembre 1783, au régiment de La Fère en garnison à Valence, pour parfaire sa formation d'artilleur. Sorti lieutenant en second de l’École d’artillerie de Valence le 1er septembre 1783, il sert au 2e régiment d’artillerie de Besançon le 4 juillet 1784, puis passe au régiment d’artillerie de La Fère le 3 octobre 1784. Rejoint l’année suivante par Bonaparte, ils poursuivent ensemble leur formation théorique et pratique. Une réelle amitié se noue entre les deux hommes. Et lorsqu'au cours de ses nombreuses permissions, Bonaparte regagne sa Corse natale, il n'est pas rare qu'il fasse une halte dans la maison familiale Jullien à Lapalud. Le chemin des deux hommes se sépare quelques années plus tard. Ils ne se retrouveront qu'en 1798 pour mettre sur pied l'expédition d'Égypte.
Jullien est nommé lieutenant en premier le 1er mai 1789 et passe capitaine d'artillerie en second au 5e régiment de la même arme le 1er avril 1791. Il devient adjoint aux adjudants-généraux de l’armée du Midi le 1er mai 1792, adjudant-général chef de bataillon le 10 pluviôse an II, et adjudant-général chef de brigade le 25 prairial an III. Il fait par la suite les campagnes de l'an III à l'an VI aux armées du Rhin, de Rhin-et-Moselle et d'Angleterre.
« D'un patriotisme des plus fortement prononcés ; capable des plus grands services pour le bien et le raffermissement de la République et de la liberté. Officier d'un mérite distingué, soit comme officier d'artillerie, soit comme officier d'état-major, zélé, actif, très-intelligent »
— Achille Duvignau, Mémoire de proposition au grade d’adjudant-général adressé à la commission de l'organisation et du mouvement des armées
« Son activité, son zèle m’ont rendu de grands services. Il a créé des moyens, il a fait honneur à son arme »
Jullien retrouve Bonaparte pour préparer l'expédition d'Égypte et embarque le 30 floréal an VI avec l'armée d'Orient. Son jeune frère Thomas Prosper Jullien est alors aide de camp du général en chef Bonaparte. Mais deux semaines seulement après le débarquement français à Alexandrie, son frère Prosper se fait assassiner près du village d'Alkam alors qu'il portait des lettres adressées à l’amiral Brueys et aux généraux Kléber et Jacques-François Menou. À la suite de ce décès, le général en chef lui fait parvenir ces quelques mots :
« J'ai été extrêmement peiné. C'est une perte que je sais évaluer et qui ne fait qu'accroître l'amitié que je vous ai vouée. Écrivez-moi quelquefois, et croyez au désir que j'ai de vous être utile. »
Après la prise de possession du delta, Louis Jullien est nommé commandant de la place de Rosette. Cette fonction prend toute son importance dans un pays occupé où l'armée doit puiser toutes ses ressources. C’est à l’adjudant-général Jullien, commandant de la ville, que le lieutenant Bouchard annonce en premier, en juillet 1799, sa découverte de la Pierre de Rosette et c’est lui, en tant que commandant de Rosette, qui l’adresse à l’Institut d’Égypte au Caire.
Au mois de floréal an VII un fanatique, qui se disait l'ange El-Mohdhy et qui était parvenu à former une armée d'Arabes de différentes tribus et de Mamelouks, s'avance vers le Nil ; repoussé par le chef de brigade Lefebvre, l'ange se présente devant Rosette, pensant pouvoir s'en emparer aisément. Mais Jullien marche au-devant de lui, le bat et le force à se retirer avec précipitation.