John Herndon Mercer ou Johnny Mercer (18 novembre 1909 – 25 juin 1976) est un auteur-compositeur et interprète américain. Il fut un chanteur populaire aussi bien en interprétant ses propres œuvres que celles écrites par d'autres. Des années 1930 aux années 1950, nombre de chansons écrites par Mercer devinrent de véritables hits. Il écrivit les paroles de plus de mille chansons, dont certaines destinées au cinéma et aux spectacles de Broadway. Parmi les voix célèbres qui interprétèrent ses textes, on peut citer entre autres Fred Astaire, Ginger Rogers, Bing Crosby, Audrey Hepburn et Frank Sinatra. Johnny Mercer reçut quatre Oscars et deux Grammy Awards. Il est aussi l'un des cofondateurs de la maison d'édition des disques Capitol Records.
Johnny Mercer est né à Savannah en Géorgie. Il est le fils de George Armstrong Mercer, avocat et promoteur immobilier, et de Lillian Ciucevich, seconde épouse et secrétaire de George Mercer, fille d'immigrants croato-irlandais qui arrivèrent aux États-Unis dans les années 1850. Le père de Lillian était dans la marine marchande et brava à plusieurs reprises le blocus de l'Union lors de la guerre de Sécession. Johnny Mercer est le quatrième fils de George et le premier de Lillian. Un de ses arrière-grands-parents était le général confédéré Hugh Weedon Mercer, un descendant du général américain Hugh Mercer qui fut tué lors de la bataille de Princeton en 1777. Johnny Mercer est aussi un cousin éloigné du général George S. Patton. La Mercer House de Savannah avait été construite par le général Hugh Weedon Mercer en 1860. Elle devint ensuite la demeure de Jim Williams, dont le procès pour meurtre est le sujet principal de l'ouvrage de John Berendt, Midnight in the Garden of Good and Evil, cependant ni le général, ni Johnny n'y vécurent.
Enfant, Mercer aime déjà la musique, il attribue d'ailleurs son talent dans ce domaine à sa mère qui chantait des ballades sentimentales. Son père quant à lui interprète de vielles chansons écossaises. La tante de Johnny lui raconta qu'il fredonnait déjà alors qu'il n'était âgé que de six mois. Plus tard, c'est elle qui l'emmène au spectacle, où il découvre les coon songs et le ragtime. La résidence d'été de la famille, Vernon View est au centre du bayou de Savannah où Johnny s'ébat au milieu d'arbres moussus, de marais d'eau salée et douce, et admire la nuit étoilée, toutes choses qui vont l'inspirer des années plus tard.
Mercer est peut-être l'un des auteurs américains blancs de sa génération à avoir été le plus en contact avec la musique noire. Enfant, il a de nombreux camarades et domestiques afro-américains et il écoute les pêcheurs et les marchands qui, autour de lui, chantent en créole, dans un dialecte connu sous le nom de Geechee. Il s'intéresse aussi aux services religieux des églises noires. Il dira plus tard : « [leurs] chants me fascinaient plus que tout ». Il ne suit pas une formation musicale traditionnelle mais il chante dans un chœur dès ses six ans et vers onze ou douze ans, il a mémorisé presque toutes les chansons qu'il a entendues et sa curiosité le pousse à découvrir ceux qui les ont écrites. Il demande un jour à son frère qui est le meilleur auteur et celui-ci répond Irving Berlin, l'un des meilleurs de la Tin Pan Alley.
Malgré son exposition très précoce à la musique, les talents de Mercer sont clairement le chant et l'écriture, même s'il n'est pas doué pour jouer d'un instrument, il rêve cependant de devenir compositeur. En plus des chansons qu'il a mémorisées, il est aussi un lecteur avide et il écrit des histoires d'aventures. Ses tentatives de jouer de la trompette et du piano sont loin d'être un succès et il ne déchiffre que laborieusement les partitions musicales, se fiant davantage à son propre système de notation.
En tant qu'adolescent de l'ère du Jazz Era, il est un pur « produit de son époque ». Il parcourt les quartiers noirs de Savannah à la recherche de disques et écoute les plus grands noms du jazz noir, comme Ma Rainey, Bessie Smith ou Louis Armstrong. Son père possède la première automobile de la ville et comme Johnny conduit lui-même cette voiture, il en tire un certain prestige auprès de ses camarades, même si sa conduite frôle parfois l'insouciance . La famille embarque parfois dans l'automobile pour se rendre dans les montagnes vers Asheville en Caroline du Nord, afin d'échapper à la chaleur étouffante de Savannah. C'est là que Johnny apprend à danser (son professeur n'est autre que Arthur Murray) et à conter fleurette aux Southern belles (les jolies filles du Sud), son sens du rythme fait merveille dans les deux disciplines.
Mercer fréquente la Woodberry Forest boys prep school, dans le comté de Madison en Virginie, jusqu'en 1927. Bien qu'il n'en soit pas l'un des meilleurs élèves, il y est particulièrement actif au sein des sociétés de littérature et de poésie et comme chroniqueur dans les publications de l'école. En outre, son exposition à la littérature classique enrichit encore son vocabulaire et sa phraséologie. Il griffonne souvent des vers pour une utilisation ultérieure. Il est aussi le clown de la classe et un farceur, membre du « hop » comité, chargé de l'organisation des spectacles musicaux sur le campus.
Faisant déjà pratiquement autorité en matière de jazz, on peut lire dans le yearbook du lycée de Mercer : « Aucun nouvel orchestre ou production musicale ne peut être décrété « bon » jusqu'à ce que Johnny y appose le sceau de son approbation. » C'est à quinze ans qu'il écrit ses premières chansons, comme Sister Susie, Strut Your Stuff et constate immédiatement l'effet magique qu'elles ont sur les filles.
Compte tenu de l'histoire glorieuse de sa famille et de son association avec Princeton et la Princeton University, Mercer se destine aux études jusqu'à ce que certains revers financiers de son père, à la fin des années 1920, ne changent ses plans. Il entre dans l'entreprise paternelle où il est chargé entre autres de la collecte des loyers, mais il se lasse très vite de cette routine et songe à prendre le large.
Mercer s'installe à New York en 1928, alors qu'il n'a que 19 ans. Les musiques qu'il aime, le jazz et le blues, florissent à Harlem et sur Broadway on ne compte plus le nombre de revues et de comédies musicales de George Gershwin, Cole Porter ou autre Irving Berlin. Le goût pour le vaudeville commence à décliner, mais il est encore très présent dans les salles. Mercer y décroche de temps en temps quelques rôles secondaires.
Coincé dans un appartement de Greenwich Village avec beaucoup de temps libre et un vieux piano déglingés, Mercer revient bientôt au chant et à l'écriture. Il obtient un poste dans une maison de courtage et passe ses nuits à chanter.
Mettant en commun son maigre revenu avec celui de ses colocataires, Mercer parvient à tenir le coup, avec parfois un peu plus que de simples flocons d'avoine. Une nuit, il tombe dans les coulisses sur Eddie Cantor et lui propose une chanson comique, mais bien que Cantor la refuse, il encourage Johnny à faire carrière. La première chanson de Mercer Out of Breath and Scared to Death of You, sur une musique de son ami Everett Miller, est chantée dans la revue The Garrick Gaieties en 1930. Mercer rencontre sa future épouse lors du spectacle, une choriste nommée Ginger Meehan. Elle avait été l'une des nombreuses choristes du jeune et talentueux crooner Bing Crosby. Grâce au père de Everett Miller, qui occupe alors un poste de direction chez le fameux éditeur new yorkais T. B. Harms, la première chanson de Johnny est publiée, puis enregistrée par le célèbre violoniste de jazz Joe Venuti et ses New Yorkers.
À vingt ans Mercer commence à traîner avec d'autres paroliers et à apprendre le métier. Il se rend en Californie pour écrire une chanson pour la comédie musicale Paris in the Spring et y rencontre ses idoles Bing Crosby et Louis Armstrong. Cette expérience donne à réfléchir à Mercer qui réalise qu'il préfère écrire en toute liberté plutôt que sur commande. À son retour, il obtient une place dans l'équipe de paroliers de Miller Music pour un salaire de 25 dollars par semaine, ce qui lui donne une base de revenu et des perspectives d'avenir qui lui permettent d'épouser Ginger en 1931. La nouvelle Mme Mercer quitte son emploi de choriste et devient couturière et afin d'économiser, le jeune couple s'installe chez la mère de Ginger à Brooklyn.