John Robert Cocker, dit Joe Cocker, né le 20 mai 1944 à Sheffield (Angleterre) et mort le 22 décembre 2014 à Crawford (Colorado), est un chanteur de blues-rock britannique, et dans une moindre mesure, acteur et compositeur.
Sa voix rauque, immédiatement reconnaissable, et sa gestuelle scénique expressive ont largement contribué à sa notoriété internationale.
John Robert Cocker naît le 20 mai 1944 au 38 Tasker Road, dans la banlieue de Crookes de Sheffield, cité minière et sidérurgique du nord de l’Angleterre. Il est le fils cadet de Harold Cocker (1907-2001), fonctionnaire, et de Madge Cocker (née Lee) (1910-1984), mariés en 1937, qui ont donné naissance à un premier fils, Victor en octobre 1940.
Selon différents récits de membres de la famille, il reçoit son surnom de Joe soit parce qu'enfant, il pratiquait un jeu appelé « Cowboy Joe » ou par référence à un laveur de vitres du voisinage qui s'appelait Joe. Élevé au son du rock naissant et surtout du skiffle, les influences musicales principales de Joe sont Ray Charles et Lonnie Donegan. La première expérience de chant en public de Joe a lieu à douze ans, lorsque son frère aîné Victor l'invite sur scène à l'occasion d'une représentation de son groupe de skiffle The Headliners.
C'est en 1960 qu'avec trois amis Joe forme son premier groupe, The Cavaliers, dans lequel il est batteur puis chanteur. À l'occasion de leur premier spectacle dans un club de jeunes, on raconte qu'on leur fait payer le droit d'entrée. The Cavaliers se séparent au bout d'un an et Joe quitte l'école en 1960 pour devenir apprenti plombier/gazier dans la compagnie Gasboard tout en continuant une carrière musicale.
Débuts de carrière (1961-1966)
En 1961, il prend le nom de scène de Vance Arnold, et continue sa carrière musicale avec un nouveau groupe : Vance Arnold and the Avengers. Ce nom combine celui de Vince Everett (Cocker aurait mal entendu le nom du personnage qu'incarne Elvis Presley dans le film Jailhouse Rock et l'aurait transcrit par Vance) et celui du chanteur de country Eddy Arnold. Ce groupe de pub rock joue essentiellement dans les pubs de Sheffield, reprenant des titres de Chuck Berry et Ray Charles. En 1963, ils obtiennent leur première représentation marquante en réalisant la première partie du concert des Rolling Stones à la salle des fêtes de Sheffield.
Inspiré par les textes de Dave Berry, Joe fait également des apparitions avec le backing band local Dave Berry and the Cruisers.
En 1964, après une audition auprès du producteur Mike Leander, ce dernier l'aide à enregistrer une démo de qualité, ce qui permet à Joe de signer un contrat personnel avec Decca et publier son premier quarante-cinq tours, une reprise de I'll Cry Instead des Beatles. En dépit de Jimmy Page à la guitare rythmique et d'une publicité importante de la part de Decca, insistant sur sa jeunesse et son extraction prolétaire, le disque est un échec, et le contrat d'enregistrement de Joe avec Decca s'achève fin 1964. Après avoir enregistré ce titre, Joe abandonne son nom de scène et forme le nouveau groupe : Joe Cocker’s Big Blues, dont un seul enregistrement subsiste et dont on a peu de traces ; il comporterait une reprise du morceau de Curtis Mayfield : I've Been Trying.
Après une tournée en première partie de Manfred Mann et The Hollies au Royaume-Uni puis une tournée dans les bases militaires américaines en France, il retourne travailler dans sa compagnie de gaz en 1965.
En 1966, après un arrêt d'une année avec la musique, Joe s'associe au claviériste et bassiste Chris Stainton, rencontré deux ans auparavant ; ils forment The Grease Band. Ce nom a pour origine une interview que Joe avait lue, du musicien de jazz Jimmy Smith, dans laquelle ce dernier employait l'expression have a lot of grease pour décrire un autre musicien. Tout comme The Avengers, le Grease Band se produit essentiellement dans les pubs de Sheffield et des alentours. Denny Cordell (en), producteur de Procol Harum, des Moody Blues et de Georgie Fame remarqua le groupe. Joe enregistre le 45 tours, Marjorine, pour Cordell, sans le Grease Band, dans un studio londonien. Il déménage ensuite à Londres avec Stainton et le Grease Band est dissout. Cordell obtient que Cocker se produise régulièrement au Marquee Club de Londres où un nouveau Grease Band, avec Stainton et le claviériste Tommy Eyre, se forme.
Après le succès d'estime aux États-Unis de Marjorine, Denny Cordell propose à Joe d'enregistrer une reprise de With a Little Help from My Friends, autre chanson des Beatles, afin d'accrocher le public américain. Participent à l'enregistrement Jimmy Page, à nouveau cette fois-ci à la guitare solo, B. J. Wilson à la batterie, Sue et Sunny comme choristes et Tommy Eyre à l'orgue. La chanson sera utilisée plus tard comme le thème d'ouverture de The Wonder Years et sera au Top Ten des classements britanniques et y restera treize semaines, atteignant la première place le 9 novembre 1968. Elle atteint la soixante-huitième place dans les classements américains.
La nouvelle formule de tournée du Grease Band de Cocker inclut Henry McCullough à la guitare solo, qui jouera ensuite quelque temps avec les Wings de Paul McCartney. Après avoir fait une tournée avec les Who au Royaume-Uni pendant l'automne 1968, puis avec Gene Pitney et Marmalade au début de l'hiver 1969, le Grease Band s'embarque pour sa première tournée américaine au printemps 1969. L'album de Joe Cocker, incluant With a Little Help from My Friends, sorti peu après leur arrivée, est numéro trente-cinq dans les classements américains pour finalement devenir disque d'or. Pendant la tournée américaine, Cocker participe à plusieurs festivals importants, tels le Festival de folk de Newport et le Denver Pop Festival.
Au mois d'août, Denny Cordell entend parler du Festival de Woodstock dans l'État de New York et convainc l'organisateur, Artie Komfeld, d'engager Joe Cocker et le Grease Band pour cette occasion. Il faut transporter le groupe jusqu'au lieu du festival par hélicoptère en raison de l'énorme affluence du public. En ouverture de la troisième journée du festival le 17 août 1969, ils y jouent plusieurs chansons, dont Something’s Coming on, Let's Go Get Stoned, I Shall Be Released et With a Little Help from My Friends. Cocker dira plus tard de l'événement : « …une sorte d'éclipse, une journée très spéciale ».
Juste après Woodstock, Joe publie son second album : Joe Cocker !. Impressionnés par sa reprise de With a Little Help from My Friends, Paul McCartney et George Harrison lui permettent d'utiliser leurs titres She came in through the bathroom window et Something pour son album. Enregistré à l'occasion d'une pause dans la tournée pendant le printemps et l'été, l'album atteint le onzième rang dans les classements américains et devient un « hit » au Royaume-Uni, avec la chanson de Leon Russell Delta Lady.
Tout au long de 1969, Joe Cocker est l'invité de spectacles télévisuels tels The Ed Sullivan Show et This Is Tom Jones. Son attitude sur scène est très originale : souvent débraillé, une éternelle barbe de trois jours sur un visage grimaçant, il balance les bras et joue d'une guitare virtuelle, semblant parfois donner des directives à ses musiciens. À la fin de l'année, Cocker n'a plus envie de s'embarquer dans une autre tournée américaine et décide donc de dissoudre le Grease Band.
Mad Dogs and Englishmen (1969-1971)
Bien que Joe Cocker n'ait guère envie de se retrouver à nouveau sur la route, les services d'immigration américains l'avertissent que l'annulation de ses dates pourrait compromettre ses futures tournées aux États-Unis. Il décide donc d'honorer son contrat et forme rapidement un groupe important de plus de trente musiciens qui comprend le pianiste et chef d'orchestre Leon Russell, trois batteurs et les choristes Rita Coolidge et Claudia Lennear. Denny Cordell le baptise Mad Dogs and Englishmen (« Chiens Fous et Gentils Hommes Anglais »), d'après la chanson du même nom de Noël Coward. Sa musique, à l'époque, tend vers un style de rock plus bluesy, souvent comparé à celui des Rolling Stones. Au cours de la tournée Mad dogs and Englishmen qui s'ensuit (que le batteur Jim Keltner décrit après coup comme « une immense fête sans limites »), Joe Cocker parcourt quarante-huit villes, enregistre un double album en public et est gratifié de critiques très positives quant à ses prestations par les magazines Time et Life.