Ce Jour-là

Jeunes-Turcs

Mouvement politique nationaliste et réformateur né en 1889 dans l'Empire ottoman

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Les Jeunes-Turcs (en turc : Jön Türk au singulier et Jön Türkler au pluriel) sont un mouvement politique nationaliste, moderniste et réformateur ottoman, officiellement connu sous le nom de Comité union et progrès (CUP, en turc İttihat ve Terakki Cemiyeti), dont les chefs ont mené une rébellion contre le sultan Abdülhamid II (renversé en 1909), planifié le génocide arménien et mis en œuvre la turquisation de l'Anatolie.

Genèse et objectif du mouvement

Naissance du Comité Union et Progrès

Le mouvement jeune-turc est né le 14 juillet 1889, jour du centenaire de la prise de la Bastille au sein de l'École de médecine militaire de Constantinople. Se référant à la société des Jeunes-Ottomans, le mouvement est inspiré de la charbonnerie française, les étudiants y réclament le rétablissement de la Constitution ottomane de 1876 supprimée par le sultan Abdülhamid II en 1878. Au début, les Jeunes-Turcs se recrutent principalement dans les écoles supérieures militaires qui sont les premières à dispenser un enseignement occidental, puis gagneront le soutien des hauts-fonctionnaires, des oulémas, et des cheikhs. Les formalités d'admission étaient inspirées du rituel maçonnique : le candidat qui avait les yeux bandés, était reçu par trois individus masqués et portant une pèlerine, puis devait prêter serment en posant la main successivement sur le Coran et sur une épée. Il jurait d'assurer un meilleur avenir au pays, en obéissant aveuglément à tous les ordres venant de l'association. Au cours des années 1895-97, le mouvement s'étend à l'ensemble de l'Empire ottoman, mais aussi à l'étranger auprès des cercles d'exilés, comme à Paris où Ahmed Riza, fervent adepte du positivisme d'Auguste Comte, fait figure de chef. Le premier congrès des Jeunes-Turcs se tient à Paris en février 1902 et rassemble une cinquantaine d'opposants divisés en deux factions, occidentaliste et turquiste. Les Jeunes-Turcs sont particulièrement actifs en Macédoine, où, en 1907, le comité de Salonique — la Société ottomane pour la liberté — fusionne avec celui de Paris pour former le Comité Union et Progrès (CUP).

Le parti compte alors trois grands courants idéologiques, l'un occidentaliste et libéral, favorable à un État décentralisé (c'est le cas notamment des militants arméniens du parti Dachnak), proposait des réformes radicales dans le pays en délaissant l'islam. L'autre de tendance islamique, proche historiquement du courant des Jeunes-Ottomans, proposait de moderniser l'Empire en respectant la culture et les valeurs islamiques, il s'agissait alors de reprendre le savoir technique de l'Occident, en délaissant le savoir moral. Enfin, la tendance turquiste, nationaliste, emmenée par Ahmed Riza, défendait un centralisme autoritaire chargé de maintenir l'intégrité territoriale de l'Empire. Néanmoins, les trois grands courants étaient unanimes dans les critiques faites au Sultan, notamment son incapacité à résister aux pressions étrangères, ainsi que son autoritarisme et sa brutalité. Enfin, ils s'accordent tous sur la nécessité de rétablir la Constitution, et décident de s'appuyer sur l'armée pour y parvenir.

Particulièrement au fait des débats politiques et courants idéologiques présents en Europe, la plupart des Jeunes-Turcs se rattachaient à des courants européens parfois contradictoires. Ainsi, comme le note l'historien franco-turc Hamit Bozarslan, parmi plus francophiles des membres du Comité, l'on pouvait trouver des sympathisants du socialisme réformiste et républicain porté par Jean Jaurès ou des enthousiastes du nationalisme intégral porté par Charles Maurras, certains se réclamant des deux à la fois.

Le mouvement était principalement constitué de Turcs, mais s'allia à des partis nationalistes réformistes d'autres peuples ottomans comme les Arméniens, puis se retourna contre eux pour promouvoir l'avènement d'un État turc homogène d'un point de vue ethnique et religieux, dont la traduction concrète fut la déportation et l'extermination des Arméniens en 1915. Il dirigea à plusieurs reprises le gouvernement de l'Empire ottoman entre 1908 et la fin de la Première Guerre mondiale en 1918.

La révolution du 24 juillet 1908

En 1908, le Sultan s'inquiète de l'agitation qui règne dans l'Empire et envoie des agents pour enquêter sur les « Jeunes-Turcs » en Macédoine.

Se sachant découverts, des officiers membres du Comité Union et Progrès encouragent les mutineries et se lancent dans une guérilla avec le soutien d'une partie de la population. Niazi, l'un des dirigeants du CUP, quitte avec son unité la ville de Resne et se retranche dans les montagnes de la Macédoine méridionale. Enver Pacha se dépêche de publier un manifeste dénonçant l'autoritarisme du Sultan et annonce le début de la révolution. Pourtant, rien n'est vraiment organisé, le CUP comptant à peine trois cents membres, et la réaction de l'armée demeure inconnue. Abdülhamid II intervient en dépêchant un régiment pour combattre les rebelles, mais les soldats fraternisent avec les insurgés. Le Sultan donne alors l'ordre d'envoyer une division d'élite en Macédoine, mais celle-ci refuse de marcher. Par la suite, il appelle des troupes spéciales de l'intérieur de l'Anatolie, mais comme pour les autres unités, elles se solidarisent avec les révolutionnaires. Des soulèvements de civils encadrés par le Comité Union et Progrès se produisent partout en Macédoine obligeant le Sultan à céder. Le 24 juillet 1908, Abdülhamid II restaure la constitution de 1876 et annonce la tenue d'élections en décembre, que le CUP remporte de manière écrasante.

Les chefs du CUP se donnent alors pour tâche principale de régénérer l'Empire en lui appliquant des institutions calquées sur celles des États occidentaux. Mais la structure ethnique, sociale et religieuse de l'Empire ottoman n'a rien de semblable avec celle des autres États européens, du fait de l'existence de fortes minorités nationales. Il est alors difficile pour les Jeunes-Turcs de réunir les Grecs, les Turcs, les Arméniens, les Kurdes et les Arabes au sein d'un même État. Norbert Von Bischoff affirme que « chacun de ces hommes appartenait à un monde physique et spirituel différent de celui de ses voisins et n'avait, avec ses collègues, aucune idée commune sur la forme et la mission de l'État à créer ».

Néanmoins, les Jeunes-Turcs n'ont pas le temps d'appliquer leur programme, car ils font face au retour de nombreux vieux politiciens qui avaient été exilés par Abdülhamid II. Il y a parmi eux des grands vizirs, des princes, des ministres, de hauts-fonctionnaires… Ceux-ci profitent des élections pour évincer les révolutionnaires du Comité Union et Progrès et prendre le contrôle du parti. Les artisans de la révolution quittent alors l'Anatolie, Niazi vers l'Albanie où il se fait assassiner, et Enver à Berlin où il a été nommé attaché militaire. La corruption est alors à son comble, et des mutineries éclatent en Albanie et en Arabie. Six mois après la promulgation de la Constitution, la situation est pire qu'elle ne l'a jamais été.

Face au risque d'implosion de l'empire, certains opposants au CUP et à son discours jugé trop libéral font le choix de la contre-révolution : c'est "l'incident du 31 mars". Les partisans du Sultan retrouvent de l'assurance. Ils dépêchent partout des prêtres et des imams pour convaincre la population que le but des Jeunes-Turcs est la destruction de l'islam et du califat. Les régiments de la garnison de Constantinople se mutinent. Des islamistes et des cadets de l'armée tentent de réaliser une contre-révolution pour dissoudre le parlement et pour arrêter plusieurs membres du CUP. Ils réclament le retour au pouvoir du Sultan, l'abolition de la constitution, et la mise en place d'un régime islamiste.

La situation est alors très grave pour le Comité Union et Progrès qui vient de se faire expulser de Constantinople. Les officiers appellent alors l'armée de Macédoine dirigée par un général d'origine arabe, Mahmoud Chevket. Ce dernier donne l'ordre aux deuxième et troisième armées de marcher sur Constantinople. Elles y pénètrent le 24 avril 1909. La rébellion est finalement matée dans le sang.

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