Jean de Gand, duc de Lancastre (6 mars 1340 – 3 février 1399), est un prince anglais membre de la maison Plantagenêt. Il est le troisième fils du roi Édouard III et de la reine Philippa de Hainaut. Il est appelé au cours de sa vie Jean de Gand car il est né à Gand, alors en Flandre. Lorsqu’il devint plus tard impopulaire pendant les années 1370, des rumeurs circulèrent qu’il était en fait le fils d’un boucher de Gand, peut-être parce qu’Édouard III n’était pas présent à sa naissance.
Jean exerce une grande influence politique au moment où son neveu Richard II accède au trône d’Angleterre et ce durant toute sa minorité. Gand est un acteur des tensions politiques qui marquent l’Angleterre à cette époque. Ayant reçu de son père de nombreuses terres, il devient l’un des hommes les plus riches de son époque. Il revendique sans succès la couronne de Castille au nom de sa seconde épouse Constance.
Jean de Gand a notamment pour descendants les rois de la maison de Lancastre, qui sont Henri IV, Henri V et Henri VI d'Angleterre. On compte également parmi ses descendants légitimes ses filles Philippa, reine de Portugal, Élisabeth, duchesse d'Exeter et Catherine, reine de Castille. Jean de Gand est de plus le père de quatre enfants illégitimes par sa maîtresse Katherine Swynford, qu’il épouse en 1396. Il légitime ses enfants par des décrets royal et papal l’année suivante. De ce troisième et dernier mariage descendent Jeanne Beaufort, grand-mère des futurs rois Édouard IV et Richard III ; Jean Beaufort, arrière-grand-père d'Henri VII ; et Jeanne Beaufort, de qui descendent tous les rois d'Écosse à partir de 1437 et d'Angleterre à partir de 1603. Les trois maisons royales qui règnent sur l’Angleterre après 1399 — les maisons de Lancastre, d’York et Tudor — descendent respectivement d’Henri IV d’Angleterre, de Jeanne Beaufort et de Jean Beaufort. De plus, la fille de Jean de Gand, Catherine de Lancastre, épouse Henri III de Castille, ce qui fait de Jean de Gand, l’ancêtre de tous les rois de Castille à partir de 1406. Par sa fille Philippa de Lancastre, il est aussi l’ancêtre de tous les rois de Portugal à partir de 1433.
Le fils aîné et héritier de Jean de Gand, Henri Bolingbroke, est exilé pour dix ans par le roi Richard II en 1398. Lorsque Jean de Gand mourut en 1399, ses vastes états furent confisqués par la couronne, après quoi Richard déclara Bolingbroke traître et l’exila à vie. Bolingbroke revint d’exil pour reprendre son héritage et déposa Richard. Bolingbroke régna alors sous le nom d’Henri IV jusqu’à sa mort en 1413. Il est le premier des descendants de Jean de Gand à régner sur l’Angleterre.
Il est le troisième fils ayant atteint l'âge adulte du roi Édouard III d'Angleterre et de Philippa de Hainaut. Il a pour frères le prince de Galles Édouard de Woodstock dit le Prince Noir, le duc de Clarence Lionel d'Anvers, le comte de Cambridge Edmond de Langley et Thomas de Woodstock. Il est créé comte de Richmond en septembre 1342. Il rend le titre en 1372.
Marié à Blanche de Lancastre le 19 mai 1359, héritière du palatinat du Lancashire, il hérite à la mort de son beau-père Henry de Grosmont en 1361, des titres de ce dernier : comte de Lancastre, Derby, Lincoln et Leicester.
Jean de Gand reçoit le titre de duc de Lancastre de son père le 13 novembre 1362. Il possède alors une trentaine de châteaux et établit sa propre cour, comparable à celle du roi à Londres. Il possède des terres dans chaque comté du royaume et son revenu annuel s'élève à 10 000 £.
Au printemps 1369, la guerre reprend entre la France et l'Angleterre. La France est cette fois-ci dirigée par un juriste habile, Charles V. Au cours des années qui suivent, il reprend petit à petit les territoires aux mains des Anglais et les chevauchées qu'Édouard III ordonne ne résolvent rien.
En 1369, Lancastre est envoyé à Calais avec le comte de Hereford mener une chevauchée en France. Le 23 août, il est poursuivi par Philippe le Hardi. Lancastre n'ose pas attaquer et les deux armées se font face pendant plusieurs semaines jusqu'à ce que les Anglais soient renforcés par le comte de Warwick. Les Français se retirent alors sans livrer bataille. Lancastre et Warwick décident alors de s'emparer de Harfleur. Renforcée par des mercenaires allemands, l'armée anglaise marche sur Harfleur, mais est ralentie par les opérations de guérilla des Français pendant que Harfleur se prépare à un siège. Lancastre s'empare provisoirement de la ville en octobre, mais ses hommes étaient si affaiblis par la dysenterie et la peste bubonique qu'il décida de repartir pour Calais. L'armée anglaise affronte les Français qui veulent les empêcher de traverser la Somme. En novembre, Lancastre est à Calais mais a perdu beaucoup d'hommes. Par son acharnement, Lancastre a ainsi découragé Charles V d'envahir l'Angleterre.
En 1370, les Anglais tentent de se ressaisir et font un exemple de Limoges qui a osé tourner française et que le duc de Berry a laissée peu défendue. Le prince de Galles fait payer très cher leur ralliement aux Limougeaux : le 19 septembre, après 5 jours de siège pendant lesquels les murailles sont sapées et minées, il reprend la ville, épaulé par les ducs de Lancastre et de Cambridge, et fait massacrer la population puis incendier la cité. L'objectif est de faire un exemple dissuasif pour arrêter l'hémorragie de villes tournant françaises, mais c'est l'effet inverse qui se produit : cette conduite encourage l'anglophobie et renforce le sentiment national naissant.
En 1371, Lancastre essaie sans succès avec son père d'envahir la France mais l'invasion est annulée à cause des tempêtes qui ne lui permettent pas de traverser la Manche.
Édouard III tente une chevauchée censée ruiner la France dans ses forces vives. Le 12 juin 1373, il institue Jean de Gand lieutenant spécial et capitaine général dans le royaume de France. Accompagné de Jean IV de Bretagne, il conduit à travers la France une chevauchée des plus dévastatrices à partir d'août 1373. Mais celle-ci reste sous contrôle : Philippe le Hardi tient les ponts et les châteaux sur son aile droite, Bertrand du Guesclin la suit et empêche tout repli vers Calais. Elle traverse la Picardie et le Vermandois mais, ne pouvant aller vers l’ouest, elle se dirige vers Reims, puis Troyes où elle trouve portes closes. Battu par Olivier de Clisson à Sens, le duc de Lancastre ne peut rejoindre la Bretagne, il tente donc de rallier la Guyenne en traversant le Limousin. Ses hommes sont affamés, les chevaux épuisés (ou mangés), la fin de l’expédition se fait à pied et perd la moitié de ses effectifs (les défections sont nombreuses). Trop lourdes, les armures ont été jetées. La chevauchée est sauvée d’un désastre plus complet par les villes de Tulle, Martel et Brive qui ouvrent leurs portes sans coup férir. Mais le moral n’y est plus, la zizanie gagne les chefs. L’arrivée piteuse du résidu des troupes de Jean de Lancastre à Bordeaux le 24 décembre 1373 brise le moral des fidèles au roi d’Angleterre : les Français avancent nettement, reprenant Tulle, Martel et Brive, mais surtout en entrant dans La Réole qui verrouille le Bordelais et dont les bourgeois savent ne plus pouvoir compter sur aucun secours. Sans espoir, Lancastre rentre en Angleterre en avril 1374.
La guerre étant arrivée à un statu quo où il devient difficile de faire bouger les lignes, les deux partis sont réunis à Bruges. Mais ils n’arrivent pas à trouver un point d’accord. Sous l'influence de Grégoire XI, les belligérants signent le 1er juillet 1375 une trêve qui dure jusqu'en juin 1377. À la signature de la trêve de Bruges, les Anglais ne possèdent plus en France qu'une Guyenne étriquée et Calais ; la France récupère le duché de Bretagne à l'exception de quelques villes.
La dernière campagne militaire de Lancastre en France a lieu en 1378. Il prévoit une grande invasion navale de la Bretagne, aux mains de Charles V depuis 1373, en débarquant à Brest. Finalement, le nombre de navires est insuffisant pour débarquer à Brest et Lancastre décide alors de s'emparer de Saint-Malo. Les Anglais détruisent la flotte de Saint-Malo le 14 août, mais son armée, trop importante, est harcelée par Clisson et du Guesclin. L'avancée anglaise est ainsi contenue. En septembre, le siège est abandonné et les Anglais rentrent piteusement en Angleterre. Lancastre est critiqué par ses opposants pour cette débâcle.