Ce Jour-là

Jeremy Bentham

Philosophe, moraliste et législateur anglais

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Jeremy Bentham, né le 15 février 1748 à Londres où il est mort le 6 juin 1832, est un philosophe, jurisconsulte et réformateur anglais.

Théoricien majeur de la philosophie du droit, radicaliste dont les idées ont grandement influencé le développement du conséquentialisme, il est surtout reconnu comme étant le père de l'utilitarisme avec John Stuart Mill.

Précurseur du social-libéralisme dans ses écrits, il s'y exprime à de nombreuses reprises en faveur de la liberté individuelle, de la liberté d'expression, de la liberté économique, de l'abolition de l'usure, de la séparation de l’Église et de l'État, du droit des animaux, de l'égalité des sexes, du droit au divorce, de la décriminalisation de l'homosexualité, de l'abolition de l'esclavage, de l'abolition de la peine de mort, et de l'abolition de la torture, des peines physiques et des châtiments corporels, y compris ceux infligés aux enfants.

Bien que très clairement favorable à l'extension des droits individuels, il s'oppose en revanche à l’idée de lois ou de droits naturels, des « non-sens sur des échasses », et à l’idée de contrat social émise par Rousseau.

Il est l'un des théoriciens les plus influents par son œuvre et sa pensée novatrice, mais aussi par celle de ses disciples, dont son secrétaire et collaborateur James Mill, père de John Stuart Mill, le jurisconsulte John Austin, et Robert Owen, père du socialisme utopique.

Jeremy Bentham naît à Londres d’un père avocat et jurisconsulte réputé. Jeune, il montre rapidement des aptitudes importantes pour les études : il étudie le latin à trois ans et maîtrise le français à sept ans. Il mène ses études au « Westminster College » puis, à partir de 1760, au « Queen’s College » d’Oxford où il obtient un « Bachelor » (1763) puis un « Master of Arts » (1766) à respectivement quinze et dix-huit ans. Bentham y suit les cours du célèbre professeur de droit naturel de l’époque, le jurisconsulte William Blackstone.

Sa vie active débute en 1769 ; il devient avocat. Cependant, Bentham se détourne rapidement du droit, reposant par trop, selon lui, sur les failles de la législation, les lourdeurs de la procédure et la mauvaise foi des avocats (le « Démon de la Chicane »). Il est révolté des vices des lois britanniques et par les abus de toute espèce qui règnent dans les tribunaux. Il aime mieux consacrer sa vie à les réformer, et s'efforce de constituer sur de nouvelles bases la législation et la politique. Imbu des doctrines de Claude-Adrien Helvétius, il pose comme principe fondamental qu'en législation et en morale on ne doit admettre d'autre règle que l'utilité : ce qui lui fit donner à son école le nom d'Utilitarisme.

La parution de son premier ouvrage — anonyme — A Fragment on government (1776) lui assure la bienveillance du comte Shelburne, William Petty FitzMaurice. Elle constitue une attaque violente des conceptions de William Blackstone, et étonne les contemporains par la radicalité du projet. Contrairement à Jean-Jacques Rousseau ou d’autres philosophes, Bentham y rejette la notion de contrat social, et justifie l’existence de l’État par sa seule utilité.

Lorsque les treize colonies américaines publient leur déclaration d'indépendance le 4 juillet 1776, le gouvernement britannique demande à l'avocat et pamphlétaire londonien John Lind de publier une réfutation. Son tract, distribué dans les colonies, contenait un essai intitulé Short Review of the Declaration écrit par Bentham, qui était ami de Lind. Dans cet essai, Bentham attaque et se moque de la philosophie politique des Américains.

En juin 1780, lors des émeutes de Gordon, Bentham rejoint la milice du Lincoln's Inn. Il s'y implique pleinement et participe à la féroce répression qui coûta la vie à plusieurs centaines de personnes.[source insuffisante]

Entre 1785 et 1788, Bentham voyage à travers l’Europe — France, Italie, Constantinople, Russie, où son frère est au service de la tsarine, Pologne, Allemagne, Hollande. Il en profite pour se lier aux philosophes, tels Jean le Rond D'Alembert. Defense of Usury (1788) rencontre un grand succès ; il y démontre l’absurdité du contrôle des taux d’intérêt recommandé par Adam Smith dans les Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations. Il publie encore en 1789 une œuvre majeure Introduction to the Principles of Morals.

Bien que farouchement opposé aux notions de droit naturel qui soutiennent la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, Bentham accueille avec bienveillance la Révolution française. Il était fort lié avec le conventionnel Jacques Pierre Brissot. Il fut d’ailleurs proclamé citoyen français par la jeune République française le 26 août 1792. Cette même année, son père décède ; l’héritage lui permettra de vivre dignement à Westminster pour le restant de ses jours. Mais en cette période de troubles, c’est en France que Bentham déploie sa grande activité : il y fait plusieurs propositions concernant l’établissement du droit, le système judiciaire, pénitentiaire, l’organisation politique de l’État, et la politique vis-à-vis des colonies (Emancipate your Colonies).

Bentham écrivit nombre de ses œuvres en français. Un de ses disciples, le Suisse Étienne Dumont, pasteur calviniste de Genève, se consacra à leur publication. Quelques-unes même n'ont été publiées qu'en français.

De retour au Royaume-Uni, après l’avènement du Premier Consul, Bentham continue son œuvre et propose au gouvernement un projet pénitentiaire novateur, le Panopticon, qui inspirera l'architecture de nombreux ouvrages par la suite.

À partir de 1822, il débute, à titre personnel, la rédaction d’un « code constitutionnel » qu’il veut donner en modèle.

Après sa mort à Westminster le 6 juin 1832, Bentham, conformément à son souhait testamentaire, fut disséqué (pratique contraire aux mœurs du temps, mais utile d’un point de vue scientifique) et embaumé. Son corps repose à l’University College de Londres. Son squelette et sa tête ont été conservés dans une armoire en bois munie d'une porte vitrée dénommée en anglais «auto-icon » (traduisible en auto-icône) exposée au public, avec le squelette rembourré de foin et habillé avec les vêtements de Bentham.

Bentham avait voulu que cette auto-icône intègre sa tête réelle, momifiée pour ressembler à son apparence dans la vie. Les efforts expérimentaux de Southwood Smith en matière de momification, basés sur les pratiques du peuple maori de Nouvelle-Zélande et consistant ensuite à placer la tête sous une pompe à air sur de l'acide sulfurique et à en extraire les fluides. Bien que techniquement réussie, cette expérience a laissé la tête dans un état assez macabre avec une forte tension de la peau tout autour du crâne et du visage.

L'auto-icône a donc ensuite reçu une tête en cire à l'effigie du savant, équipée de quelques cheveux de Bentham. La tête réelle fut, quant à elle, installée dans la même armoire vitrée, aux pieds même de l'auto-icône pendant de nombreuses années. Cependant, devenue la cible de nombreuses farces estudiantines, celle-ci est maintenant située dans une pièce du collège, non loin de l'auto-icône, mais fermée aux visiteurs.

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