John Singer Sargent, né le 12 janvier 1856 à Florence (grand-duché de Toscane), et mort le 14 avril 1925 à Londres (Royaume-Uni), est un peintre américain qui vécut essentiellement en Europe.
Élève de Carolus-Duran, de Léon Bonnat et d'Adolphe Yvon, il étudie à l'École des beaux-arts de Paris. Il est ami ou proche de grands artistes de l'époque, comme Claude Monet, Paul Helleu, Albert Besnard, Gabriel Fauré ou encore Edmund Gosse. Sargent est particulièrement connu pour son habileté dans les portraits, caractérisés par un style sophistiqué, une virtuosité visuelle et une certaine audace théâtrale. Il réalise sur commande des portraits d'hommes et de femmes les plus célèbres, riches ou puissants d'Europe ou des États-Unis, comme ceux de l'académicien Édouard Pailleron et de son épouse Marie Buloz, Auguste Rodin, John D. Rockefeller, Robert Louis Stevenson, ou encore ceux des présidents, Theodore Roosevelt et Woodrow Wilson.
Au cours de sa carrière, il composa environ neuf cents toiles et plus de deux mille aquarelles, ainsi que d'innombrables croquis et dessins. Son œuvre documente ses voyages à travers le monde, de Venise au Tyrol, de Corfou au Moyen-Orient, ou encore du Montana à la Floride. Il fut actif en France et en Angleterre et peignit des compositions à personnages, compositions religieuses, scènes de genre, figures, portraits, intérieurs, paysages, marines, des compositions murales, à la gouache, à l'aquarelle. Ce fut aussi un dessinateur. Il est proche du courant de l'impressionnisme américain.
Avant sa naissance, son père, Fitz William Sargent, est chirurgien ophtalmique au Wills Hospital de Philadelphie. Après la mort de sa sœur aînée, âgée de deux ans, sa mère Mary (née Singer) fait une dépression nerveuse et le couple décide de partir à l'étranger pour se remettre du choc. Ils restent des nomades expatriés tout au long de leur existence. Bien qu'ayant un pied-à-terre à Paris, les parents de Sargent se déplacent avec les saisons à la mer et dans les montagnes de France, d'Allemagne, d'Italie et de Suisse. Alors qu'elle est enceinte, ils s'arrêtent, en raison d'une épidémie de choléra, à Florence où naît Sargent en 1856.
Un an plus tard, naît sa sœur Mary. Après sa naissance, bien qu'aspirant à revenir à sa pratique de la médecine à Philadelphie, Fitz William Sargent démissionne de son poste à la demande instante de sa femme qui souhaite demeurer à l'étranger. Ils vivent modestement d'un petit héritage et de quelques économies, avec leurs enfants, évitant la société en général et les autres Américains, excepté quelques amis artistes. Quatre autres enfants naissent, dont deux survécurent à l'enfance.
Le jeune Sargent est un enfant turbulent, plus intéressé par les activités de plein air que par les études. Contrairement à son père, sa mère est convaincue que voyager à travers l'Europe, visiter musées et églises, est bon pour l'éducation des enfants. Plusieurs tentatives de faire donner à l’enfant un enseignement classique échouent, principalement à cause de la vie itinérante que mène la famille. Sa mère est une bonne artiste amateur et son père, un illustrateur médical qualifié. Très tôt, elle lui donne des carnets et l'encourage à dessiner au cours de leurs excursions. Le jeune Sargent s'applique sur ses dessins, copie avec enthousiasme des images de navires de l'Illustrated London News et fait des esquisses détaillées de paysages. Fitz William Sargent en vient à espérer que l'intérêt de son fils pour les navires et la mer le conduiront à une carrière dans la marine.
Alors qu'il est âgé de treize ans, sa mère remarque que John dessine très bien, qu'il a l'œil sûr et rapide, mais elle sait que pour devenir un artiste accompli il doit suivre un bon enseignement. Il reçoit alors quelques leçons d'aquarelle de Carl Welsch, un peintre paysagiste allemand. Cependant son éducation est loin d'être achevée, Sargent devient un jeune homme lettré, cosmopolite, accompli en art, musique et littérature. Il parle couramment le français, l'italien et l'allemand. À dix-sept ans, Sargent est décrit comme « volontaire, curieux, déterminé et fort », par sa mère, et comme « timide, généreux et modeste », par son père. Il devient un parfait connaisseur de bon nombre de grands maîtres, comme il l'écrit en 1874 : « J'ai appris à Venise à admirer Le Tintoret et à le voir comme venant seulement après Michel-Ange et Le Titien ».
Il débute ses études à l'Académie de Florence, puis les poursuit à Paris avec le portraitiste Carolus-Duran (il se lie avec son cousin Ralph Curtis), de 1874 à 1878, et enfin les parachève à l'École des beaux-arts de Paris. Il suit des cours de dessin qui comprennent l'anatomie et la perspective et étudie également avec Léon Bonnat. Il passe beaucoup de temps à dessiner dans les musées et à peindre dans un atelier qu'il partage avec James Carroll Beckwith, qui devient son ami. Il est son premier contact avec le monde des artistes américains vivant à l'étranger.
L'atelier de Carolus-Duran dispense à la fois une approche académique traditionnelle qui exige une grande rigueur dans le dessin et la couche de fond, mais aussi un travail alla prima, au pinceau, directement sur la toile, comme le faisait Vélasquez. C'est une approche qui s'appuie sur un choix judicieux des tons de la peinture. Elle permet également un épanouissement spontané de la couleur, sans être lié au dessin de la sous-couche. Cet enseignement est sensiblement différent de celui de l'atelier traditionnel de Jean-Léon Gérôme, où les Américains Thomas Eakins et Julian Alden Weir étudient à cette époque.
Sargent devient rapidement un élève vedette. Weir rencontre Sargent en 1874 et écrit que c'est « l'un de ses camarades les plus talentueux… ; ses dessins sont comme ceux des maîtres anciens, et sa couleur est de la même veine ». Sa maîtrise de la langue française et son grand talent font que Sargent est à la fois populaire et admiré. Grâce à son amitié avec Paul Helleu, Sargent rencontre de grandes personnalités du monde artistique de l'époque, comme Edgar Degas, Auguste Rodin, Claude Monet et Whistler.
En 1879, Sargent peint le portrait de son maître Carolus-Duran ; son travail rencontre l'approbation générale et annonce la voie qu'il suivra. Son exposition au Salon de Paris est un hommage à son professeur et une vitrine qui lui assurera des commandes. Henry James écrit à propos de cette œuvre de Sargent qu'elle offre le spectacle « un peu étrange » d'un talent qui au seuil de sa carrière n'a déjà plus rien à apprendre.
Après avoir quitté l'atelier de Carolus-Duran, Sargent visite l'Espagne en 1879. Il y étudie les tableaux de Vélasquez avec passion, s'imprégnant de la technique du maître, et réunissant des idées, au cours de son voyage, pour de nouvelles œuvres.
Il se passionne également pour la musique et la danse espagnoles qui réveillent son propre talent pour cet art. L'expression visuelle de cette passion se retrouve dans son œuvre El Jaleo (1882). La musique continuera également à jouer un rôle majeur dans sa vie sociale, en tant qu'accompagnateur de musiciens professionnels et amateurs. Sargent se fait également l'avocat des compositeurs modernes, en particulier de Gabriel Fauré. De voyages en Italie, il rapporte de nombreuses esquisses et idées pour différentes peintures de scènes de rue vénitiennes qui montrent les gestes et les postures que l'on retrouvera plus tard dans ses portraits.
À son retour, Sargent reçoit rapidement plusieurs commandes de portraits. Sa carrière est lancée. Il se montre immédiatement concentré et endurant, ce qui lui permettra de peindre avec acharnement pendant les vingt-cinq années suivantes. Il comble les vides entre ses différentes commandes en réalisant de nombreux portraits d'amis et de collègues. Ses manières raffinées, son français parfait et son talent font de lui une vedette parmi les nouveaux portraitistes et sa renommée s'étend rapidement. Il annonce avec confiance des prix élevés et se permet même de refuser certains clients pénibles.
Sargent resta sa vie durant un célibataire qui aimait à s'entourer de sa famille et de ses amis. Parmi les artistes qu'il fréquentait, on peut citer Dennis Miller Bunker, James Carroll Beckwith, Edwin Austin Abbey (qui travailla également sur les fresques de la Boston Public Library), Francis Davis Millet, Wilfrid de Glehn et sa femme Jane Emmet de Glehn, Albert de Belleroche, dont il fit le portrait à maintes reprises, Francis Brooks Chadwick (en) dont il fit également le portrait, William Ranken et Claude Monet. Une longue amitié unit Sargent à Paul-César Helleu, qu'il rencontra à Paris en 1878 alors qu'il était âgé de vingt-deux ans et Helleu de dix-huit. À ces noms, on ajoute parfois ceux de Henry James, Isabella Stewart Gardner (qui commanda et acheta des œuvres de Sargent, et lui demanda son conseil pour d'autres acquisitions), ainsi que le roi Édouard VII.