Jeanne Moreau, née le 23 janvier 1928 à Paris 10e et morte le 31 juillet 2017 dans le 8e arrondissement de la même ville, est une actrice, chanteuse et réalisatrice française.
Elle a joué dans plus de cent trente films — dont Ascenseur pour l'échafaud, Les Amants, Moderato cantabile, Jules et Jim, Eva, Le Journal d'une femme de chambre, Viva Maria !, La mariée était en noir, La Vieille qui marchait dans la mer... — sous la direction de réalisateurs comme Luis Buñuel, Theo Angelopoulos, Wim Wenders, Rainer Werner Fassbinder, Michelangelo Antonioni, Manoel de Oliveira, Joseph Losey, Orson Welles, Elia Kazan, Jacques Becker, François Truffaut, Louis Malle, Jacques Demy, Jean Renoir, Marguerite Duras ou encore Agnès Varda.
En 1992, elle obtient le César de la meilleure actrice pour La Vieille qui marchait dans la mer, suivi de deux César d'honneur en 1995 et en 2008.
En 1998, l'Académie américaine des arts et des sciences du cinéma lui rend hommage lors d'une cérémonie. En 2000, elle est la première femme élue à l'Académie des beaux-arts de l'Institut de France, au fauteuil créé en 1998 dans la section Création artistique pour le cinéma et l'audiovisuel.
Jeanne Moreau naît en 1928 dans le 10e arrondissement de Paris.
Son père, Anatole-Désiré Moreau, né à Mazirat dans l'Allier, fils d'un huilier, est le gérant de la brasserie À la cloche d'or, au coin de la rue Pierre-Fontaine et de la rue Mansart dans le 9e arrondissement de Paris. Sa mère, Kathleen Buckley, née à Blackpool (Lancashire, Angleterre), est la fille d'un marin-pêcheur ; de nationalité britannique, elle est danseuse aux Folies Bergère et rejoint plus tard la troupe de Joséphine Baker.
Après avoir passé une partie de son enfance à Vichy et à Mazirat, la future comédienne achève ses études secondaires à Paris et commence à suivre, à l'insu de ses parents, les cours de théâtre de Denis d'Inès, alors doyen de la Comédie-Française. En 1946, elle entre dans sa classe comme auditrice, au Conservatoire national supérieur d'art dramatique de Paris.
Début 1947, elle passe le concours d'entrée au Conservatoire tout en jouant un petit rôle dans Le Lever de soleil à la Comédie-Française. En septembre 1947, elle participe au premier festival d'Avignon avec de brèves apparitions dans trois pièces (avec Anne Caprile elle joue notamment une suivante de la reine (Léone Nogarède) dans La Tragédie du roi Richard II sous la direction de Jean Vilar). De retour au « Français », elle obtient, en décembre 1947, le rôle de Joas dans Athalie.
Pensionnaire de la Comédie-Française, c'est à la suite de la publication d'une photo d'elle dans la pièce Un mois à la campagne que son père la chasse de la maison familiale. Elle se fait réellement remarquer en 1950 dans Les Caves du Vatican d'André Gide, mise en scène par Jean Meyer, où elle joue la petite prostituée. Ce rôle lui vaut la couverture de Paris Match et les félicitations de Paul Léautaud. Par la suite, elle incarne de nouveau un personnage de prostituée dans une reprise d’Othello, avec Aimé Clariond dans le rôle-titre ; à cette occasion Orson Welles, qui prépare l'adaptation cinématographique de la pièce, la remarque.
Démissionnant de la Comédie-Française en 1952, elle rejoint le TNP de Jean Vilar, se produit au Festival d'Avignon où elle joue le rôle de l’infante dans le Cid, avec Gérard Philipe, alors qu'elle aurait voulu celui de Chimène. En 1952, elle revient au festival avec le rôle de Nathalie d'Orange dans Le Prince de Hombourg, mais y est mal à l'aise et accepte, sur le conseil de Gérard Philipe, la proposition du théâtre Antoine pour jouer dans la pièce L’Heure éblouissante d'Anna Bonacci (mise en scène de Fernand Ledoux), un rôle, encore une fois, de prostituée. Lors de cette pièce, elle rencontre l'écrivain Blaise Cendrars.
Elle obtient ses premiers rôles au cinéma : Dernier Amour, un mélodrame signé Jean Stelli, en 1949, Meurtres, film de Richard Pottier dans lequel elle côtoie Fernandel en 1950, puis Touchez pas au grisbi, classique du film de gangster réalisé par Jacques Becker en 1954. La même année, elle tient pour la première fois la vedette d'un film, jouant une très sensuelle et frivole reine Margot pour Jean Dréville.
En 1956, alors qu'elle joue dans la pièce La Chatte sur un toit brûlant, elle rencontre Louis Malle qui prépare le film Ascenseur pour l'échafaud et le scénariste Roger Nimier qui lui présente Paul Morand. Cette œuvre révèle toute la subtilité de son jeu et Les Amants, qui fait scandale lors de sa sortie, lui donne l'image d'une héroïne moderne.
Pour Roger Vadim, elle incarne un avatar de la marquise de Merteuil auprès de son compère de toujours Gérard Philipe dans Les Liaisons dangereuses 1960, transposition contemporaine du roman de Choderlos de Laclos. Elle obtient le prix d'interprétation féminine du Festival de Cannes 1960 pour Moderato cantabile de Peter Brook, d'après Marguerite Duras.
En 1961, elle obtient le premier rôle de La Nuit de Michelangelo Antonioni . Eva de Joseph Losey, Le Procès d'Orson Welles et La Baie des Anges de Jacques Demy confirment sa réputation de comédienne au service d'œuvres et metteurs en scène ambitieux.
L'année 1962 marque un tournant dans la carrière de Jeanne Moreau avec le film Jules et Jim de François Truffaut qu'elle avait déjà rencontré en 1958 lors du Festival de Cannes 1958. Le producteur Jacques Canetti sort la bande originale du film Le Tourbillon qu'elle interprète dans le film avec Serge Rezvani à la guitare. Le succès du film et de la bande originale est immédiat.
À la suite de l'énorme succès rencontré par cette œuvre, elle lie connaissance avec l'Américaine Anaïs Nin qui la veut pour incarner son héroïne dans le film L’Espionne dans la maison de l'amour, tiré d'un de ses romans. Finalement, le film ne se fait pas, mais une solide amitié est née. Elle part ensuite en Californie pour jouer dans une série de films et, lors d'une soirée, Anaïs Nin lui présente l'écrivain Henry Miller, son compagnon d'alors, qui lui dit un jour : « Surtout, ne dites jamais aux gens avec qui vous travaillez, que nous sommes amis, votre réputation serait fichue ». Elle se lie aussi d'amitié avec Tennessee Williams et Peter Brook.
En 1965, elle tourne en anglais dans Falstaff, de son ami Orson Welles.
À partir de cette époque, elle ne cesse d'être sollicitée par de grands réalisateurs : Luis Buñuel (Le Journal d'une femme de chambre), Tony Richardson (Mademoiselle, Le Marin de Gibraltar), Bertrand Blier (Les Valseuses), Elia Kazan (Le Dernier Nabab), André Téchiné (Souvenirs d'en France), Rainer Werner Fassbinder (Querelle), Michel Deville (Le Paltoquet), Theo Angelopoulos (Le Pas suspendu de la cigogne), Wim Wenders (Jusqu'au bout du monde, Par delà les nuages coréalisé avec Antonioni) ou plus récemment Amos Gitaï (Désengagement, Plus tard tu comprendras).