John Law de Lauriston, marquis d'Effiat ([ˈdʒɒn lɑs]), né le 16 avril 1671 à Édimbourg et mort le 21 mars 1729 à Venise, est un banquier et économiste franco-écossais.
Inventeur d'un système financier appelé par la suite système de Law, il devient en 1720 contrôleur général des Finances du royaume de France, auquel il tente d'imprimer un changement de paradigme financier par l'adoption du billet de banque et la mise en place d'un système boursier. Opposée aux théories bullionistes, sa vision économique est fondée sur l'idée que la monnaie n'est rien de plus qu'un moyen d'échange et ne constitue donc pas une richesse en elle-même. Précurseur de l'école classique, il considère que la richesse nationale dépend avant tout du commerce. Son système est en France pionnier dans l'utilisation du papier-monnaie en lieu et place des espèces métalliques et des factures. C'est également sous son ministère que le royaume connaît sa première expérience financière, centrale dans l'histoire des bourses de valeurs pour avoir réalisé les premières grandes émissions de titres. Il est le fondateur de la Compagnie des Indes, issue de la fusion de diverses compagnies coloniales françaises, dont la Compagnie du Mississippi.
John Law est né en Écosse, cinquième enfant de Jeanne Campbell et de William Law de Brunton, du clan Law de Lawbridge, fondateur de la famille Law de Lauriston (baronnet de Lauriston et propriétaire du château de Lauriston).
Fait marquis d'Effiat, de Charleval et de Toucy, comte de Tancarville le 30 juin 1718 et comte de Valençay, il possède, à partir de son arrivée en France puis de son accession au poste de contrôleur général des finances, les châteaux de Roissy-en-France, de Domfront, de Gonfreville-l'Orcher, de Guermantes et de Gerponville.
De son mariage avec Catherine Knollys, petite-fille de William Knollys, premier comte de Banbury, naît un fils sans postérité, Jean, cornette du prince d'Orange-Nassau, mort de la variole en 1734, à Maastricht, et une fille, Mary Catherine, mariée à son cousin germain lord Knollys, vicomte de Wallingford, également sans descendance.
Sa parenté ne survit donc que par sa fratrie : son frère William II, qui émigre également vers la France et épouse Rebecca Desves, de la famille de Percy, dont il a cinq enfants qui forment ainsi la branche française des Law de Lauriston ; Andrew, resté en Angleterre, qui se marie à Bethia de Melvil, union dont naissent deux fils, notamment Edward Law, baron Ellenborough et membre du Conseil du roi, d'où descendent les comtes d'Ellenborough, les comtes de Cottenham, les vicomtes d'Oxfuird et les Makgill (en) ; enfin Jeanne, épouse de John Hay de Latham, et Agnes, devenue lady Hamilton, des ducs d'Abercorn.
Jeunesse et voyages à travers l'Europe
Baptisé le 21 avril 1671, il est le fils d'un banquier d'Édimbourg très influent dans sa corporation, sans doute à l'origine, par son habileté dans les opérations de change, de la propre vocation de John Law dans le domaine de la banque et de la prise de risque. À 17 ans, il hérite de la fortune de son père. Le 9 avril 1694, lors d'un duel, il tue son adversaire, Edward Wilson, pour obtenir les faveurs d'Elizabeth Villiers (en), plus tard comtesse d'Orkney. À 23 ans, il est jugé coupable et condamné à mort, par pendaison. Du fait qu'il s'agit d'un homicide involontaire, la peine est commuée en amende, mais le frère de Wilson fait appel et Law est condamné à une peine de prison. Il échappe à cette nouvelle sentence en s'enfuyant à Amsterdam, où, tirant profit de ses capacités de calcul mental, il s'essaie au jeu, avant de se pencher sur le fonctionnement de l'économie et sur l'étude de la banque.
Il publie plusieurs essais théoriques sur la masse monétaire dans l'économie, mais ses écrits n'ont pas un grand retentissement. Pendant vingt ans, il parcourt l'Europe — Amsterdam, Paris, Genève, Venise… — pour proposer ses idées, sans parvenir à les faire adopter. À Venise, il étudie les jeux d'argent et ses observations lui permettent d'accumuler méthodiquement une fortune considérable. Toujours à Venise, il s'initie également aux techniques bancaires les plus avant-gardistes de l'époque. Il observe notamment que les négociants vénitiens se séparent sans difficulté de leur monnaie d'or et d'argent en échange de leur équivalent papier, afin de faciliter leurs affaires et d’ainsi accroître leurs profits.
Il mûrit alors l'idée de créer une banque dans l'un des nombreux royaumes européens qui en sont alors dépourvus. Les banques commerciales qui fonctionnent déjà à Amsterdam, à Nuremberg, à Stockholm et à Londres émettent des billets à ordre en échange de dépôts en monnaie métallique, ce qui assure la convertibilité des billets à tout moment, gage de sécurité pour les clients, mais interdit à la banque de prêter à grande échelle. Pour s'en distinguer, il imagine attester la fiabilité de ses billets par les revenus d'une certaine quantité de terres agricoles, constituant le capital de base. La convertibilité à tout moment, contre des espèces métalliques, ne serait alors pas garantie, mais les clients auraient l'assurance que la valeur indiquée sur chaque billet émis correspondrait bien à une richesse foncière existante. Cette structure est véritablement novatrice, et fondamentale dans l'histoire de la monnaie en tant que première étape de l'abandon progressif du bimétallisme au profit de la monnaie fiduciaire.
Son système, où une nouvelle monnaie, indépendante de l'or et de l'argent, pourrait les remplacer, correspond alors à un réel besoin des économies européennes de disposer de beaucoup plus de moyens de paiement, plus souples et plus modulables. L'Europe est alors à la veille de sa révolution industrielle. Or, du fait de la diminution des arrivages de métaux précieux, notamment en provenance des Amériques, la monnaie se raréfie et les économies s'ankylosent, confirmant les théories mercantilistes selon lesquelles la prospérité est fonction de la quantité d'or et d'argent en circulation. Un autre avantage de son système était de pouvoir régler l'émission de la nouvelle monnaie en tenant compte des besoins de l'économie et de l'État.
Il fait une série de propositions, d'abord au roi de Sicile, puis au duc de Savoie, qui sont rejetées, l'incitant à venir en France. Au cours de l'année 1708, il est reçu en audience par le contrôleur général des finances Nicolas Desmarets. Celui-ci « avait accueilli un grand projet de banque organisée par John Law qui, en cas d'insuccès, avait offert cinq cent mille francs pour les pauvres. Mais Louis XIV n'avait pas voulu entendre seulement parler des plans de cet “aventurier huguenot” ».
En 1715, à la mort de Louis XIV, Law revient en France pour offrir ses services en tant qu'économiste à Philippe d'Orléans, régent jusqu'à la majorité de Louis XV, qui n'a alors que cinq ans. La situation financière du pays est alors extrêmement préoccupante : la dette de l'État français représente dix années de recettes fiscales du Royaume, notamment en raison de l'accumulation des dépenses pendant le règne précédent dans les guerres et les constructions. De plus, quelques dizaines de financiers en quête d'affaires se sont fortement enrichis aux dépens du royaume. Les ministres et les personnalités influentes ne proposent aucune solution durable. D'abord réticent à la suite de l'avis perspicace de Rouillé du Coudray, le Régent se décide à suivre les théories de Law, quoique considérées comme très audacieuses par ses contemporains, mais qui lui semblent permettre de régler le problème de l'endettement et de relancer l'activité économique du pays, alors paralysée par de lourds impôts et un manque de confiance dans la santé financière du royaume, incitant davantage à la thésaurisation qu'à la dépense (voir théorie de l'offre et de la demande). John Law est autorisé à créer en 1716 la Banque générale et à émettre du papier-monnaie contre de l'or. Le Régent lui-même participe à la souscription des actions de la nouvelle banque. Il ne s'agit pas d'une banque foncière, mais d'une banque ordinaire, sur le modèle hollandais, qui échange des dépôts de monnaie métallique contre des billets, sans frais de courtage, les bénéfices étant obtenus grâce au change et aux opérations d'escompte. Elle connaît rapidement un certain succès, la monnaie émise représentant un gain d'efficacité pour les négociants. La banque commence alors à accroître le volume de ses émissions, imprimant plus de papier-monnaie qu'elle n'a réellement d'or et d'argent en dépôt. À ce niveau, la création monétaire est garantie par divers revenus que la banque peut s'assurer grâce à l'appui du Régent.