Joseph-Adolphe Chapleau, né le 9 novembre 1840 à Sainte-Thérèse et mort le 13 juin 1898 à Montréal, est un avocat et homme politique québécois. Il est premier ministre du Québec de 1879 à 1882 et lieutenant-gouverneur du Québec de 1892 à 1898.
Fils de Pierre Chapleau, tailleur de pierre, et de Zoé Sigouin, Joseph-Adolphe Chapleau naît à Sainte-Thérèse-de-Blainville le 9 novembre 1840. Il est l'aîné de sept enfants. La famille déménage à Terrebonne alors qu'Adolphe est toujours enfant. Le 25 novembre 1874, Chapleau épouse Marie-Louise King, à Sherbrooke. Le couple n’aura pas d’enfant.
La seigneuresse de Masson, Marie-Geneviève-Sophie Raymond, devenue veuve récemment, annonce bientôt son intention de payer les études de deux élèves, les plus méritants de sa seigneurie. Il s'agit de Joseph-Adolphe Chapleau et de Louis Riel. Chapleau commence des études de rhétorique au Collège de Terrebonne où il développe des dons certains d'orateur. En 1851, il entre au Séminaire de Saint-Hyacinthe, où il remporte les premiers prix en philosophie. Il y développe le goût pour la profession d'avocat car il prend l'habitude de défendre les élèves devant la cour de justice du séminaire.
Chapleau arrive à Montréal où il étudie le droit chez Ouimet, Morin et Marchand. Admis au barreau du Bas-Canada le 2 décembre 1861, il entre comme avocat au même bureau où il a fait son stage. Gédéon Ouimet, futur premier ministre du Québec, devient alors son mentor. Grâce à lui, il développe des amitiés avec plusieurs figures importantes du Parti conservateur dont il finit par épouser la cause. Cependant, ses idées modérées feront qu'il tentera souvent plusieurs rapprochements avec les modérés du Parti libéral, ce qui lui attirera l'inimitié de l'aile ultramontaine conservatrice.
En attendant la politique, Chapleau se spécialise dans les causes criminelles où ses dons d'éloquence font merveille, puisqu'il remporte 21 causes sur 22 dans les procès impliquant des accusés susceptibles d'être condamnés à mort. De 1878 à 1885, il est professeur de droit criminel à l'Université Laval de Montréal. De 1885 à 1898, il est professeur titulaire de droit international.
À 19 ans, Chapleau, qui s'intéresse de plus en plus à la politique, commence à participer aux assemblées contradictoires en tant que membre du Parti conservateur. Il s'y fait vite remarquer dans l'art de l'éloquence. Plus tard, il fonde, avec son ami Louis-Olivier David, le journal Le Colonisateur, dans lequel il émet ses idées. À la suite des conférences de Québec et de Charlottetown de 1864, il défend avec ardeur le projet de Confédération élaboré par John A. Macdonald et George-Étienne Cartier.
La Confédération canadienne entre en vigueur le 1er juillet 1867 et des élections fédérales et provinciales sont aussitôt organisées pour le mois de septembre. Chapleau veut se présenter candidat conservateur au provincial dans le district de Terrebonne mais, en fonction du double mandat alors en vigueur, Louis-François-Rodrigue Masson, fils de la seigneuresse de Masson, désire représenter le même district au fédéral et au provincial. Masson reçoit l'appui de G.-É. Cartier mais Gédéon Ouimet réussit à le persuader de ne se présenter qu'au fédéral. Chapleau est donc élu sans opposition député conservateur de Terrebonne au provincial.
Chapleau fait son premier discours à l'Assemblée législative du Québec à l'occasion de la réponse au discours du trône et y démontre qu'il est l'un des plus éloquents parmi la députation. Il y fait l'éloge de la nouvelle constitution et termine son discours ainsi : « Nous sommes au berceau d'une Constitution nouvelle. Autour d'un berceau, les passions se taisent, les divisions disparaissent pour faire place à des sentiments d'amour, à des projets de gloire et d'avenir ».
Le premier premier ministre du Québec, Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, déclenche de nouvelles élections en 1871 et Chapleau remporte de nouveau brillamment le district de Terrebonne. Dans l'opposition, le nouveau député libéral d'Arthabaska, Wilfrid Laurier, réclame l'abolition du double mandat. Au contraire des autres conservateurs, pour le moment hostiles au projet, Chapleau se déclare pour. Il faut dire que la menace de Masson de se présenter au provincial dans Terrebonne est toujours présente.
En février 1873, Gédéon Ouimet succède à Pierre Chauveau comme premier ministre du Québec. Il fait aussitôt entrer son ami Chapleau dans son cabinet en tant que solliciteur général. Comme la loi l'oblige à cette époque, Chapleau doit alors se représenter à une élection partielle où il est réélu le 12 mars 1873.
Le nouveau ministre fait alors connaissance avec deux personnalités qui hanteront les couloirs de son futur gouvernement. L'une est le journaliste Arthur Dansereau, rédacteur en chef de La Minerve, qui exerce déjà une influence certaine dans les décisions du gouvernement Ouimet. L'autre est l'homme d'affaires Louis-Adélard Senécal, qui s'est taillé une réputation de financier sans scrupule au cours des dernières années.
Accusé de spéculation frauduleuse dans l'affaire des Tanneries, le gouvernement Ouimet doit démissionner en septembre 1874. Chapleau a été impliqué dans le scandale et le nouveau premier ministre, Charles-Eugène Boucher de Boucherville, refuse de le faire entrer dans son cabinet. Chapleau doit défendre sa réputation devant une commission d'enquête. En attendant sa mise en place, à l'automne 1874, il accepte de défendre l'ancien Métis rebelle, Ambroise Lépine, impliqué dans la crise manitobaine de 1870. La partialité du juré fait cependant qu'il perd son procès.
La Cour supérieure lave le gouvernement Ouimet de tout soupçon en 1875. La transaction des Tanneries était bel et bien légale. De Boucherville décide de réintégrer Chapleau dans son cabinet. Il devient Secrétaire de la province en janvier 1876. Cependant, en 1878, le lieutenant-gouverneur Luc Letellier de Saint-Just destitue le cabinet De Boucherville et invite le chef libéral Henri-Gustave Joly de Lotbinière à former le nouveau gouvernement dans un geste plus ou moins légal. Au cours des mois suivants, Chapleau agit comme chef de l'opposition officielle à l'Assemblée législative (puisque De Boucherville siège au Conseil législatif et non à l'Assemblée législative) et il devient le chef plus ou moins officiel du Parti conservateur. Ses attaques contre le gouvernement libéral minoritaire se font de plus en plus agressives dans les semaines suivantes. En 1879, le premier ministre canadien Macdonald révoque Letellier de Saint-Just. Le gouvernement Joly se fait refuser les crédits par le Conseil législatif, à majorité conservatrice. Le premier ministre Joly démissionne à l'automne. Le 31 octobre 1879, le nouveau lieutenant-gouverneur, Théodore Robitaille, demande à Joseph-Adolphe Chapleau de former un nouveau gouvernement.
Lorsque Chapleau devient premier ministre, son parti n'est pas vraiment unifié derrière lui car l'aile ultramontaine se méfie de cet homme qui ne semble pas vouloir baisser pavillon devant certaines directives du clergé. De plus, on le soupçonne de vouloir organiser un gouvernement occulte avec Arthur Dansereau et Louis-Adélard Senécal. Celui-ci est d'ailleurs nommé à la tête du Chemin de fer de la Rive-Nord (Le Québec, Montréal, Ottawa et Occidental), qui deviendra la pomme de discorde du Parti conservateur. Chapleau est également suspecté par les ultramontains de vouloir former une coalition avec les libéraux d'Honoré Mercier, qui est à la veille de devenir chef du Parti libéral. D'ailleurs, il y a bel et bien des négociations mais elles se terminent en queue de poisson lorsque certains journaux commencent à les dénoncer.
Les objectifs premiers du gouvernement Chapleau sont la finalisation de la construction du chemin de fer de la Rive-Nord, ainsi que le développement de l'agriculture, de la colonisation et de l'industrie minière. Le curé Antoine Labelle est un ami du premier ministre et les deux hommes encouragent fortement la colonisation dans les Laurentides.
En 1880, des négociations ont lieu en Europe avec des capitalistes français et les deux parties créent le Crédit foncier franco-canadien dont le but est de subventionner les cultivateurs, les gouvernements et les institutions sérieuses qui le demandent. Il s'agit de la première collaboration économique entre le Québec et la France depuis le traité de Paris de 1763. Cependant, au printemps 1881, un article de L'Électeur accuse Chapleau d'avoir reçu indûment 14 000 $ lors de la création de cette institution, ce qui ne sera cependant jamais prouvé.