Joseph Gillain, dit Jijé, né le 13 janvier 1914 à Gedinne (province de Namur) et mort le 19 juin 1980 à Versailles (Yvelines), est un scénariste et dessinateur de bande dessinée belge. Il est l'initiateur de ce que le monde de la bande dessinée désigne comme l'école de Marcinelle, liée aux Éditions Dupuis et au Journal de Spirou.
Considéré comme l'un des pères de la bande dessinée franco-belge, Jijé a créé ou repris un grand nombre de séries. Il est également un auteur majeur de la bande dessinée chrétienne, au travers de ses biographies de Don Bosco, Charles de Foucauld ou Bernadette Soubirous.
Joseph Gillain naît le 13 janvier 1914 à Gedinne en province de Namur, il est issu d'une famille catholique – deux de ses trois frères sont prêtres et deux de ses quatre sœurs sont entrées dans les ordres. Son père Eugène Gillain est contrôleur des contributions. Il est régulièrement muté, ce qui conduit à de fréquents déménagements familiaux. Eugène Gillain est également un conteur et un animateur de la vie littéraire en Wallonie, l'un des fondateurs de la revue Les Cahiers wallons.
Après des études dans l'enseignement libre, Joseph est admis à quatorze ans à l'école de métiers d’art de l'abbaye de Maredsous, qui forme des artisans susceptibles de réaliser des objets religieux. Il y reste trois ans, apprend l'orfèvrerie et suit des cours d'arts décoratifs, de gravure, de modelage et de dessin. Il travaille ensuite à Charleroi dans un atelier de mécanique tout en suivant les cours de l'université du Travail, où il est l'élève de Léon Van den Houten. Ce peintre néo-impressionniste lui apprend le dessin d'après modèle, sans regarder la feuille de papier sur laquelle il travaille.
En 1932-1933, il suit les cours de l'Institut Supérieur des arts décoratifs de La Cambre et fréquente les cours du soir de l'Académie des beaux-arts de Bruxelles. Il travaille la gravure sur bois et réalise des œuvres liées à l'art sacré : sculpture, gravure, fresques.
À partir de 1932, à l'instigation de son père, Joseph Gillain réalise un nombre considérable de gravures pour illustrer des œuvres littéraires publiées en wallon et en français, ainsi que les 46 couvertures de la première série des Cahiers wallons. À ce titre, il est admis en 1935 comme membre adhérent du cercle littéraire dialectal Lès Rèlîs Namurwès. En 1932, il réalise aussi les gravures de l'église Notre-Dame du Travail de Bray, reprise sur la liste du patrimoine immobilier exceptionnel de la Wallonie. À cette époque, il dessine également une ligne de motos pour le fabricant Escol dont il est voisin à Châtelet. À partir de 1944 et jusqu'en 1955, il poursuit sa carrière d'illustrateur aux éditions Dupuis, pour des romans populaires ; il délaisse alors la gravure au profit du dessin à l'encre de Chine, du lavis et de l'aquarelle.
Il commence à travailler en 1935 pour un hebdomadaire de Namur, Le Croisé. Sa première publication, un dessin de couverture, date du 1er décembre. Il y publie ses premières bandes dessinées : Les Aventures de Jojo, adoptant la signature de Jijé. Il intègre ensuite les éditions Dupuis, effectuant des illustrations au lavis pour Le Moustique, puis des bandes dessinées pour Spirou. C'est le début d'une collaboration qui dure jusqu'à sa mort.
En 1936, il entame la réalisation d'un dizaine de fresques peintes dans le transept, la voûte, et l'autel de l'église de Corbion (Bouillon). Ces dernières peintures font écho à celles réalisées dans le jubé en 1933 et s'inscrivent tout naturellement dans la vénération portée au saint protecteur de l'église. (Malheureusement, ces fresques ont aujourd'hui disparues, recouvertes dans le début des années 1970).
En 1937, Joseph Gillain épouse Annie Rodric, sœur d'un de ses condisciples de Maredsous. Le couple a quatre enfants.
Il peint en 1938 un tableau de trois mètres sur trois, dans l’église de Corbion (Bouillon), représentant trente-cinq personnages du village écoutant saint Jean-Baptiste prêcher au bord de la Semois. Il s'y représente la palette à la main. Ce tableau est toujours visible au sein de cette même église.
Sous l'Occupation, il est conduit à reprendre le personnage de Spirou, dont le créateur Rob-Vel est prisonnier de guerre en Allemagne.
Au lendemain de la guerre, il est l'un des auteurs vedette des éditions Dupuis. Il prend sous son aile plusieurs jeunes dessinateurs dans sa maison de Waterloo, les conseille, les aide, les forme et les héberge. Will, Hubinon, Eddy Paape, Morris, Franquin bénéficient, entre autres, du gîte, du couvert et de l'appui de Jijé et de son épouse Annie.
En 1948, Jijé est pris de la crainte d'une troisième guerre mondiale. Il décide de se mettre à l'abri avec sa famille et embarque pour les États-Unis avec sa femme, ses quatre enfants – dont un bébé de quinze mois – et ses deux élèves Franquin et Morris. L'équipe débarque à New York et traverse l'Amérique en voiture, direction Los Angeles. Les trois dessinateurs s'imaginent que Walt Disney va les embaucher, ce qui n'est pas le cas. Ils franchissent la frontière faute de visa leur permettant de travailler aux États-Unis et s'établissent à Tijuana, puis à Cuernavaca où ils restent près de deux ans, envoyant leurs planches à leur éditeur qui leur adresse des mandats. Ce périple sera décrit sous forme de bande dessinée par Yann et Olivier Schwartz en 2012 – l'album est publié chez Dupuis sous le titre Gringos locos. Jijé s'installe ensuite avec sa famille à Wilton, dans le Connecticut, près de New York. Il y rencontre René Goscinny et le présente à Morris, qui demandera à celui-ci, quelques années plus tard, de devenir le scénariste de Lucky Luke.
En juillet 1950, Jijé rentre en Europe. Il s'installe à Cassis puis à Juan-les-Pins. Au milieu des années 1950, il achète une vieille orangerie à Draveil, qu'il restaure au fil des ans et où il vit jusqu'à sa mort.
Très tôt, Jijé fait preuve d’une imagination foisonnante, créant de très nombreux héros qu'il n'hésite pas à confier ensuite à d’autres, à titre provisoire ou définitif. Il commence par dessiner Les Aventures de Jojo pour Le Croisé en mai 1936 – dont la secrétaire de rédaction lui a demandé de « faire un Tintin ». Son style est nettement influencé par Hergé. L'avocat de ce dernier lui envoie d'ailleurs un courrier de protestation. Jijé se dégage rapidement de cette influence — notamment au travers de la bande dessinée réaliste. Trois ans plus tard, il se présente chez l'éditeur Dupuis qui vient de lancer le Journal de Spirou. Il y reprend Freddy aux Indes sous le titre Le Mystère de la clef hindoue, puis crée la série Trinet et Trinette. Il dessine simultanément Blondin et Cirage pour l'hebdomadaire religieux Petits Belges.
En 1940, il reprend brièvement le personnage de Spirou, créé par le Français Rob-Vel, alors prisonnier de guerre. Le petit groom en uniforme rouge est ensuite l’objet d’adoptions en chaîne. Jijé le restitue en mars 1941 à Rob-Vel, qui vient d'être libéré. Celui-ci cède deux ans plus tard tous les droits à Dupuis qui confie à nouveau la série à Jijé. Celui-ci contribue à en fixer le style et à lui donner un ton plus fantaisiste. Il est également à l'origine de l'aspect définitif du compagnon de Spirou, le journaliste Fantasio, personnage imaginé par Jean Doisy. La série Spirou et Fantasio est ensuite reprise par Franquin en 1946.
Jijé est également amené à improviser une conclusion aux séries américaines Superman et Red Ryder dont les pages ne parviennent plus à la rédaction de Spirou. En février 1941, il aborde un style de dessin réaliste pour la publication d'une biographie du prêtre italien Giovanni Melchior Bosco, fondateur de la congrégation des salésiens, sous le titre Don Bosco ami des jeunes. Il redessine entièrement la biographie en 1949 pour Le Moustique. L'album paraît en 1950 et sera réédité à plusieurs reprises. Don Bosco reste à ce jour le plus grand succès commercial de Jijé avec un total de 500 000 exemplaires vendus. En octobre 1941, sur une idée de Jean Doisy, rédacteur en chef de Spirou, Jijé crée le personnage de Jean Valhardi, dont le patronyme est issu des adjectifs « valeureux » et « hardi ». Il s'agit d'un détective qui travaille pour une compagnie d'assurances. Doisy le décrit ainsi : « Valhardi, respectant le Code d'honneur, est franc et droit : il est l'ami de tous, mais surtout des faibles : il a du cran, se sacrifie pour les autres, ne craint pas de se salir les mains […] ». Jijé dessine Valhardi jusqu'en 1946.