John Henry Newman, né à Londres le 21 février 1801 et mort à Edgbaston le 11 août 1890, est un saint catholique britannique. De son vivant, il est prêtre, cardinal, théologien, philosophe, essayiste et poète. Anglican à l'origine, il se convertit au catholicisme en 1845.
Étudiant à l'université d'Oxford, Newman est ordonné prêtre anglican et devient bientôt un théologien influent. Il publie plusieurs textes, les Tracts for the Times, destinés à défendre l'indépendance de l'anglicanisme face à l'État britannique. Ainsi naît le Mouvement d'Oxford, dont il est l'un des principaux acteurs. Cependant, ses recherches sur les Pères de l'Église l'amènent à se convertir au catholicisme, qu'il voit désormais comme la confession la plus fidèle aux racines du christianisme.
Ordonné prêtre dans l’Église catholique en 1847, Newman implante la Congrégation de l'Oratoire en Angleterre, avant de partir pour Dublin afin d'y fonder une université catholique. Pour expliquer sa conception de l’éducation et de la science, il donne un cycle de conférences, L'Idée d'université, mais il se heurte à la méfiance des évêques irlandais. D'une façon générale, Newman est regardé avec suspicion au sein du clergé catholique britannique, qui n'apprécie guère son indépendance d'esprit, alors qu'il fait figure d'apostat aux yeux des anglicans. Pour répondre aux uns et aux autres, il relate les raisons de sa conversion dans Apologia Pro Vita Sua, ouvrage qui accroît sa notoriété.
La controverse soulevée par le dogme de l’infaillibilité pontificale conduit Newman à défendre l’Église catholique dans sa Lettre au duc de Norfolk, dont les thèmes seront en partie repris par le concile Vatican II. Il écrit par la suite la Grammaire de l'assentiment, qui se veut une défense de la foi face au développement du positivisme. Le nouveau pape Léon XIII, élu en 1878, décide de le créer cardinal en 1879. John Henry Newman meurt onze années plus tard à l’âge de 89 ans.
Théologien et christologue reconnu, il est l'une des figures majeures du catholicisme britannique, avec Thomas More, Henry Edward Manning et Ronald Knox. Il exerce une influence considérable sur les intellectuels catholiques européens, notamment les auteurs venus de l'anglicanisme. Pour Xavier Tilliette, il apparaît comme « une grande personnalité singulière, une sorte de cierge pascal dans l'Église catholique du XIXe siècle ». Ses œuvres, dont la Grammaire de l'assentiment et l’Apologia Pro Vita Sua, sont une référence constante chez des écrivains tels que G. K. Chesterton, Evelyn Waugh ou Julien Green, mais aussi pour des théologiens et des philosophes comme Avery Dulles, Erich Przywara et Edith Stein, qui a traduit en allemand plusieurs de ses écrits.
Proclamé vénérable par la Congrégation pour la Cause des Saints en 1991 et béatifié à Birmingham le 19 septembre 2010 par le pape Benoît XVI, il est proclamé saint le 13 octobre 2019 par le pape François et docteur de l'Église le 1er novembre 2025 par le pape Léon XIV.
John Henry Newman est l'aîné d'une fratrie de six enfants. La famille aurait des origines hollandaises, et le nom « Newman », auparavant écrit « Newmann », suggère des racines juives, sans que celles-ci soient prouvées. Sa mère, Jemima Fourdrinier, est issue d'une famille de huguenots français, graveurs et fabricants de papier, depuis longtemps installés à Londres.
Le père, John Newman, d'appartenance whig, fonde une banque, emménage avec sa famille à Ham, puis s'installe à Brighton en 1807 et à Londres l'année suivante. Les guerres napoléoniennes l'acculent à la banqueroute en 1816, et la famille emménage alors dans sa maison de campagne de Norwood. Peu après, John prend la gérance d'une brasserie située près d'Alton et les Newman s'installent dans cette localité pour se rapprocher de ce nouveau lieu de travail.
Le frère cadet de John Henry, Charles Robert (1802-1884), homme intelligent mais caractériel et athée affirmé, mène une vie isolée, tandis que le benjamin, Francis William (1805-1897), fait carrière au University College de Londres comme professeur de latin. Deux des trois sœurs, Harriett Elizabeth (1803) et Jemima Charlotte (1807), épousent deux frères, Thomas et John Mozley. De l'union de Jemima Charlotte et John naît Anna Mozley, qui édite en 1892 la correspondance de Newman. La troisième sœur, Mary Sophia, née en 1809, meurt en 1828, ce qui affecte profondément le jeune John Henry.
À l'âge de sept ans, en mai 1808, Newman est inscrit à l'école privée de George Nicholas à Ealing, où il poursuit sa scolarité jusqu'en 1816. Parmi ses professeurs se trouve le père du biologiste Thomas Henry Huxley, qui enseigne les mathématiques. Newman y reçoit une éducation chrétienne et se fait remarquer par son zèle studieux, mais aussi par sa timidité envers les autres élèves, dont il ne partage pas les jeux. Il se décrit lui-même comme ayant été « très superstitieux » pendant sa jeunesse. Il éprouve un grand plaisir à lire la Bible, mais également les romans de Walter Scott, alors en cours de publication, et, entre 1810 et 1813, il étudie les Anciens tels qu'Ovide, Virgile, Homère et Hérodote. Par la suite, il découvre des auteurs agnostiques comme Thomas Paine et David Hume, qui l'influencent pendant un certain temps.
En 1816, lors de la faillite de la banque Ramsbottom, Newman & Co qu'a fondée son père, John Henry, contrairement à ses amis qui rejoignent leur famille, passe l'été à Ealing. Il a quinze ans et, alors qu'il entre dans sa dernière année de collège, il fait la connaissance du révérend Walter Mayers, protestant évangélique proche du méthodisme de John Wesley. Très impressionné par ce prêtre avec lequel il entretient de longues conversations, il finit par adhérer lui-même à l'évangélisme. Quelques mois plus tard, cette conversion s'approfondit : « Quand j'eus quinze ans (en automne 1816), un grand changement se fit dans mes pensées. Je subis les influences de ce qu'était le dogme et cette impression, grâce à Dieu, ne s'est jamais effacée ou obscurcie. » Cette évolution s'effectue de manière progressive : « Mes sentiments personnels ne furent pas violents ; mais ce fut, sous la puissance de l'Esprit, un retour à des principes que j'avais déjà sentis, et en quelque mesure mis en œuvre quand j'étais plus jeune, ou bien leur renouvellement. ».
Newman décrira plus tard, dans Apologia Pro Vita Sua, son adhésion à l'évangélisme. Le point central est pour lui de « demeurer dans la pensée de deux êtres et de deux êtres seulement, absolus et lumineusement évidents : moi-même et mon Créateur. ». Certains auteurs ont vu là l'expression d'un « isolé volontaire », voire égotiste. Louis Bouyer, lui, perçoit dans la conversion de Newman une prise de conscience de soi, indépendance aussitôt confrontée à celle du Créateur, Dieu, rendu accessible par l'appréhension de soi en tant qu'individu. Le livre de Thomas Scott, Force de la vérité, marque profondément Newman, qui affirme à propos de l'auteur : « Humainement parlant, je lui dois presque mon âme ». Thomas Scott y explique sa conversion et sa recherche d'une foi intégrale dans l'Église anglicane ; sa devise, « la sainteté plutôt que la paix », influence Newman, alors passionnément en quête de vérité. De plus, l’Histoire de l'Église lui fait découvrir les Pères de l'Église. Désormais, il considère que sa vocation implique le célibat, idée qu'il confirme pratiquement tout au long de sa vie. Enfin, son attachement au protestantisme évangélique et au calvinisme lui rend l'Église catholique intolérable et il « [partage] vigoureusement les préjugés contre les papistes idolâtres et le pape “Antéchrist” ».
Admis au Trinity College d'Oxford le 4 décembre 1816, il s'y installe en juin 1817, après six mois d'attente. Sa correspondance avec le révérend Walter Mayers témoigne de son esprit critique, et sa lecture des Private Thoughts de l'évêque William Beveridge l'invite à remettre en cause certains aspects du protestantisme évangélique que prône Mayers: fort de ce nouvel apport, Newman s'interroge sur la pertinence des dons sensibles dans les conversions méthodistes et semble entrevoir que la conversion peut, par le baptême, se passer de toute expérience sensible.