Jean Guilloré, dit John B. Root, est un réalisateur et producteur français de films pornographiques, né le 28 novembre 1958 à Chambéry.
D'abord auteur sous son vrai nom de livres pour la jeunesse, publiés entre 1985 et 1995, il se lance en 1994 dans la pornographie, dont il devient l'un des noms les plus connus en France. Il est également l'un des premiers réalisateurs de X français à avoir misé sur l'Internet.
Signant aussi bien des gonzos que des films scénarisés « à l'ancienne », il se pose en défenseur de la pornographie en tant que forme d'expression artistique. Dans les années 2010, sa carrière décline en raison de la pornographie gratuite sur Internet.
Jeunesse et débuts professionnels
Né à Chambéry, Jean Guilloré est le fils d'un couple de « profs de gauche ». Il passe une partie de sa jeunesse au Caire, où ses parents se sont installés après 1968, et où il vit jusqu'à ses 18 ans. Il fait ensuite des études de cinéma et commence sa carrière professionnelle en tant que caméraman pour la télévision. Il travaille notamment sur les émissions culturelles du service public comme Thalassa.
Parallèlement, il écrit des livres pour enfants et jeunes adolescents, parmi lesquels Le Voyage de Nicolas (1985) — qui devient un classique de la classe de cinquième — et Mon copain bizarre (1995) — qui reçoit le Prix
du livre jeunesse. Évelyne Douailler, éditrice chez Bayard, loue a posteriori son talent d'écrivain pour la jeunesse et sa capacité à écrire des textes ayant « toujours un pied dans la réalité, un autre dans le rêve ».
Dès son adolescence, il ressent « une fascination pour la sexualité féminine et sa représentation. Le sexe en tant que spectacle, la mise en scène du sexe ». Il se considère dès cette époque comme un « obsédé sexuel » à tendance voyeuriste. Il découvre les films X en 1976, lors de son retour en France. En couple à l'âge de vingt ans, il met de côté son attirance pour la pornographie, et vit de son métier de caméraman et de ses écrits. Puis il fait à 35 ans une « crise de la quarantaine » et se retrouve à nouveau taraudé par « la question du sexe » : en 1994, à titre d'expérience, il produit un cédérom pornographique interactif — le premier du genre en France — qui, acheté et diffusé par le magazine Penthouse, remporte un succès commercial inattendu sous le titre Penthouse Virtual Escort.
Jean Guilloré crée ensuite une société de production, Le Dauphin pirate (alias JBR Média), avec pour objectif initial de créer des programmes pour la jeunesse. Ne parvenant pas à vendre ses projets aux chaînes de télévision ni à trouver de budget pour réaliser un cédérom sur l'enfance, il décide de réaliser d'autres cédéroms pornographiques, pour lesquels on lui propose des financements. À ses débuts, n'ayant alors pas de relations dans le milieu du porno, il travaille avec des filles recrutées sur Minitel. Son nom étant connu dans la littérature jeunesse, il prend le pseudonyme de John B. Root qui, prononcé à l'anglaise, est à la fois un jeu de mots sur « biroute » (terme d'argot désignant le pénis) et une traduction littérale en anglais (« John Root ») du nom de Jean Racine. Il utilisera par la suite un autre pseudonyme, « Paul Forguette », pour les besoins du film Concupiscence.
Entre 1994 et 1998, il crée une série de cédéroms, dont deux, Zara Whites' Double Experience (1996) et Cyberix (1997) reçoivent l'X Award du meilleur cédérom européen. XXX Réalisateur, qui met l'utilisateur dans la peau d'un réalisateur de porno, se situe à mi-chemin entre le jeu de drague et le film interactif.
En 1995, Canal+, qui prévoit pour l'année suivante une soirée spéciale consacrée à la technologie et au multimédia, La nuit cyber, prend contact avec John B. Root pour lui commander une fiction en lien avec cette thématique. Ce projet donne naissance à Cyberix, premier long-métrage pornographique interactif, proposé en version film et en version cédérom, qui permet au spectateur de choisir entre plusieurs versions du scénario et d'adopter différents points de vue (l'homme ou la femme).
Bien qu'ayant perdu de l'argent avec ce premier film, faute d'avoir su en gérer le budget, John B. Root récidive l'année suivante avec Sextet, un long-métrage dans lequel il met en vedette Fovéa, qui devient à l'époque son « actrice fétiche ».
Sa nouvelle carrière provoque cependant la rupture avec son épouse. Il commente par la suite : « J'ai inventé John B. Root pour faire du CD-Rom, il a fini par tout bouffer ».
John B. Root impose rapidement sa « patte » dans le porno français grâce au soin qu'il apporte à la réalisation, au montage, au scénario et au casting. Il intervient en outre à plusieurs reprises dans le débat public en s'affirmant comme un défenseur résolu de la pornographie en tant que genre artistique. En 1998, il fait sensation dans les médias en écrivant à la ministre de la culture de l'époque, Catherine Trautmann, une lettre ouverte dans laquelle il lui demande de soutenir la pornographie à l'instar des autres branches de la création audiovisuelle pour contribuer à la survie « d'un genre mineur mais respectable du cinéma ».
Amateur des films X français de la grande époque, il regrette l'évolution mercantile du cinéma pornographique auquel il ambitionne de donner des lettres de noblesse sur le plan artistique : « Je me souviens des films de Kikoïne, de Tranbaree, de Leroi… c’était aussi du cinoche ! Ça avait de l’humour, de la classe. Le porno a perdu cette fonction narrative, joyeuse, il est devenu un pur produit de masturbation rapide, sans aucun souci formel. Moi, quand je me branle, j’aime bien ne pas être pris pour un con. Le porno fast-food, ça me dérange ».
Considéré comme un réalisateur porno à la fois « atypique » et « intellectuel », John B. Root est suivi à l'époque avec sympathie par des journaux comme Les Inrockuptibles qui le qualifient en 2009 de « rénovateur du genre », ou les Cahiers du cinéma qui font notamment l'éloge de son film French Beauty. Dans son film Exhibitions 1999, diverses actrices porno répondent aux questions de journalistes non spécialisés dans le X et interprètent des scènes qu'elles ont conçues. En 2000, il réalise XYZ, dont le critique Christophe Lemaire écrit qu'il ressemble « littéralement à un film d'Éric Rohmer, les scènes de sexe en plus ».
En 1999, il publie chez La Musardine Porno blues, livre autobiographique doublé d'un plaidoyer pour le porno de qualité.
En juillet 2002, dans un contexte de débat autour d'une éventuelle interdiction de la pornographie à la télévision, il publie une nouvelle lettre ouverte, dans laquelle dénonce l'absurdité de la censure, se souvient avoir rêvé dans sa jeunesse « du jour où l'acte sexuel filmé serait considéré comme du vrai cinéma et [lui] procurerait autant de plaisir cinéphilique que physiologique », et plaide pour « des produits audiovisuels cohérents, joyeux, «safe-sex», fabriqués dans le respect des acteurs et des spectateurs, mettant en scène de vrais personnages et donnant du sens à leur sujet ». Ses prises de position attirent l'attention de la presse étrangère.