John Stuart Mill, né le 20 mai 1806 à Londres et mort le 8 mai 1873 à Avignon, est un philosophe, logicien et économiste britannique. Penseur libéral parmi les plus influents du XIXe siècle, il est un partisan de l'utilitarisme, une théorie éthique préalablement exposée par Jeremy Bentham, dont Mill propose sa compréhension personnelle.
En économie, il est l'un des derniers représentants de l'école classique. Précurseur du féminisme, Mill propose en outre un système de logique qui opère la transition entre l'empirisme du XVIIIe siècle et la logique contemporaine. Il est enfin l'auteur du premier grand traité sur la démocratie représentative, Considérations sur le gouvernement représentatif (1861). À la fin de sa vie, John Stuart Mill exprime plus d'intérêt pour les théories socialistes.
Fils aîné de James Mill, il naît le 20 mai 1806 dans la maison parentale à Pentonville, Londres. Il est instruit par son père, sur les conseils et avec l'assistance de Jeremy Bentham et David Ricardo. Il reçoit une éducation extrêmement rigoureuse, délibérément mis à l'écart des enfants de son âge. Son père, adepte de Bentham et défenseur de l'associationnisme, a pour but avoué de faire de lui un génie qui pourrait poursuivre la cause de l'utilitarisme et de ses applications après sa mort et celle de Bentham.
Il est d'une intelligence et d'une culture exceptionnellement précoces ; son père lui apprend à l'âge de 3 ans l'alphabet grec et une longue liste de mots grecs avec leurs équivalents en anglais. À 8 ans, il lit les fables d'Ésope, l'Anabase de Xénophon, tout Hérodote, il est à l'aise avec Lucien de Samosate, Diogène, Isocrate et connaît six dialogues de Platon. Il lit également une grande quantité d'ouvrages sur l'histoire.
Toujours à l'âge de 8 ans, Mill commence le latin, étudie Euclide, l'algèbre et se charge de l'éducation des plus jeunes enfants de la famille. Ses principales lectures concernent l'histoire, mais il lit tous les auteurs latins et grecs communément étudiés dans les collèges et les universités de l'époque. Il n'a pas à composer en latin ou en grec et n'a jamais été scolarisé ; à 10 ans, il lit Platon et Démosthène aisément. L'ouvrage de son père, Histoire des Indes, est publié en 1818. Vers 12 ans, Mill entame l'étude de la logique scolastique, tout en parcourant les traités de logique d'Aristote dans le texte. Les années suivantes, son père l'introduit à l'économie politique par l'étude d'Adam Smith et de David Ricardo et, finalement, complète sa vision économique avec l'étude des facteurs de production.
À 20 ans, Mill est victime d'une dépression, liée probablement au surmenage. Cet épisode de sa vie l'amène à reconsidérer l'utilitarisme de Bentham et de son père : il en vient à penser que l'éducation utilitariste qu'il a reçue, si elle a fait de lui une exceptionnelle « machine à penser », l'a dans le même mouvement coupé de son moi profond et a presque tari en lui toute forme de sensibilité. Dès lors, il tente de concilier la rigueur scientifique et logique avec l'expression des émotions. Ce sont les œuvres du poète Wordsworth qui, dans un premier temps, l'aident à développer une « culture des sentiments », à faire (re)surgir en lui la vitalité du cœur, et l'amènent à se rapprocher de la pensée romantique.
Il rencontre Harriet Taylor lors d'un dîner auquel l'invite le pasteur William Johnson Fox (en), rédacteur en chef du Monthly Repository, un journal engagé et féministe. Les enfants d'Harriet et de John Taylor, son mari de l'époque, l'adorent, et lui se prend d'adoration pour la maîtresse de maison. Une amitié fondée sur des vues communes concernant la société, l'éducation, la politique et surtout les droits des femmes naît immédiatement. La passion vient juste après. Les amants se voient presque quotidiennement, le mari fermant les yeux sur leur conduite. La tolérance de Taylor atteint toutefois ses limites en 1833 et Harriet s'installe à Walton-on-Thames avec sa fille Helen Taylor, tandis que leurs deux fils demeurent avec leur père. Celui-ci reste au domicile sur Regent Street et John Stuart Mill chez ses parents. John Stuart Mill et Harriet échangent des lettres et des essais sur de nombreux sujets. Les textes qui sont parvenus jusqu'à nous montrent qu'elle a des idées plus radicales que lui. Elle est attirée par le socialisme et critique les effets dégradants de la dépendance des femmes aux hommes.
Le mari d'Harriet Taylor Mill meurt, et cette dernière se remarie en 1851 avec John Stuart Mill. Ils vivent d'abord dans le sud-est de Londres, avec Helen, qui s'occupe de sa mère, et un autre de ses enfants, Algernon (« Haji »), mais très vite, ils s'installent dans le sud de la France en raison de la santé précaire d'Harriet ; celle-ci meurt d'une hémorragie pulmonaire à Avignon le 3 novembre 1858. John est très affecté par la mort de son épouse et il reste dès lors en France, avec Helen, et s'installe dans une petite maison d'où il peut voir le cimetière Saint-Véran d'Avignon.
John Stuart Mill attribue une importance majeure aux pensées de son épouse et de sa belle-fille Helen. Il indique, dans l'un de ses ouvrages[Lequel ?], que « ceux-ci ne sont pas le travail d'un esprit, mais de trois ». Notamment, il décrit son essai De la liberté comme issu de la « conjonction » de l'esprit de sa femme et du sien, et souligne dans des pages de ses Mémoires que son amour se double d'une forte complicité intellectuelle :
« Lorsque deux personnes partagent complètement leurs pensées et leurs spéculations, lorsqu'elles discutent entre elles, dans la vie de tous les jours, de tous les sujets qui ont un intérêt moral ou intellectuel, et qu'elles les explorent à une plus grande profondeur que celle que sondent d'habitude et par facilité les écrits destinés aux lecteurs moyens ; lorsqu'elles partent des mêmes principes, et arrivent à leurs conclusions par des voies suivies en commun, il est de peu d'intérêt, du point de vue de la question de l'originalité, de savoir lequel des deux tient la plume. Celui qui contribue le moins à la composition peut contribuer davantage à la pensée ; les écrits qui en sont le résultat sont le produit des deux pris ensemble, et il doit souvent être impossible de démêler la part qu'ils y ont chacun, respectivement, et d'affirmer laquelle appartient à l'un, et laquelle, à l'autre. Ainsi, au sens large, non seulement durant nos années de vie maritale, mais encore durant les nombreuses années de complicité qui les précédèrent, toutes mes publications furent tout autant les œuvres de ma femme que les miennes… »
Il meurt le 7 mai 1873 et est inhumé au cimetière Saint-Véran d'Avignon.
Paradoxe de l'induction et pensée économique
En 1843 est publié Système de logique déductive et inductive. Cet ouvrage n'est pas, malgré son titre, une répétition de la logique d'Aristote, ni un manuel supplémentaire pour une discipline codifiée. En réalité, le système est l'expression d'une philosophie nouvelle, chaînon indispensable qui relie David Hume à Bertrand Russell. Le système de logique offre sans doute un récapitulatif de tout ce qu'il faut entendre sous le terme de logique, mais il propose aussi une nouvelle théorie des sophismes, des noms propres, de la référence, et surtout de l'induction. Le lecteur trouve chez Mill des propositions de réponses au paradoxe de l'induction mis en évidence par Hume, comme il y lit la critique, devenue classique, de la déduction comme raisonnement circulaire, et condamné par nature à ne pouvoir remettre en cause, donc ne pas dépasser, ses axiomes et prémisses. Enfin, le système de logique de Mill met en place une théorie générale des sciences humaines et de leurs méthodes propres, à l'image de son contemporain Karl Marx.
Dans Principes d'économie politique (en) en 1848, Mill développe ses idées sur les droits sociaux et les libertés des travailleurs. Il définit les bornes du progrès des sociétés industrielles, notamment par la baisse tendancielle du taux des profits. Il constate que les mobiles d’agressivité et de gain ne sont utilisés que, faute de mieux, pour accroître les richesses matérielles ; leur déchaînement, accompagné d’une lourde apathie, dégrade les hommes et leur ravit le loisir et la solitude[pas clair]. Les progrès économiques ne sont pas parvenus à engendrer les grands changements qui feraient, comme il conviendrait, des inventions mécaniques la propriété commune du genre humain. Aussi, la société en vue du mieux-être de tous ses membres, peut-elle être réorientée et remodelée sans peur, même si elle doit pour cela perdre un peu de ses dynamismes matériels et manifestes. L’épanouissement de tout individu est desservi par les ruées des êtres vils sur une nature humiliée. L'humanité devrait choisir un état stationnaire de son développement avant que la nécessité ne l'y contraigne (à travers la surexploitation des ressources).