Ce Jour-là

Jeannine Worms

Dramaturge française

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Jeannine Worms, nom de plume d'Éliane Jeannine Metzger, née le 19 avril 1923 à Buenos Aires (Argentine) et morte le 28 avril 2006 à Paris 8e, est une dramaturge et femme de lettres française.

Le 17 décembre 2019, une allée portant son nom, l'allée Jeannine-Worms, est inaugurée dans les jardins des Champs-Elysées à Paris, reliant le théâtre Marigny à l’avenue Matignon.

L'histoire d’Éliane Jeannine Metzger traverse ce siècle brutal. Elle a parcouru le monde en des temps troublés. Sa famille, de religion juive, avait quitté l'Est de la France puis la France même pour échapper aux guerres. Elle naquit en Argentine.

Enfant, elle vint à Paris mais, devant la menace des persécutions antisémites, elle dut repartir avec les siens, heureusement munis du passeport argentin. À Buenos Aires, elle tira profit des enseignements de Roger Caillois et Paul Bénichou dont elle resta proche.

L'après-guerre fut plus faste. Après un séjour au Brésil, où elle épouse en 1945 Gérard Worms, éditeur et directeur des Éditions du Rocher à Monaco, elle s'installa à Paris et savoura avec son mari les belles années de Saint-Germain-des-Prés et de Saint-Tropez. Elle rejoignit alors à la fois la « vie parisienne » et la société des lettres. Son vaste cercle d'amis comptait parmi les plus proches Jean Cocteau, Emil Cioran, Eugène Ionesco, des peintres tels que Youla Chapoval, Pierre Tal Coat, Angel Alonso et Arthur-Luiz Piza. Elle se trouvait bien parmi ces Roumains, ces Latino-américains avec lesquels elles partageait et le sentiment de l'exil et une redoutable exigence morale.

Jeannine Worms pratique différents genres. Le leitmotiv de son œuvre est la réflexion sur les mensonges et les apparences.

Elle meurt à Paris le 28 avril 2006 à l'âge de 83 ans.

Un arrêté municipal des 8, 9, 10 et 11 juillet 2019 donne à l'allée des jardins des Champs-Élysées traversant le carré Marigny d'est en ouest, du théâtre jusqu’à l'avenue Matignon, le nom de « allée Jeannine-Worms ».

Son goût pour l’aphorisme lui a fait privilégier la brièveté sur scène. Des œuvres courtes, des saynètes cruelles, au plus près du trivial et déjà contraignant le spectateur à se mettre soi-même en cause. Quand elle écrit ou revoit ses textes, Jeannine Worms traque le « gras », tout ce qui ralentit. Dans ses essais, son style reste aigu, véhément. Son souci d’élégance intellectuelle va de pair avec celui de l’honnêteté ne laissant pas de place pour les compromis.

Elle a aimé les acteurs (comme Denise Gence ou Delphine Seyrig, entre autres) et n'a jamais cessé jusqu'à la fin de ses jours de fréquenter les théâtres. Ses pièces sont des classiques contemporains, étudiées dans les écoles d'art dramatique et encore régulièrement jouées. Elles ont été abondamment traduites et mises en scène dans le monde.

Chez Jeannine Worms l’affirmation d’un style l’emporta sur celui d'un genre, et ce à partir d’une posture intellectuelle très déterminée. En aucun cas elle ne porta une pensée systématique, effrayée par l’esprit de sérieux sorbonnicole et élevée loin des bornages académiques, elle peut être située dans le rang des adeptes du « gai savoir ». Elle a traqué le conformisme en jouant sur les vertus du divertissement théâtral et en maniant ces flèches qui faisaient le bonheur des moralistes du grand siècle.

Dans son dernier texte, Les Ratés de l’éternité, Jeannine Worms reprit son dialogue avec la Funeste et fit d’elle le personnage central d’un Theatro mundi impitoyable. Cette cosmogonie rapportée à celles de la physique contemporaine ou des grandes religions est irrespectueuse, blasphématoire.

Jeannine Worms fut une sorte de Diogène au féminin. Elle a assumé la bassesse de l’homme et magnifié son courage. La camarde contre laquelle, petite femme, elle s'était dressée avec véhémence, vient d'emporter une rebelle. La rébellion portée par ses textes nous reste.

Il ne faut jamais dire fontaine, Paris, Fasquelle, coll. « Librairie des libelles », 1956, 161 p. (Extrait en ligne sur Gallica).

Les Uns et les autres, Paris, Fasquelle, coll. « Librairie des libelles », 1957, 237 p.

Un magnolia, roman, Paris, Gallimard, 1960, 216 p. (Extrait en ligne sur Gallica).

Album de là-bas, Paris, la Table ronde, coll. « La mémoire » (no 7), 1974, 225 p. (extrait en ligne sur Gallica).

Album de là-bas, adaptation de Gérard Bonal, Paris, TriArtis éditions, coll. « L'Invitation aux voyages », 2016, 52 p. (ISBN 978-2-916724-81-2).

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