Ce Jour-là

John Rawls (philosophe)

Philosophe américain

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John Rawls, né le 21 février 1921 à Baltimore et mort le 24 novembre 2002 à Lexington, est un philosophe américain, l'un des philosophes politiques du XXe siècle les plus étudiés. Professeur dans les universités de Princeton, Oxford, Cornell et Harvard jusqu'en 1995, il a été rendu célèbre par son œuvre majeure, à laquelle il travaillait depuis les années 1960 et qui parut sous le titre A Theory of Justice (Théorie de la justice) en 1971.

Rawls élabore sa théorie durant une période marquée par la guerre du Viêt Nam et la lutte pour les droits civiques, où les États-Unis sont traversés par de profonds mouvements culturels et sociaux de contestation. Axée sur les notions d'éthique et de justice, son œuvre renoue avec une tradition contractualiste délaissée, et prolonge la réflexion libérale en cherchant à articuler rationnellement liberté individuelle et solidarité sociale. Sa pensée est largement commentée et critiquée dans le monde anglo-saxon.

John Borden (Bordley) Rawls naît dans une famille aisée de Baltimore, Maryland. Il est le deuxième des cinq enfants de William Lee Rawls et de Anna Abell Stump. Il se marie en 1949 avec Margaret Fox, diplômée de l'université Brown. Ils passent leur premier été ensemble à partager un intérêt commun, celui d'indexer les livres, et répertorient alors le vocabulaire de Nietzsche, pour un de ses livres ; Rawls établira lui-même l'index de Théorie de la justice.

Il entre en 1939 à l'université de Princeton, où il commence à s'intéresser à la philosophie, mais est appelé à servir dans l'armée américaine (infanterie) dans le Pacifique et en Nouvelle-Guinée, lors de la Seconde Guerre mondiale. Au Japon, il est témoin des dégâts causés par la bombe atomique à Hiroshima. Après cette expérience, il renonce à devenir officier et quitte l'armée.

Il retourne à Princeton en 1946 et termine son doctorat de philosophie morale en 1950. Il y enseigne jusqu'en 1952, date à laquelle il obtient une bourse Fulbright et intègre le collège Christ Church de l'université d'Oxford, où il est influencé par les idées du théoricien de la politique libérale et historien des idées Isaiah Berlin et le philosophe du droit H. L. A. Hart.

Après Oxford, il retourne aux États-Unis et commence à être assistant puis professeur associé à l'université Cornell. Il enseigne ensuite au Massachusetts Institute of Technology (MIT). En 1964, il devient professeur à Harvard, et le reste pendant presque quarante ans.

Dès 1995, il est victime de plusieurs crises cardiaques, ce qui pénalise son travail d'écriture. Néanmoins, il achève son livre The Law of Peoples (Le Droit des gens), dans lequel il cherche à étendre ses analyses à la justice internationale.

Rawls meurt en 2002 à l'âge de 81 ans. Il est enterré dans le cimetière de Mount Auburn à Cambridge au Massachusetts.

John Rawls n'est pas un pur produit de la tradition analytique anglo-saxonne. Il est surtout influencé par le contractualisme des libéraux classiques, c'est-à-dire de Locke à Kant.

Selon John Rawls, chaque individu tend consciemment à opter pour des décisions collectives qui maximisent l’intérêt général. L’homo œconomicus singulier et égoïste ne se retrouve pas complètement chez Rawls : en effet il considère l'homme comme un être se réalisant personnellement tout en pensant à l'intérêt collectif. En ce sens, l'argumentation théorique rawlsienne s'écarte du concept de la « main invisible » souvent attribué à Adam Smith, selon lequel cette visée collective était naturelle.

Cependant, pour Rawls, dans la morale utilitariste, une action peut être considérée comme « bonne » si, et seulement si, elle permet d’accroître « le plus grand bonheur pour le plus grand nombre » et ce, même au prix du sacrifice du bien-être de certains.

Avant de devenir le célèbre théoricien d'une conception déontologique de la justice, Rawls a été très marqué par l'utilitarisme qui est, dans le monde anglo-américain, la doctrine morale à laquelle l'on se réfère le plus fréquemment. Dans son article Two Concepts of Rule, il défend une version originale d'un « utilitarisme de la règle ».

De son côté, l'économiste et philosophe Francisco Vergara reproche à Rawls — fortement influencé par le vocabulaire et certaines formes de raisonnement issues de la théorie économique néoclassique — de donner une version biaisée de l'utilitarisme consistant à confondre « bonheur » avec « satisfaction des désirs ». Il remarque, en s'appuyant sur ce que disaient les fondateurs de l'utilitarisme eux-mêmes, que la satisfaction de certains désirs n'apporte pas le bonheur (voir l'exemple de la drogue) et qu'il existe dans la vie une multitude de situations qui procurent du bonheur sans satisfaire un quelconque désir. Cette distinction est importante, notamment en ce qui concerne l'importance du rôle de l'intervention de la puissance publique.

« La justice est la première vertu des institutions sociales comme la vérité est celle des systèmes de pensée ». En comparant explicitement le principe essentiel de la pensée spéculative à celui du politique, Rawls bâtit une théorie politique fondée sur la recherche de règles de justice. Il cherche à rendre compatible le plus haut niveau de liberté avec la réalisation d'une égalité effective des chances. Alexis de Tocqueville avait déjà souligné les tensions qui pouvaient naître de ce double attelage (liberté/égalité).

Il fait ainsi de la justice le principe du politique, comme la vérité est la clef de voûte des systèmes de pensée. La recherche de la justice constitue donc pour lui un axiome absolument incontournable. En effet, de même qu'il serait impossible de spéculer rationnellement sans avoir comme postulat fondamental le principe de vérité, la justice devrait être au fondement de toute réflexion politique, et précéder toute décision : « étant les vertus premières du comportement humain, la justice et la vérité ne souffrent d'aucun compromis. »

En conséquence, on ne pourrait – en théorie – transformer nos conceptions de la justice sans bouleverser ipso facto toute la structure du système politico-social.

Sa théorie de la justice est construite à partir d'une expérience de pensée selon laquelle l'ignorance de notre situation réelle, à la fois biologique et sociale, serait la condition sine qua non d'une neutralité nécessaire à l'adoption de règles équitables (fair), pour l'organisation des structures fondamentales de la société. Sous ce voile d'ignorance, on serait à même de dégager un consensus capable de fonder une idée raisonnable de la justice. Celui-ci porterait sur deux principes rationnellement appliqués selon un ordre de priorité (le principe no 1 prime sur le no 2.1 qui lui-même prime sur le no 2.2). En 1993, dans Libéralisme politique, Rawls énonce ainsi ses deux premiers principes de justice :

« Chaque personne a droit à un système pleinement adéquat de libertés de base égales pour tous, compatible avec un même système de liberté pour tous. »

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