Johan Barthold Jongkind, né à Lattrop (Overijssel, Royaume uni des Pays-Bas) le 3 juin 1819 et mort à Saint-Égrève (Isère) le 9 février 1891, est un peintre, aquarelliste et graveur néerlandais, considéré comme l'un des précurseurs de l'impressionnisme.
Johan Barthold Jongkind vient au monde, à Lattrop, un hameau dans la province d'Overijssel, près de la frontière allemande. Ses parents, Gerrit Adrianus Jongkind et Wilhelmina Jacob van der Burght, sont originaires du Brabant-Septentrional. C'est le huitième enfant d'une famille qui en comptera dix dont deux mourront avant sa naissance. Son père est alors inspecteur de l'enregistrement et des domaines. L'année suivante, il est nommé percepteur à Flardingue jusqu'en 1835, puis à Gouda. Flardingue, petite ville, de six mille habitants environ, à l'embouchure de la Meuse, est alors le plus grand port de pêche des Pays-Bas. Jongkind y passe donc une grande partie de son enfance.
En 1835, il veut quitter l'école et essaie de convaincre son père que son ambition est d'être peintre mais en vain. Il est alors placé comme clerc de notaire chez un notaire de Flardingue. Son père meurt en 1836 et l'année suivante, sa mère déménage avec sa famille à Maassluis à environ huit km de Flardingue.
Âgé de dix-sept ans, il entre à l’académie de dessin de La Haye, dans l'atelier du peintre romantique Andreas Schelfhout qui a eu un impact profond sur ses premiers travaux. Il étudie le dessin et surtout l’aquarelle d’après nature.
Sa mère l’encourage mais peut difficilement l’aider financièrement. Il organise des tombolas dont les prix sont des tableaux signés « Jongkind ». En 1843, Jongkind expose pour la première fois un tableau Ferme près de La Haye dans les locaux de l’association d’artistes amstellodamoise Arti et Amicitiae. Pendant la même période, il obtient à la suite d’une audience auprès de Guillaume 1er une bourse d’études de 200 florins. Durant ces neuf années, de 1837 à 1846, il a été soutenu par la famille royale, sa famille, ses amis et son maître qui a très vite repéré son talent.
En 1845, le peintre Eugène Isabey (1803-1886) vient à La Haye pour assister à l’inauguration d’une statue du prince Guillaume d’Orange-Nassau dit le Taciturne (1533-1584). Schelfhout recommande Jongkind à Isabey qui, après avoir jugé par lui-même le travail du jeune peintre, l’accepte comme élève dans son atelier parisien. En février 1846, Jongkind reçoit du prince d’Orange, les fonds nécessaires pour solder ses comptes à La Haye, payer ses leçons de français et couvrir ses frais de voyage. La promesse est faite qu’une bourse d’études lui sera décernée par le roi pour un séjour prolongé à Paris.
Il s'installe à Paris en 1846. Élève d'Isabey, il a pour camarades Théodore Rousseau, Isidore Pils, Eugène Boudin et d'autres. Il vit à Montmartre et apprécie un style de vie bohème tout en explorant la ville et en peignant en plein air.
Il ne commence à peindre des vues de Paris qu'en 1848, deux ans après son arrivée. Dès lors, la ville devient un thème récurrent dans son œuvre. Il réalise le long de la Seine des dessins, conservés au musée du Louvre.
Début juin 1848, il retourne pour la première fois en Hollande et séjourne avec Andreas Schelfhout au Palais Royal Het Loo, résidence d’été de la famille royale. Il y peint une quinzaine d’aquarelles, un récit illustré de la fauconnerie et des courses au trot aux abords du château. Ces œuvres qu’il a offertes au Prince d’Orange font toujours partie des collections royales néerlandaises. Durant les six derniers mois de 1848, il reste la plupart du temps à Maassluis où vit sa mère. Il y est très actif et visite de nombreux ateliers. Début 1849, il est de retour à Paris après un séjour à Bruxelles.
En compagnie de son maître Isabey, il parcourt la Normandie en 1850-1851. Ce séjour lui fait découvrir Honfleur, Fécamp, Saint-Valery-en-Caux, Le Havre et Rouen et le mène jusqu'en Picardie (Abbeville) et en Bretagne (Morlaix, Brest, Douarnenez).
Jongkind accède à une certaine reconnaissance au cours de ses dix premières années à Paris. Il est exposé au Salon dès 1848, reçoit une médaille de troisième classe en 1852 et l’État achète le Port de Harfleur en 1851 et le Pont de l’estacade en 1853. Il est connu des amateurs pour ses clairs de lune et ses vues de Paris
Il expose deux toiles au Salon de 1852 et obtient une médaille de troisième classe parmi les douze décernées. La même année, le roi Guillaume III des Pays-Bas, qui est monté sur le trône trois ans plus tôt, lui retire le bénéfice de sa pension comme prévu. Il est persuadé que cet arrêt est dû aux rapports des espions du roi sur sa mauvaise conduite, et sur ses vieux jours, quand le délire de persécution le prendra, il se plaindra que son roi l'avait abandonné au moment où il avait le plus besoin de son aide.
Il participe au Salon de l’exposition générale de Bruxelles en 1854, et y envoie une vue du pont des Estacades et de l’Ile St Louis, une vue du quai d’Orsay à Paris et du pont de l’Hôtel Dieu, à Paris.
Dans son atelier, il transforme les esquisses en peintures à l'huile, comme La Vue du Quai d'Orsay, qu'il expose à l'Exposition universelle de 1855 à Paris.
Jongkind est déçu de n'avoir obtenu aucune récompense au Salon de 1855, et il a de graves ennuis financiers. Après un séjour de neuf ans en France, fréquemment en proie à des délires paranoïaques, fragilité accentuée par l’excès d’alcool, il retourne en Hollande en 1855, à la mort de sa mère.
Après un arrêt à Bruxelles, il est accueilli à Utrecht chez son frère puis reste quelques semaines à Amsterdam et enfin s’installe à Rotterdam. Il est ainsi proche de sa sœur bien aimée qui habite à Klaaswaal. Il a peu d’amis aux Pays-Bas et ses confrères lui font payer le fait d’avoir exposé dans la section française. Heureusement, il reçoit quelques visites : Beugniet, marchand d’art, le docteur Piogey, collectionneur, Nadar en 1958 et Sano.
Il travaille beaucoup lors de ce séjour jusqu'en 1860, vendant à bas prix des paysages des environs de Rotterdam animés de moulins et de canaux. Il écrit à son ami Smits le 22 novembre 1856 : « Je les ai peints sur le vif, c'est-à-dire que j'ai fait les aquarelles à partir desquelles je peignais mes tableaux ». Il les envoie à son marchand, le Père Martin, à Paris, et reste en contact avec ses amis parisiens — notamment Corot, Rousseau et Daubigny, les membres de l'École de Barbizon.
À Rotterdam, il est soutenu par la reine Sophie, épouse malheureuse et opposante affichée de son époux. En 1850, il avait rencontré Joséphine Fesser, née Borrhée, à Namur en 1819. C'est une Néerlandaise mariée à un Français et qui devient son « bon ange ». Grâce à sa présence, il retrouve un certain équilibre psychologique.