Joan Fontaine, nom de scène de Joan de Beauvoir de Havilland, est une actrice britannique née à Tokyo le 22 octobre 1917, naturalisée américaine en avril 1943 et morte le 15 décembre 2013 en Californie. Elle apparaît dans plus de 45 films au cours d'une carrière qui a duré cinq décennies. Sœur cadette de l'actrice Olivia de Havilland, leur rivalité est bien documentée dans les médias au sommet de la carrière de Fontaine. Elle a été dirigée par des réalisateurs de renom comme Alfred Hitchcock, Fritz Lang, George Stevens, Max Ophüls ou bien encore Nicholas Ray.
Elle commence sa carrière cinématographique en 1935, en signant un contrat avec RKO Pictures, et tient ses premiers rôles majeurs dans Un homme qui se retrouve (1937) et Gunga Din (1939). Ses perspectives de carrière s'améliorent grandement après son rôle principal dans Rebecca (1940) d'Alfred Hitchcock, pour lequel elle reçoit la première de ses trois nominations à l'Oscar de la meilleure actrice. L'année suivante, elle remporte ce trophée pour son rôle dans Soupçons (1941) d'Hitchcock. Une troisième nomination arrive avec Tessa, la nymphe au cœur fidèle (1943). Elle apparaît principalement dans des films dramatiques dans les années 1940, notamment Lettre d'une inconnue et la comédie L'Extravagante Mlle Dee (tous deux en 1948), qu'elle coproduit avec son deuxième mari William Dozier par l'intermédiaire de leur société de production cinématographique Rampart Productions. Au cours de la décennie suivante, après son rôle dans Ivanhoé (1952), sa carrière cinématographique commence à décliner et elle se tourne vers des rôles au théâtre, à la radio et à la télévision. Elle apparaît dans moins de films dans les années 1960, notamment dans Le Sous-marin de l'apocalypse (1961), et son dernier rôle au cinéma a lieu dans Pacte avec le Diable (1966).
Elle publie son autobiographie, No Bed of Roses, en 1978, et continue à jouer jusqu'en 1994. Ayant remporté un Oscar pour son rôle dans Soupçons, elle est la seule actrice à avoir remporté un Oscar pour un film d'Hitchcock. Elle et sa sœur restent les seules frères et sœurs à avoir remporté les Oscars pour le rôle principal .
Née Joan de Beauvoir de Havilland à Tokyo (Japon), elle est la fille cadette de Walter de Havilland, mandataire de brevets d'origine britannique possédant un bureau au Japon, et de Lilian Augusta Ruse, ex-actrice britannique connue sous son nom de scène Lillian Fontaine, épousée en 1914. Elle est la sœur cadette — plus jeune de quinze mois — de l'actrice Olivia de Havilland. Toutes deux étudient à l'école secondaire de Los Gatos et dans l'école catholique pour filles Notre Dame à Belmont en Californie. Les parents de Joan divorcent quand elle a deux ans. Joan est une enfant maladive et développe une anémie après une rougeole et des infections dues à des streptocoques. Sur le conseil d'un médecin, la mère de Joan emmène ses deux filles aux États-Unis où elles s'établissent à Saratoga (Californie). Sa santé s'améliorant rapidement, elle prend des leçons de diction tout comme sa sœur. À quinze ans, Joan retourne au Japon et vit deux ans avec son père.
Joan fait ses débuts sur scène dans la production sur la côte ouest de Call It A Day en 1935 et signe bientôt un contrat avec la RKO. Plusieurs années plus tard, elle apparaît à Broadway dans Forty Carats. Elle adopte le nom d'épouse de sa mère, remariée en 1919, pour éviter la confusion avec sa sœur aînée qui a gardé son patronyme.
Elle débute en 1935 par un petit rôle dans La Femme de sa vie coréalisé par George Cukor avec Joan Crawford en vedette, puis elle apparaît dans Pour un baiser de George Stevens avec cette fois Katharine Hepburn dans le premier rôle. Elle est ensuite choisie pour un rôle important aux côtés de Fred Astaire (pour son premier film RKO sans Ginger Rogers) : Une demoiselle en détresse (1937), comédie musicale de Stevens à nouveau, mais le public ne suit pas et le film est un échec. Elle interprète ensuite une douzaine de films, principalement des comédies romantiques avec pour partenaire Richard Dix ou Louis Hayward mais, par manque de réussite, son contrat n'est pas renouvelé à son expiration en 1939. Cette même année, elle tourne le célèbre Gunga Din de son mentor Stevens, film d'aventures viriles dans l'Inde du XIXe siècle qui privilégie les hommes (Cary Grant, Victor McLaglen, Douglas Fairbanks Jr.), et à l'opposé participe à Femmes de George Cukor, avec une myriade d'actrices (Norma Shearer, Joan Crawford, Rosalind Russell, Paulette Goddard...), preuve qu'elle est déjà une actrice qui compte à Hollywood. En 1939 toujours, elle épouse son premier mari, l'acteur britannique Brian Aherne.
La chance lui sourit un soir lors d'une réception où elle occupe la place à côté du producteur David O. Selznick. Selznick et Joan Fontaine évoquent le roman Rebecca de Daphne du Maurier, et le producteur lui demande d'auditionner pour le rôle de l'héroïne. Joan a dû passer une série de tests sur six mois, en compagnie de centaines d'autres actrices (la toute jeune Anne Baxter par exemple), avant d'être finalement choisie pour devenir la femme oppressée de Laurence Olivier. Rebecca marque les débuts américains du réalisateur britannique Alfred Hitchcock. En 1940, le film recueille, lors de sa sortie, des critiques élogieuses. Le film est nommé aux Oscars dans de nombreuses catégories, Joan est nommée à l'Oscar de la meilleure actrice mais, si Rebecca remporte l'Oscar du meilleur film, Joan Fontaine ne remporte pas l'Oscar (Ginger Rogers le reçoit pour Kitty Foyle), elle l'obtiendra l'année suivante pour Soupçons, à nouveau sous la direction de Hitchcock. C'est l'unique Oscar d'interprétation attribué à un film d'Hitchcock.
Sacrée star grâce aux deux films de Hitchcock, elle enchaîne les succès dans les années 1940, excellant dans les mélodrames romantiques. Parmi les films marquants de cette période : Âmes rebelles d'Anatole Litvak au côté de Tyrone Power, Tessa, la nymphe au cœur fidèle d'Edmund Goulding (1943) avec Charles Boyer, Jane Eyre d'après Charlotte Brontë (1944) avec Orson Welles, Le Crime de Madame Lexton (1947), Lettre d'une inconnue de Max Ophüls d'après Stefan Zweig (1948, avec Louis Jourdan) et L'aventure vient de la mer de Mitchell Leisen d'après Daphné du Maurier encore. Joan Fontaine retrouve en 1948 la comédie musicale avec La Valse de l'empereur, dirigée par Billy Wilder au côté de Bing Crosby, et le film noir avec Les Amants traqués, réalisé par Norman Foster, face à Burt Lancaster. Par ailleurs elle brille dans la comédie, aux côtés de George Brent ou de James Stewart.
Les années 1950 lui sont moins favorables, ses succès au cinéma se raréfient. Ni le très sombre Born to be Bad de Nicholas Ray avec Robert Ryan qui ne reçoit pas l'accueil attendu, ni Les Amants de Capri de William Dieterle (où figurent Joseph Cotten et Françoise Rosay) en 1950, ni même ses retrouvailles avec George Stevens pour L'Ivresse et l'amour, drame avec Ray Milland, n'égalent auprès du grand public ses triomphes passés. Seul de cette période Ivanhoé (1952), classique du film d'aventures moyenâgeuses, obtient du succès, mais même si elle partage encore le haut de l'affiche avec Robert Taylor.
De la même façon, Joan Collins est la présence sexy des Pages galantes de Boccace (1953), où Fontaine et Jourdan partagent une nouvelle fois l'affiche, et de Une île au soleil (1957) de Robert Rossen. Dans ce film, Joan Fontaine joue le rôle d'une femme scandaleuse partagée entre James Mason et Harry Belafonte. Dans Femmes coupables de Robert Wise, l'actrice mûrissante rivalise avec les jeunes Jean Simmons et Piper Laurie auprès du juvénile Paul Newman. Promue « grande dame de l'écran » à 35 ans, Joan passe de la parodie (La Grande Nuit de Casanova de Norman Z. McLeod, en compagnie de Bob Hope) au film d'auteur (The Bigamist de et avec Ida Lupino), tourne avec Anthony Mann et mène la distribution de Un certain sourire d'après Françoise Sagan. Elle s'essaie même tardivement à la science-fiction : Le Sous-marin de l'apocalypse mis en scène en 1961, avec Walter Pidgeon en covedette.