Ce Jour-là

Jean de Brienne

Roi de Jérusalem et empereur latin de Constantinople

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Jean de Brienne (c. 1170 – 27 mars 1237), également connu sous le nom de Jean Ier, est roi de Jérusalem de 1210 à 1225 et empereur latin de Constantinople de 1229 à 1237. Il est le plus jeune fils d'Érard II de Brienne, un riche noble de Champagne. Jean, initialement destiné à une carrière ecclésiastique, devient chevalier et possède de petits domaines en Champagne vers 1200. Après la mort de son frère, Gautier III, il gouverne le comté de Brienne au nom de son neveu mineur Gautier IV (qui vit en Italie du Sud).

En 1208, les barons du royaume de Jérusalem proposent à Jean d'épouser leur reine, Marie de Montferrat. Avec le consentement de Philippe II Auguste et du pape Innocent III , il quitte la France pour la Terre sainte où il épouse la reine et est couronné avec elle en 1210. Après la mort de Marie en 1212, Jean administre le royaume en tant que régent pour leur fille en bas âge, Isabelle II, lorsqu'un seigneur influent, Jean d'Ibelin, tente sans succès de le déposer. Jean Ier devient ensuite l'un des chefs de la cinquième croisade lancée en 1217. Bien que sa prétention au commandement suprême de l'armée croisée n'ait jamais été unanimement acceptée, son droit de régner sur Damiette (en Égypte) est confirmé peu après la chute de la ville aux mains des croisés en 1219. Il revendique également le royaume arménien de Cilicie au nom de sa seconde épouse, Stéphanie d'Arménie, en 1220. Après la mort de Stéphanie et de leur fils en bas âge cette année-là, Jean retourne en Égypte. La cinquième croisade se solde finalement par un échec (avec notamment la perte de Damiette) en 1221.

Jean de Brienne est le premier roi de Jérusalem à se rendre en Europe (Italie, France, Angleterre, León, Castille et en Allemagne) pour demander de l'aide pour la Terre Sainte. Il donne sa fille en mariage à l'Empereur du Saint-Empire Frédéric II en 1225, mais les deux hommes se brouillent rapidement, et Frédéric évince Jean du trône de Jérusalem. L'ancien roi passe alors au service du pape en administrant ses domaines en Toscane, en devenant le podestat de Pérouse et en commandant l'armée de Grégoire IX contre Frédéric II en 1228 et 1229.

Jean de Brienne retrouve une fonction prestigieuse en 1231 lorsqu'il est couronné empereur latin de Constantinople. La mort de Robert de Courtenay en janvier 1228 avait en effet mis sur le trône Baudouin II, alors âgé de seulement 11 ans. Les barons songent d'abord à confier la régence à Ivan Assen II, tzar des Bulgares, mais changent d'avis par crainte de ce dernier, pour porter leur choix sur Jean de Brienne, qui accepte, mais à condition d'être associé au trône, d'où son couronnement en 1231. Lors de son court règne, Jean de Brienne est assailli de toutes parts par le Second Empire bulgare et par l'Empire de Nicée, auxquels il résiste lors du siège de Constantinople en 1235. Tout à la fin de sa vie, il entre dans l'ordre franciscain avant de mourir en mars 1237.

Au XIIe siècle, le comté de Brienne forme un ensemble plus ou moins homogène au cœur de la Champagne, à l'est de Troyes. Ce territoire centré sur la ville-château du même nom (actuellement Brienne-le-Château) bénéficie d'une situation favorable, du fait de la proximité avec l'ancienne voie romaine de Châlons à Langres, l'une des principales routes commerciales champenoises.

La maison de Brienne, fondée par Engelbert Ier au Xe siècle, gouverne le comté depuis la même époque sans discontinuer. Bien que de moindre importance que d'autres familles de la même région, la maison de Brienne appartient donc de longue date à l'aristocratie champenoise.

Au XIIe siècle, les comtes de Brienne deviennent vassaux des comtes de Champagne, dont ils reconnaissent sans trop de problème la domination dans la région. Malgré cette soumission, les comtes de Brienne conservent une relative indépendance. Ainsi, lorsque Érard II quitte ses terres en même temps que Henri II de Champagne pour participer à la troisième croisade, il le fait sous sa propre bannière, et en cheminant devant son suzerain.

Les rares conflits auxquels prennent part les comtes de Brienne les opposent surtout à des établissements religieux. Dans les années 1080, Gautier Ier de Brienne est par exemple excommunié à la suite d'un conflit l'opposant à l'abbaye de Montier-en-Der. Érard II, quant à lui, s'oppose à plusieurs monastères champenois, ce qui nécessite l'intervention de la papauté.

Ces conflits avec des établissements monastiques n'empêchent pas la maison de Brienne d'acquérir une certaine renommée au cours du XIIe siècle avec ce que Guy Perry qualifie de « tradition de croisade ». Érard Ier participe à la première croisade avant de se rendre en Terre Sainte en 1114, Gautier II participe à la seconde, tandis que le fils de ce dernier, Érard II, participe à la seconde en tant que jeune homme puis à la troisième en tant que seigneur (il trouve d'ailleurs la mort sous les murs de Saint-Jean-d'Acre en 1191). De plus, la belle-mère d'Érard II était petite-nièce ou demi-petite-nièce de Josselin Ier de Courtenay, comte d'Édesse.

Récits d'un ménestrel de Reims

La jeunesse de Jean de Brienne est globalement méconnue, dans la mesure où il n'est que le benjamin de sa famille. Ainsi, il n'est jamais cité dans les actes de son père, contrairement à ses frères. Une source, cependant, permet de connaître partiellement ses premières années : un texte globalement peu fiable écrit à Reims vers 1260, supposément par un ménestrel, et publié en 1878 par Natalis de Wailly sous le titre de Récits d'un ménestrel de Reims au XIIIe siècle.

Selon ce récit, le père de Jean, le comte Gauthier, souhaite que le garçon devienne clerc, contre la volonté de son fils. Le jeune homme s'enfuit donc pour trouver refuge à l'abbaye de Clairvaux auprès d'un oncle maternel. Là, il est enlevé par des chevaliers, qui, frappés par sa noble allure, entendent en faire l'un des leurs. Après être entré au service du seigneur de Châteauvillain, Jean se distingue lors de tournois. Son père refuse toutefois de lui donner des terres, ce qui lui vaut le sobriquet de « Jean Sans-Terre ». C'est finalement l'écho de ses prouesses chevaleresques qui aurait valu à Jean de Brienne de devenir roi de Jérusalem en 1210 et d'être couronné à Beyrouth.

Les historiens modernes accordent peu de foi à ce récit, entaché de nombreuses erreurs. Le nom du père du personnage principal ainsi que son homonymie avec le véritable Jean sans Terre sont les plus frappantes. De plus, Jean n'avait pas d'oncle maternel à Clairvaux, n'avait jamais servi les seigneurs de Châteauvillain et n'avait pas été couronné à Beyrouth. Malgré tout, Guy Perry concède que les Récits d'un ménestrel de Reims ne sont pas une totale invention : Jean de Brienne a bien un oncle (paternel cependant) qui est dignitaire ecclésiastique, est effectivement devenu un chevalier renommé dans les tournois champenois et est véritablement très proche des seigneurs de Châteauvillain. La jeunesse de Jean de Brienne peut donc être en partie extrapolée à partir de cette source.

Naissance et formation culturelle

La naissance de Jean de Brienne a parfois été placée en 1148, mais James Michael Buckley a toutefois démontré en 1957 qu'une telle datation était impossible, à cause de tous les problèmes qu'elle soulevait. Cette erreur repose sur le témoignage de Georges Acropolite, un historien byzantin qui rencontre Jean de Brienne à la cour de Constantinople en 1231 et le décrit comme âgé « d'environ 80 ans, voire plus ». Georges Acropolite n'a cependant que 14 ans lorsqu'il voit Jean de Brienne, d'où son erreur de presque une génération qu'il est d'ailleurs le seul à commettre parmi ses contemporains. En se basant sur les travaux de James Buckley, les historiens actuels, Guy Perry en tête, placent plutôt la naissance de Jean de Brienne aux alentours de 1170–1175, étant donné la date du mariage de ses parents (1166) et les dates de naissances de ses frères aînés (estimées aux alentours de la fin des années 1160).

Jean de Brienne est donc le dernier fils du comte Érard II et d'Agnès de Montfaucon.. Il a trois frères aînés : Gautier, Guillaume et André, ainsi qu'une sœur cadette, Ida. Comme c'est couramment le cas dans les familles nobles de l'époque, Érard II destine son dernier fils à une carrière ecclésiastique et l'envoie dans un monastère. Même si son parcours n'est pas connu, Jean n'y reste pas assez longtemps pour prononcer ses vœux, et, au plus tard au milieu des années 1190, il est de retour à la cour de Brienne, peut-être à la faveur de la mort de son père, survenue en 1191 en Terre sainte au cours de la troisième croisade. Le comté de Brienne passe à cette occasion à Gautier III. Jean est mentionné pour la première fois dans une charte de 1192 (ou 1194) émise par son frère, ce qui semble indiquer qu'il est alors présent à sa cour.

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