Ce Jour-là

John Galliano

Styliste britannique

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John Galliano, né le 28 novembre 1960 à Gibraltar, est un styliste britannique, créateur de haute couture.

Habitué de la provocation et du scandale, John Galliano a été, durant plus d'une décennie, directeur artistique de Dior, marquant le milieu de la mode par ses défilés, ce qui lui vaudra, toute sa carrière, le surnom de « surdoué de la mode ». En 2011, sa carrière connaît un brusque coup d'arrêt, à la suite de propos racistes et antisémites tenus sous l'emprise de l'alcool. Après une période de retrait et une thérapie, il revient dans le monde de la mode à partir de 2013, collaborant avec le couturier Oscar de la Renta. En octobre 2014, il est nommé directeur artistique de Maison Margiela ; en juillet 2024, il annonce son départ.

Son père, John Joseph Galliano, est un Anglais d'origine italienne qui était plombier de profession ; sa mère, Anita Guillen, est espagnole, amatrice de vêtements et de flamenco. Il a deux sœurs plus âgées, Rosamaria et Immaculada. John Galliano a déclaré, dans des interviews, s'appeler à l'état-civil « Juan Carlos Antonio Galliano-Guillen » ; le Sunday Times, ayant pu consulter en 2011 son acte de naissance, a indiqué qu'il était bien né sous le nom de « John Charles Galliano ».

John Galliano et sa famille s'installent à Battersea en 1966. C'est alors un faubourg pauvre de la banlieue sud de Londres, avec une population très cosmopolite, habité par des familles africaines, asiatiques et indiennes, ce qui fut pour lui « une source d'enrichissement culturel fantastique ».

Il entre en 1981 pour trois ans à Central Saint Martins de Londres une célèbre école de stylisme. Parallèlement, il travaille comme habilleur au National Theatre de Londres. Cette expérience va lui donner l'envie de s'appuyer sur la théâtralité pour mettre en valeur son travail. En troisième année, il suit les cours de mode et, en 1984, son défilé de fin d'études, Les Incroyables, inspiré de la France révolutionnaire, lui permet une outrance stylistique qui marque alors les esprits, lui permettant d'obtenir son diplôme avec une mention très bien. Les huit tenues incroyables et merveilleuses, toutes en organdi et en volants, sont présentées dans les vitrines du prestigieux magasin Browns dans lequel il va travailler comme assistant vendeur de ses propres créations. Sa première vente est un manteau à Diana Ross.

Dès son diplôme obtenu, John Galliano lance sa propre griffe en 1984. Sa première collection, Afghanistan Repudiates Western Ideals, associe les techniques traditionnelles des tailleurs aux formes et aux tissus orientaux. Il crée ainsi plusieurs collections, à Londres, mais elles obtiennent seulement un succès d'estime, car les industriels, persuadés que ses créations ne peuvent pas être réalisées dans le cadre du prêt-à-porter, ne veulent pas le suivre. Cependant, en 1987, il obtient le prix du Créateur britannique de l'année (en). Entre-temps, il est assistant du tailleur Tommy Nutter.

À Londres, il se lie d'amitié avec Fayçal Amor, qui vient de fonder sa propre maison à Paris, Plein Sud. Galliano s'installe à Paris aussi. Il crée sa première collection avec le soutien de Plein Sud, dans les locaux de l’entreprise, sans payer de loyer.

En 1990, il présente sa première collection à Paris. Le défilé a été un grand succès critique, mais pas un succès commercial. Ses finances sont au plus bas. Amanda Harlech sa collaboratrice se souvient de la nuit qui a précédé son premier défilé parisien : « Nous étions frigorifiés, affamés et sans un sou en poche ». Sans argent, Galliano a manqué une saison de défilés de mode et voulait retourner à Londres. Il reçoit ponctuellement le soutien d'Alaïa. Enfin André Leon Talley et Anna Wintour de Vogue américain se sont intéressés à sa carrière. En 1993 à l'invitation de Wintour, il était à New York, où il a été présenté aux financiers intéressés par la nouvelle entreprise: il a reçu 50 000 $ de John Bult et Mark Rice par l'intermédiaire de la banque d'investissement Paine Webber (en), cela lui a permis de rester à Paris et de continuer l'entreprise. Talley et Wintour ont présenté Galliano à mécène São Schlumberger (en) qui a mis gratuitement à disposition pour le deuxième défilé son hôtel particulier parisien.

Dans son studio de la Bastille, il commence à avoir quelques clientes très médiatisées qui le font vivre comme Madonna ou Papa Wemba qui va jusqu'à le citer dans ses titres.

Grand technicien, perfectionniste, John Galliano a une passion pour le travail du biais, très présent dans ses collections de l'été 1993 et de l'été 1994 : « Une technique pas commode. Pourtant, une robe en biais, c'est la volupté même ; c'est comme nager dans une mer d'huile ! » C'est en admirant les robes de Madeleine Vionnet que ce technicien curieux et passionné en est venu au biais. L'influence de Poiret se fera également sentir dans ses créations quelques années plus tard, et comme Vivienne Westwood, il fera le lien entre la mode d'autrefois, certaines périodes historiques, et son époque.

Souvent qualifié de « génie », il veut donner une nouvelle dynamique à la maison Dior. Bernard Arnault, qui a pris la tête de LVMH depuis 1987, le nomme, en 1995 chez Givenchy, « directeur de la création du Prêt-à-porter et de la Haute-couture » et, en 1996 chez Christian Dior, « directeur de la création de la Haute-couture et du Prêt-à-porter féminin », sur les conseils d'Anna Wintour. Il succède à Gianfranco Ferré. Pour l'inauguration de l'exposition des 50 ans de la marque Dior au Metropolitan Museum of Art de New York fin 1996, la princesse Diana porte l'une des toutes premières robes signée par Galliano chez Dior. Remarquée, celle-ci va marquer le début d'un tournant de la Maison.

En novembre 1999, il devient directeur artistique de l'ensemble des lignes féminines de Dior et prend en charge la responsabilité de l'image globale de la griffe, communication incluse : il contrôle tout et valorise le patrimoine historique de la marque en piochant dans les archives de la maison. En 2001, il ajoute à ses responsabilités celle de l'image des parfums Dior. C'est à cette époque qu'il est médiatisé comme icône de la mode. Il dit ne pas vouloir être le fournisseur du tout show-business, mais avoir une relation privilégiée avec seulement quelques célébrités bien choisies capables en devenant des icônes de la mode de propulser Dior au rang de la marque la plus « hype » du monde. Année après année, il opère des changements d'image dans la Maison détenue par Bernard Arnault, qui commente : « Lorsque je suis arrivé chez Dior, c'étaient les mères qui y amenaient leurs filles ; à présent, c'est l'inverse. »

Les collections, où chaque défilé « extravagant » est présenté comme une histoire, un voyage raconté par le couturier « provocateur », s'enchainent : collection « Massaï » pour l'automne-hiver 1997 ; pour la collection printemps-été 2000, avec son défilé dit « Clochards », il veut rendre un hommage luxueux et romantique « à l'ingéniosité que déploient les déshérités pour se vêtir ». Ce défilé a profondément marqué les annales de la mode : il a créé un style sans équivoque, que l’on va bientôt surnommer « porno chic » et qui a révolté plus d’une fidèle de la marque. Le Financial Times dit alors de lui que c'est « l'homme le plus envié à Paris ».

En 2003, il ouvre sa propre boutique John Galliano, rue Saint-Honoré à Paris, dans la maison où se trouvait autrefois le célèbre salon de Madame de Tencin, reconfigurée par l'architecte Jean-Michel Wilmotte et lance sa collection hommes, puis lingerie, accessoires, enfants… tout en continuant ses activités chez Dior au siège de l'avenue Montaigne. Il reprend en main Baby Dior, la ligne enfants, la rapprochant des collections féminines.

L'année suivante, le « créateur le plus influent de sa génération » selon le Time présente la collection « Égypte » (en) avec ses dorures : c'est un « spectaculaire » défilé. Sa collection printemps-été 2006 est portée lors du défilé par des nains et des géants, des gros et des minces, des jeunes et des vieux, des beaux et des laids. Une lettre manifeste revendiquant « le droit à la mode pour tous » parce que « tout le monde est beau » est posée sur chaque chaise. En avril 2007, Steven Robinson, ami et collaborateur du couturier, meurt, suivi en juillet d'Isabella Blow : Galliano commence alors une lente descente qui atteindra son paroxysme en 2011. Les défilés haute couture, durant lesquels il réinterprète l'histoire de la mode, continuent pourtant de marquer : la collection printemps-été 2007 qui s'inspire de l'opéra Madame Butterfly et du Japon, automne-hiver 2007-2008 pour les 60 ans de la Maison au château de Versailles, automne-hiver 2009-2010, où Galliano retourne aux fondamentaux du couturier Christian Dior des années 1950, allant à l'essentiel et utilisant des tissus habituellement réservés à la lingerie, la collection printemps-été 2011 un hommage aux silhouettes de René Gruau… Sidney Toledano souligne que lors du « défilé haute couture, c'est aussi le moment où John est à son maximum. Il est en figure libre. »

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