Ce Jour-là

Johnny Clegg

Musicien sud-africain blanc et icône anti-apartheid

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Jonathan Clegg, dit Johnny Clegg, né le 7 juin 1953 à Bacup (Royaume-Uni) et mort le 16 juillet 2019 à Johannesbourg, est un auteur-compositeur-interprète, musicien, anthropologue et militant sud-africain.

Surnommé « le Zoulou blanc », il est le leader successif des groupes Juluka et Savuka. Les thèmes de ses chansons sont principalement axés sur la lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud. Il a ainsi été l’inlassable défenseur de la culture africaine, notamment avec sa chanson la plus célèbre, Asimbonanga, qui rend hommage à Nelson Mandela, alors incarcéré depuis plus de vingt ans, et Scatterlings of Africa, qui figure également sur la bande originale du film Rain Man (1988).

Jonathan Paul Clegg est issu en ligne maternelle d'une famille de paysans juifs lituaniens et polonais immigrés en Rhodésie du Sud (devenu le Zimbabwe en 1980), les Braudo. La mère de Johnny Clegg, Muriel Braudo, suivant des cours à l'université de Johannesbourg en Afrique du Sud, se marie avec un non-juif, le Britannique Denis Clegg, contre l'avis de son père. Le couple part ensuite pour l'Angleterre et y élève le petit Jonathan.

Cependant, six mois après cette naissance, le couple divorce et, après un bref passage en Israël, la mère retourne élever seule son enfant dans la ferme familiale à Gwelo, près de Selukwe, en Rhodésie. Alors qu'il a six ans, il suit sa mère en Afrique du Sud, où celle-ci est chanteuse dans les night-clubs et part en tournée dans le pays. Elle l'envoie dans une pension anglaise réservée aux Blancs à la discipline très stricte, dont il garde un très mauvais souvenir. Enfant blanc dans l'Afrique du Sud pendant l'apartheid, Jonathan grandit dans un environnement isolé de toute culture africaine. Malgré cela, il arrive à se lier d'amitié avec le fils du chauffeur de la famille, qui l'initie au ndébélé du Transvaal, une langue qui tire ses origines du zoulou.

Un an plus tard, sa mère épouse un journaliste sud-africain, Dan Pienaar, et la famille s'installe pour deux ans dans un appartement au centre de Johannesbourg. Écrivain et poète issu d'un milieu ouvrier blanc très pauvre, élevé durement dans une ancienne famille afrikaner, ce beau-père a une forte influence dans l'éducation de Jonathan (qui ne connaîtra son père biologique qu'à 21 ans) et lui fait partager sa passion pour l'Afrique.

La famille part vivre ensuite pendant deux ans en Zambie, où le beau-père de Jonathan a trouvé une place dans un journal de Lusaka et s'en va couvrir la guerre au Congo. Durant ce temps, l'indépendance nouvelle de la Zambie aidant, Jonathan Clegg entre pour la première fois dans une école multiraciale. Revenu à Johannesbourg, son beau-père lui apprend à survivre en pleine nature en l'emmenant tous les week-ends faire du camping sauvage dans la brousse. Alors que le garçon est au début de l'adolescence, son beau-père s'enfuit du jour au lendemain en Australie avec une autre femme, emmenant la demi-sœur de Jonathan qui vient d'avoir trois ans.

Âgé de treize ans, se sentant complètement étranger à la religion et à la communauté juive qu'il juge trop passive face à l'apartheid, il refuse de faire sa bar-mitsva. À quatorze ans, ne supportant plus non plus l'école, il fugue durant trois semaines en territoire zoulou avec deux amis avant d'être retrouvé par la police. De retour à Johannesbourg, il commence à traîner dans les rues sans enthousiasme.

Jonathan Clegg, que tout le monde commence à appeler « Johnny », s'initie à la guitare à quinze ans, ce qui lui permet de rencontrer un musicien de rue zoulou qui jouait près de chez lui, Mntonganazo Mzila. Malgré la barrière de la langue, il s'ensuit deux années durant lesquelles Clegg apprend les rudiments de la musique zoulou et le Ihhlangwini, accompagnant Mzila dans tous les « hostels », centres d'hébergements de travailleurs migrants, enfreignant l'interdiction faite aux Noirs et aux Blancs de franchir les limites des secteurs réservés. Cela permet à Clegg de se faire une réputation de bon musicien et de comprendre réellement le fossé qu'a creusé l'apartheid.

À la même époque, Sipho Mchunu quitte sa terre natale zouloue pour exercer le métier de jardinier à Durban. S'étant taillé une réputation de bon guitariste, attiré par l'espoir d'un plus haut salaire, il décide de partir pour la grande ville, où il entend parler pour la première fois d'un garçon blanc au talent de musicien zoulou.

Johnny vit dans le quartier où travaille Sipho. Cela mène à l'inévitable rencontre des deux musiciens. Tout d'abord stimulés par leur envie de comparer leurs talents de guitariste, les deux compères s'associent pour former un duo hors du commun, qui va avoir un succès international. Sipho permet à Johnny de parfaire ses techniques de guitare, de danse, de langue et de combat au bâton zoulou. Johnny permet à Sipho de connaître la musique celtique et le rock.

Ensemble, ils font secrètement la tournée de tous les foyers de travailleurs migrants, enjoignant aux autres musiciens de se mesurer à eux. En plein apartheid, cette association improbable provoque une forte agitation, aussi bien artistique que politique, opposant ceux qui condamnent cette multi-culturalité et ceux qui l'encouragent.

Malgré tout et parallèlement il poursuit ses études. Il sait passer du rire, quand il se rappelle un souvenir, au sérieux, quand il se lance dans une longue analyse. Diplômé en sciences politiques et en anthropologie, il l'a brièvement enseignée à l’Université de Witwatersrand. C'est à l'université que se forgeront ses idées politiques.

En 1976, Johnny Clegg et Sipho Mchunu décrochent leur premier vrai contrat, sous le nom Johnny et Sipho et s'ensuit la sortie de leur premier single Woza Friday (Come Friday). C'est là que commence le concept initié par Johnny Clegg qui consiste à réunir des paroles anglaises et des mélodies occidentales à la musique zoulou.

En 1979, le duo change de nom pour devenir Juluka dont le premier album, Universal Men, malgré l’acclamation des critiques, est censuré en Afrique du Sud, toujours sous la coupe de l'apartheid. Leur deuxième album, African Litany, est leur premier gros succès national, avec notamment leur premier hit Impi. Enfin, le quatrième album marque leur percée sur la scène mondiale. Cinq disques de Juluka deviennent disques d'or et deux, disques de platine.

En 1985, l'aventure Juluka se termine avec le départ de Sipho, retourné apporter de l'aide à sa communauté. Johnny forme ainsi son second groupe Savuka. Clegg et Sipho Mchunu ne perdront jamais contact et décideront par la suite de refaire une tournée et un nouvel album ensemble.

Le premier album de Savuka, Third World Child (« Enfant du Tiers-Monde », titre qui annonce son engagement) est un très gros succès, avec plus de deux millions d'exemplaires vendus dans le monde et les titres phares Asimbonanga (chanson dédiée à Nelson Mandela, alors prisonnier sur l'île de Robben Island au large du Cap) et Scatterlings of Africa, qui a été reprise pour la bande originale du film Rain Man, ce qui atteste son succès international dès cette époque.

L'album suivant, Shadow Man permet à Clegg d'entreprendre une tournée mondiale, partageant la scène entre autres avec Steve Winwood aux États-Unis et George Michael au Canada.

En 1988, il est le plus gros vendeur de 45 tours en France.

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