Jean de La Fontaine, baptisé le 8 juillet 1621 en l'église Saint-Crépin-hors-les-murs à Château-Thierry et mort le 13 avril 1695 à Paris, est un homme de lettres du Grand siècle et l'un des principaux représentants du classicisme français. Outre ses Fables et ses Contes libertins, qui ont établi sa célébrité dès les années 1660, on lui doit divers poèmes, pièces de théâtre et livrets d'opéra qui confirment son ambition de moraliste.
Proche de Nicolas Fouquet, Jean de La Fontaine reste à l'écart de la cour royale, mais fréquente les salons parisiens, notamment celui de Madame de La Sablière. Malgré des oppositions, il est reçu à l'Académie française en 1684. Dans la fameuse Querelle des Anciens et des Modernes, il se range avec ses collègues Racine et Boileau dans le parti des Anciens.
C'est en effet en s'inspirant des fabulistes de l'Antiquité gréco-latine, et en particulier d'Ésope, qu'il écrit les Fables qui font sa renommée.
Jean de La Fontaine est le fils de Charles de La Fontaine (1594-1658), maître des Eaux et Forêts et capitaine des chasses du duché de Château-Thierry, et de Françoise Pidoux (1582-1644), fille de Jean Pidoux, seigneur de la Maduère (1550-1610). Il a un frère cadet, Claude, né en 1623, et une demi-sœur, Anne de Jouy, née en 1611 d'une première union de leur mère avec Louis de Jouy, un riche marchand de Coulommiers.
Issu d'une famille de marchands-drapiers en voie d'anoblissement, il passe ses premières années à Château-Thierry, dans l'hôtel particulier que ses parents ont acheté en 1617 au moment de leur mariage. Jean de La Fontaine exercera d'ailleurs la charge de maître particulier jusqu'en 1671. Le poète gardera cette maison jusqu'en 1676, époque où il connaît des embarras pécuniaires après avoir dilapidé la fortune paternelle. Classée monument historique en 1887, la demeure du fabuliste abrite aujourd’hui le musée Jean-de-La-Fontaine.
Années de formation (1641-1658)
On sait peu de choses sur les études de La Fontaine. On sait qu’il a fréquenté jusqu'en troisième le collège de sa ville natale, qu'il s'y est lié d'amitié avec François de Maucroix et qu'il a appris le latin, mais pas le grec. Un mouvement de ferveur lui inspire d’être ecclésiastique, et il entre le 27 avril 1641 au couvent de l’Oratoire. Comme il est le fils aîné, il est très douteux qu’il ait été encouragé par sa famille dans cette vocation (d’autant plus que son frère cadet le rejoint bientôt dans cette institution) ; cependant son père ne s’y oppose pas. Mais dès 1642 il renonce à l'état clérical, préférant lire L'Astrée, d’Honoré d'Urfé, et Rabelais, plutôt que saint Augustin.
Il reprend des études de droit à Paris et fréquente un cercle de jeunes poètes : les Chevaliers de la table ronde, où il rencontre Paul Pellisson, François Charpentier, Gédéon Tallemant des Réaux, et Antoine de Rambouillet de La Sablière, qui épousera la future protectrice du poète, Marguerite de La Sablière. Il obtient en 1649 un diplôme d’avocat au parlement de Paris.
Entretemps, en 1647, son père a organisé pour lui un mariage de complaisance avec la très jeune Marie Héricart (1633-1709), fille de Louis Héricart (1605-1641), lieutenant civil et criminel du bailliage de La Ferté-Milon, d’Agnès Petit de Heurtebise (1606-1670). Le contrat de mariage est signé chez le notaire Thierry François, le 10 novembre 1647. Le marié a 26 ans, la mariée 14 et demi.
S'il faut en croire ce que Tallemant des Réaux écrira dix ans plus tard dans l'historiette qu'il consacre à quelques « rêveurs » notoires du temps, La Fontaine ne tarde pas à se lasser de son épouse et à la délaisser pour des amours éphémères : « Sa femme dit qu'il resve tellement qu'il est quelquefois trois sepmaines sans croire estre marié. C'est une coquette qui s'est assez mal gouvernée depuis quelque temps : il ne s'en tourmente point. On luy dit : mais un tel cajolle vostre femme. — Ma foy ! respond-il, qu'il face ce qu'il pourra ; je ne m'en soucie point. Il s'en lassera comme j'ay fait. Cette indifference a fait enrager cette femme ; elle seiche de chagrin ; lui est amoureux où il peut… ».
Ses fréquentations parisiennes, pour ce que l’on en sait, sont celles des sociétés précieuses et libertines de l’époque.
Son attitude pendant les troubles de la Fronde, de 1648 à 1653, est inconnue. L'instabilité politique et les revirements continuels de cette période ont pu lui inspirer la morale désabusée de certaines fables comme Conseil tenu par les rats ou La Chauve-souris et les Deux Belettes : « Le Sage dit, selon les gens, Vive le Roi, vive la Ligue ».
En 1652, La Fontaine acquiert la charge de maître particulier triennal des eaux et des forêts du duché de Château-Thierry, à laquelle se cumule celle de son père à la mort de celui-ci. Tâche dont on soupçonne La Fontaine de ne guère s’occuper avec passion ni assiduité et qu’il revend intégralement en 1672. En 1652, sa femme lui donne un fils, Charles (1652-1722), dont l'éducation est confiée à son parrain, le chanoine François Maucroix, le plus grand ami du poète tout au long de sa vie.
À cette époque, La Fontaine se consacre entièrement à la littérature. Sa première œuvre imprimée, l'adaptation en vers de L’Eunuque de Térence, paraît en 1654 chez le célèbre libraire Augustin Courbé, sans susciter d'intérêt dans les milieux littéraires de la capitale.
Depuis son séjour de Château-Thierry, il écrit des vers de circonstance pour des dames qui pourront appuyer sa renommée. À l'automne 1657, il s'excuse plaisamment à Mme de Coucy, abbesse de Mouzon à la frontière des Pays-Bas espagnols, de ne pas lui rendre visite, car il redoute les incursions de la garnison de Rocroi, composée d'Espagnols et de partisans du Grand Condé : « Je suis un homme de Champagne/Qui n'en veut point au roi d'Espagne/Cupidon seul me fait marcher ». En 1662, il dédie une épître flatteuse à la jeune Marie-Anne Mancini, devenue par mariage duchesse de Bouillon et dame de Château-Thierry : c'est qu'il a besoin du soutien de son époux, le duc de Bouillon, dans un procès où il risque une lourde amende pour usurpation de noblesse. Les Bouillon resteront ses protecteurs.
Au service de Nicolas Fouquet (1658-1663)
En 1658, après que La Fontaine et sa femme ont demandé la séparation de biens par mesure de prudence, il entre au service de Nicolas Fouquet, procureur général au Parlement de Paris et surintendant des Finances, auquel, outre une série de poèmes de circonstances prévus par contrat — une « pension poétique » —, il dédie le poème épique Adonis, tiré d’Ovide, et élabore un texte composite à la gloire du domaine de son patron, Le Songe de Vaux, qui restera inachevé, car Fouquet est arrêté sur ordre de Louis XIV. Cette arrestation survient au lendemain des fêtes fastueuses que Fouquet avait organisées, au cours de l'été 1661, en son château de Vaux-le-Vicomte et dont La Fontaine donne un compte rendu détaillé à son ami Maucroix.
Fidèle en amitié, La Fontaine écrit en faveur de son protecteur en 1662, l’Ode au Roi puis l’Élégie aux nymphes de Vaux. Certains biographes ont soutenu que cette défense de Fouquet, alors arrêté, avait valu à La Fontaine la haine de Colbert, puis celle de Louis XIV lui-même, sans que l’on dispose de témoignages clairs à ce sujet.