Ce Jour-là

Jorge Pacheco Areco

Personnalité politique uruguayenne

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Jorge Pacheco Areco (né le 9 avril 1920 à Montevideo, mort le 29 juillet 1998 à Montevideo), est un homme d'État uruguayen, président de l'Uruguay entre le 6 décembre 1967 et le 1er mars 1972. Membre du Parti colorado, il appliqua une politique autoritaire dans un contexte de crise économique et sociale grave, réitérant chaque année des mesures d'exception (medidas prontas de seguridad (es)) et ordonnant l'intervention militaire dans les syndicats.

Jorge Pacheco Areco vient d'une famille de politiciens. Son père, Manuel Pacheco, médecin et parlementaire, est issu de la famille Batlle Pacheco, et descendant ainsi du fondateur de l'Uruguay moderne, José Batlle y Ordóñez. Les Batlle Pacheco contrôlent la liste 14 du Parti colorado, conservatrice et opposée au néo-batllisme de Luis Batlle Berres (président de 1947 à 1951). Par ailleurs, son grand-père maternel, Ricardo Areco (es), est un juriste et parlementaire reconnu.

Jorge Pacheco entame des études de droit sans les achever. Il est professeur de lettres et d'espagnol, ainsi que journaliste à El Día (es), organe de presse de la liste 14. À la mort de son oncle, Rafael Batlle Pacheco (es), il prend la direction de ce quotidien, entre 1961 et 1965.

Il se marie plusieurs fois, ayant de son premier mariage un fils, Ricardo, qui siège aujourd'hui[Quand ?] à la Cour des comptes, et deux enfants de son second mariage, l'un d'eux, Jorge Pacheco Klein (es), ayant été un parlementaire colorado. Il se marie deux autres fois.

Débuts de l'activité politique

Pacheco milite d'abord dans les rangs du vierisme (es), une tendance batlliste (es) conservatrice nommée d'après le président Feliciano Viera (1915-1919). Il prononce son premier discours politique à la radio en 1946, et commence à se faire connaître avec son ami Raumar Jude (es), membre du Parti colorado, qui, sur les conseils de son père, s'est rapproché de la famille Batlle Pacheco afin d'obtenir un poste dans la rédaction d'El Día.

Pacheco est ainsi élu député aux élections de 1958, pour le Parti colorado du Parti colorado, menée par le sénateur Carlos Mattos. Il est réélu en 1962, un an après la mort de son oncle, ce qui fait de lui le rédacteur en chef du quotidien El Día. Mais il doit démissionner, en raison de désaccords avec un autre oncle, César Batlle Pacheco (es), qui est opposé à la réforme constitutionnelle de 1967 mettant fin au Conseil national du gouvernement, la direction collégiale de l'exécutif uruguayen, réforme que Jorge Pacheco soutenait au contraire.

Il est élu vice-président en 1966, en tant que colistier du général Óscar Diego Gestido, appuyé par le courant de l'Unión Colorada y Batllista (es). À la mort du président Gestido en décembre 1967, il assume donc la présidence de l'Uruguay jusqu'à la conclusion du mandat, en mars 1972. Dès le 12 décembre 1967, il décrète la dissolution du Parti socialiste et d'autres organisations de gauche (MRO, MAPU, MIR et FAU).

Il fait entrer les représentants de la plus haute oligarchie dans le gouvernement et aux postes clefs de l'administration, avec Jorge Peirano Facio (es), président de la Banque marchande, comme ministre de l'Industrie et du Commerce ; César Charlone, de la Sociedad de Bancos, à l'Intérieur (Hacienda) ; Alejandro Végh Villegas (es), de la banque La Caja Obrera, à la direction de l'OPP (Oficina de Planeamiento y Presupuesto (es)) ; Carlos Frick Davies, associé aux Santayana dans plusieurs sociétés anonymes, et venant de la Banque commerciale, à l'Agriculture ; et Joaquín Secco García, de la Banco de Cobranzas, au sous-secrétariat des Relations étrangères.

Les mesures d'exception et la répression du mouvement social

Cependant, ce n'est qu'à partir du 13 juin 1968, jour où Pacheco décrète des mesures d'exception (les medidas prontas de seguridad (es)) afin de réprimer le mouvement social que le « pachéquisme », ou l'autoritarisme de Pacheco, se révèle ouvertement. Utilisées ponctuellement auparavant, quoique avec une fréquence plus grande avec le second gouvernement blanco (trois fois en 1965), puis avec Gestido en 1967, ces mesures, qui permettent la censure et la détention sans inculpation, se transforment avec le « pachecato » (terme dérogatoire utilisé par l'opposition), selon le politologue Óscar Bottinelli, en un « état d'exception » durable. Tous les journaux de Federico Fasano Mertens (es) furent ainsi fermés, suscitant un tract de rue ironique qui citait l'ensemble de ces journaux.

Avec l'aggravation de la crise économique (inflation annuelle de plus de 160 %), l'influence de la révolution cubaine (1959), la création d'une confédération syndicale forte, en 1966 (la CNT), et les mobilisations étudiantes, prenant parfois la forme de manifestations violentes, le mouvement social était alors en ébullition, en particulier après mai 68, qui « eût des effets quasi instantanés sur la société uruguayenne ».

Le 24 juin 1968, Pacheco décrète la « militarisation » des employés de banque de l'État, internant 51 dirigeants dans les casernes, mesures qu'il appliqua par la suite à d'autres secteurs. Toutes ces mesures d'exception sont applaudies par les secteurs patronaux. L'enterrement de l'étudiant Liber Arce (es), décédé peu après avoir été abattu par la police lors d'une manifestation, réunit le 15 août 1968 deux cent mille personnes. Le premier secrétaire du PCU et l'archevêque de Montevideo sont présents à son enterrement. Deux autres étudiants, Hugo de Los Santos et Susana Pintos, furent tués par la police le 20 septembre 1968, tandis que des centaines d'ouvriers grévistes de la fonction publique étaient licenciés.

Le contrôle des salaires et des prix

Sur le plan économique, il annonce le 28 juin 1968 le gel des salaires et des prix, ainsi que le contrôle des loyers, en faisant de nouveau usage — de façon juridiquement discutable — des medidas prontas de seguridad afin de freiner l'inflation. Ces mesures furent entérinées par une loi, instituant la Coprin (Comisión de Productividad, Precios e Ingresos), présidée à ses débuts par Ángel Servetti (es). Celle-ci fixait notamment les montants des salaires, les prix de la plupart des produits (de façon très détaillée et bureaucratique, allant jusqu'à réglementer la taille du verre de lait ou le prix des pantoufles de couleur noire entre la taille 36 et 40), et agissant comme intermédiaire lors des négociations entre syndicats et patrons.

Paradoxales venant d'un gouvernement qui se prétend défenseur du libéralisme économique, ces mesures, qui sont un cas extrême de planification en Uruguay, sont défendues en particulier par Alejandro Végh Villegas, d'abord sous-secrétaire de l'Industrie puis directeur de l'Oficina de Planeamiento y Presupuesto (es) (OPP), puis par son successeur Ramón Díaz, ainsi que par Jorge Batlle, qui se convertissent après en d'ardents défenseurs du néolibéralisme.

Elles réussissent néanmoins à baisser l'inflation à un taux annuel de 20 %, expliquant la popularité du pachequismo chez la moitié de la population, très polarisée. Cet appareil est démantelé par son successeur, Bordaberry, au risque de refaire remonter l'inflation à 80-100 %, puis sous la dictature (1973-1985).

L'appui parlementaire et l'opposition

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