Joseph-Alexandre DeSève, né à Montréal le 14 septembre 1896 et mort à Montréal le 3 septembre 1968, est un distributeur et producteur de films, et le fondateur de Télé-Métropole. Il est l'un des premiers Canadiens français à instituer une fondation charitable de son vivant.
Ce fils d’une famille nombreuse de Saint-Henri, devenu orphelin de père alors qu’il est encore un enfant, doit apprendre à se débrouiller tôt. Avec un sens des affaires aiguisé et une grande force de travail, DeSève tracera lui-même la voie de sa carrière jusqu'à devenir l'une des personnalités les plus importantes du Québec dans le milieu du cinéma et de la télévision.
Très tôt, le cinéma l’attire, particulièrement la distribution des films français. DeSève fonde d'abord la Franco-Canada Films avec Édouard Garand, puis entre à France-Film de Robert Hurel en 1934. Il y gravit rapidement les échelons jusqu'à en devenir président et directeur général quatorze ans plus tard, en 1948. Toutes les étapes de la production d'un film l'animent, de sa conception jusqu'à sa distribution. Au fil des ans, il fonde de nombreuses compagnies, dont certaines seront de courte durée alors que d’autres connaîtront le succès. Il participe en outre à la production des premiers films québécois parmi lesquels Le Gros Bill, La Petite Aurore, l'enfant martyre et Tit-Coq. DeSève se retrouve également à la tête des plus grandes salles montréalaises, dont le Théâtre Saint-Denis, Le National, le Beaubien et L’Arcade.
La télévision, qui arrive au Québec en 1952, l'intéresse également. Avec un groupe d'hommes d'affaires, il obtient un permis d'exploitation en 1960. Inaugurée en 1961, la station CFTM-TV (Télé-Métropole) est rapidement adoptée par la population. DeSève vient par là de donner naissance à la deuxième chaîne de télévision francophone privée du Québec.
Joseph-Alexandre DeSève naît le 14 septembre 1896 à Saint-Henri. Il est le fils de François-Xavier DeSève et d'Adeline Ouimet. Le couple s'était marié le 23 avril 1884. De leurs 16 enfants, Joseph-Alexandre est le dixième. La famille DeSève est installée dans la petite ville de Saint-Henri. Son père est longtemps responsable du service de l'aqueduc et de la distribution de l'eau en plus d'être secrétaire-trésorier de la municipalité. Quand Joseph-Alexandre est enfant, François-Xavier devient secrétaire-trésorier de la commission scolaire.
Joseph-Alexandre grandit dans une maison en pierres, construite peu avant sa naissance, située au 270, rue Delinelle. Comme ses frères, Joseph-Alexandre fréquente le Collège Sainte-Élisabeth de 1902 à 1909. Il y a intégré la fanfare.
La vie familiale prend un dur tournant en 1907, alors que le père décède d'une crise cardiaque. Il s'ensuit une période difficile pour la famille DeSève. Joseph-Alexandre doit faire sa part et ramène l'argent de ses petits métiers de commissionnaire ou de vendeur pour le Canadien Pacifique. Le chroniqueur Rudel-Tessier rapporte ainsi qu'à l'âge de « treize ans, le futur multimillionnaire promenait son éventaire de cigarettes, de tablettes de chocolat et de chewing gum dans les trains du Pacifique. Il gagnait alors trois dollars par semaine ! »
C'est à cette époque qu'il apprend l'anglais. Le jeune adulte devient ensuite garçon de courses pour un cabinet immobilier, commis de banque puis travaille au service du contentieux de la même institution. Joseph-Alexandre décide ensuite de se perfectionner et s'inscrit à un cours d'expert-comptable par correspondance.
Le 23 janvier 1917, Joseph-Alexandre épouse Juliette Chalifoux. Ils ont une première fille, Marie Évelina Juliette Rollande, le 31 octobre 1917 puis une deuxième, Marie Adeline Anita Jacqueline, le 24 octobre 1919. La famille vit au 1231, rue Saint-Denis puis s'installe au 1507, toujours rue Saint-Denis et enfin au 478, rue Rivard.
Joseph-Alexandre aurait alors travaillé comme comptable pour l'avocat et notaire Pierre-Édouard Blondin, puis pour le syndic de faillites Wilfrid Damphousse. Non content de travailler pour les autres, il tente de fonder son entreprise en 1923. Il lui faudra toutefois encore patienter quelques années avant que cela ne se concrétise vraiment.
S'il est toujours marié à Juliette Chalifoux, le couple s'éloigne. Joseph-Alexandre rencontre Juliette Champagne, avec qui il a une fille, Marie Thérèse Alexandrine, en 1930.
En 1929, Joseph-Alexandre DeSève se rend au cinéma pour voir le film Broadway Melody en anglais. C'est à ce moment que se dessine le rêve de sa vie : fonder une compagnie de distribution de films parlant français et qui possèderait en même temps un réseau de salles à travers le Québec. Il commence à mettre son projet en branle. Or, le krach boursier, survenu en octobre 1929, vient ralentir le tout.
En attendant de pouvoir réaliser ce projet, il se tourne d'abord vers l'immobilier. Lors d'une balade dans les rues de Montréal, il aperçoit un terrain vague. Ses talents d'homme d'affaires commencent dès lors à se révéler. Il se fait prêter l'argent nécessaire et y fait construire un immeuble. Il acquiert ensuite d'autres terrains, atteignant un capital de 25 000$. Mais, la crise économique qui sévit fait en sorte que le marché immobilier s'effondre, il doit trouver une solution. DeSève décide alors d'investir 4000$ dans de petites épiceries-crémeries. Un an plus tard, il se retrouve à la tête de neuf épiceries-crémeries - les Crémeries Papineau. DeSève finit par les vendre.
Depuis plusieurs années déjà, Joseph-Alexandre DeSève convoite le Théâtre Saint-Denis. En 1933, Joseph Cardinal, qui en est locataire, doit renouveler son bail. DeSève parvient toutefois à mettre la main sur celui-ci. Le 28 juillet, DeSève s'associe avec Raoul Rickner. Les deux hommes fondent une compagnie qui opérera le théâtre. Après des travaux de rénovation, la salle rouvre sous cette nouvelle administration le 19 août 1933.
DeSève cherche maintenant à s'approvisionner en films. Il propose à Édouard Garand, un éditeur qui s'est lancé dans le cinéma en 1931, un partenariat. Ils en viennent à un accord et la nouvelle société - Franco-Canada Films - commence ses activités le 18 février 1934.
DeSève est le président de Franco-Canada Films tandis que Garand en devient directeur. Léo-Ernest Ouimet est pour sa part nommé directeur général et Maurice West, directeur des ventes. Franco-Canada Films ouvre ensuite un bureau d'achats à Paris, administré par M. W.-R. Bader. La compagnie sollicite aussi les sociétés américaines, comme Paramount, Fox et Universal, qui produisent des films en français.
Franco-Canada Films parvient rapidement à placer ses films dans une trentaine de salles au Québec. De plus, elle obtient la gérance de l'Impérial et du National à Montréal ainsi que du Princess et de l'Empire à Québec.
À l'époque, le grand joueur dans la distribution de films en français au Québec est France-Film, fondée par Robert Hurel en 1930. DeSève explique qu'il avait « besoin de films. Hurel en importait. J'allai donc le trouver pour lui demander de me fournir cinquante-deux films par année. Je lui proposais un contrat de trois ans. [...] Hurel m'accorde tout ce que je lui demandais à condition que je mette 10 000 dollars dans sa compagnie. »