Jean Gouyé, dit Jean Yanne, né le 18 juillet 1933 aux Lilas et mort le 23 mai 2003 à Morsains, est un acteur, humoriste, écrivain, réalisateur, chanteur, producteur et compositeur français.
Amuseur provocateur satirique, parodique et parfois absurde, esprit anticonformiste au ton gouailleur, il se fait d'abord connaître à travers des sketchs ou numéros de chansonnier au cabaret, à la radio et à la télévision, se créant un personnage de râleur « à qui on ne la fait pas », puis en tant qu'animateur. Son impertinence lui vaut plusieurs renvois des médias et divise les Français. Passant à la mise en scène, il brocarde sur grand écran les sujets de société et les hypocrisies de l'époque : ses superproductions Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil (1972), Moi y'en a vouloir des sous (1973), Les Chinois à Paris (1974) et Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ (1982) remportent de larges succès.
En tant qu'acteur de cinéma, outre de nombreux seconds rôles remarqués et quelques comédies en tête d'affiche comme Erotissimo (1969), il surprend par son incursion dans le drame avec Que la bête meure (1969) et Le Boucher (1970) de Claude Chabrol puis Nous ne vieillirons pas ensemble (1971) de Maurice Pialat, ou encore sous la direction de Jean-Luc Godard et Claude Lelouch ; il y donne un côté sombre, voire inquiétant à son rôle habituel de « beauf » bourru, vachard et individualiste. Pour Nous ne vieillirons pas ensemble, il obtient le prix d'interprétation masculine du festival de Cannes en 1972.
Il est également un sociétaire historique de l'émission Les Grosses Têtes de Philippe Bouvard sur RTL pendant vingt ans, retrouvant son complice Jacques Martin.
Jean Gouyé est le deuxième fils d'André Gouyé, ouvrier-lithographe avant la Seconde Guerre mondiale, puis ébéniste auprès de son frère en 1945. Sa mère, Aimée Bonabeaux (1913-2002) est couturière chez des grands couturiers, notamment chez Jeanne Lanvin.
Les Gouyé, Gouyet, Gouyer sont à l'origine une famille de sabotiers qui, au XVIIIe siècle, habitent la forêt de Mayenne. Gouyé veut dire « petite mare ». Son grand-père paternel, originaire de Liffré (Ille-et-Vilaine), quitte la Bretagne pour Paris.
Au début de la Seconde Guerre mondiale, la famille de Jean Yanne est expédiée par son père à Celles-sur-Belle. Il y séjourne jusqu'en 1943, car son père est prisonnier en Allemagne et détenu dans un camp de travail. Ensuite, Jean Yanne effectue ses études aux Lilas dans l'enseignement primaire catholique, puis au collège. Il est renvoyé en sixième du lycée Turgot en 1945 et il entre au lycée Chaptal où il obtient le brevet d’études du premier cycle du second degré (BEPC) et participe à une activité théâtre. Il décide alors de ne pas poursuivre ses études et commence un apprentissage d'ébéniste chez son oncle, qu'il quitte rapidement, car ce dernier n'a pas les moyens de le rémunérer.
Il commence des études de journalisme au Centre de formation des journalistes (CFJ) de Paris à la rentrée 1950, où il reste cinq mois. Contrairement à ce que prétendent beaucoup de sources, il n'appartient pas à la promotion de Philippe Bouvard qui a intégré le CFJ en 1948. Ses condisciples du CFJ se souviennent de ses talents d'amuseur et de provocateur, avec lesquels il a mis en révolution cet établissement. Il est pigiste dans plusieurs journaux : L'Aurore, Paris-Presse, L'Écho de la Mode, L'Humanité Dimanche. Il couvre aussi une série de reportages pour Time-Life et s'occupe de la rubrique « Le coin du dragueur » dans le journal Dragueur de mines.
Il abandonne progressivement le journalisme pour écrire des sketches de cabaret sur les conseils de Bob du Pac. Ils débutent ensemble dans un petit cabaret : l'Académie des vins. Roger-Jean Gouyé devient alors pour la scène Jean Yanne, référence aux origines bretonnes de sa famille, car son nom est trop souvent transformé en Couillé. Le pseudonyme « Yanne » provient du prénom breton Yann, son père dont les racines sont bretonnes appelant souvent son fils par ce prénom.
A des chansons enregistrées à l’Olympia, en 1957, il ajoute des chansons enregistrées en studio, écrites sous les noms de Johnny Rock Feller et ses Rock Childs, Honzalagur Pompernickel et sa Dame, dans l'album Le misanthrope provocateur. Son spectacle à la La Fontaine des Quatre-Saisons est remarqué par la presse dès janvier 1958, qui salue « un jeune de grand avenir, le doux Jean Yanne », « pitre, empreint d'une onction tout ecclésiastique », « obsédé par la question de la réconciliation du clergé et de la classe ouvrière », qui « se produit en compagnie de Francis Blanche, Jacqueline Maillan et Pierre Doris ». Elle le suit aussi en 1960 au cabaret Les Trois Baudets, où se produisent également Jean-Pierre Darras et Philippe Noiret.
Dès 1953 il s'installe au Théâtre des Trois Baudets de Jacques Canetti avec Bob du Pac et triomphe en 1954 dans Ciné Massacre de Boris Vian, une succession de sketches loufoques. En 1957, il publie en compagnie du dessinateur Siné les revues anticléricale J'y va-t-y j'y Vatican puis Ça fait des bulles.
En 1960 Jean Yanne retrouve les Théâtre des Trois Baudets où il monte Une colonne à la cinq, spectacle burlesque, parodiant la célèbre émission de télévision Cinq colonnes à la une de Pierre Lazareff.
Il commence une carrière de journaliste au Dauphiné libéré, puis d'animateur à la radio au début des années 1960. Joueur d'orgue (il en possède un) et de piano, il se lance également dans la chanson, comme compositeur et chansonnier, dans des émissions comiques avec Jacques Martin, Roger Pierre et Jean-Marc Thibault, notamment un disque de rock sous le nom de Johnny 'Rock' Feller et ses 'Rock' Child, avec des titres comme J'aime pas le rock, Le rock coco, Saint-Rock, en 1961 ; également des parodies comme celles des Élucubrations d'Antoine, écrites avec Jacques Martin : Les Émancipations d'Alphonse, Les Revendications d'Albert, Les Pérégrinations d'Anselme et Les Préoccupations d'Antime (1966). Toujours à la recherche de son style, il écrit dans l'hebdomadaire L'Os à moelle, brièvement repris par Pierre Dac en 1965. Ces textes furent rassemblés dans un recueil paru peu avant sa mort.
Avec Jacques Martin, il crée en 1964 dans l'émission Un égale trois, très caustique pour son temps, qui est diffusée à 20 h 30 sur l'unique chaîne de télévision. L'émission est arrêtée après cinq numéros car elle déplaît fortement au ministère de l'Information et à une partie des téléspectateurs, en particulier pour un sketch durant lequel les deux humoristes montrent Napoléon et ses généraux disputant une course cycliste Iéna-Waterloo.
Durant l'une de ses émissions du dimanche du printemps 1968, il invente le célèbre slogan « Il est interdit d'interdire », qu'il prononça par dérision et qu'il est surpris d'entendre repris ensuite au premier degré.
Les relations de Jean Yanne avec les directions de l'audiovisuel sont légendaires et il est décrit comme « champion en matière de licenciements ». Avec Alain Barrière, Pierre Perret, Juliette Greco, Leny Escudero et Guy Bedos, il fait partie des chanteurs qui témoignent de leur solidarité avec les grévistes de l'ORTF en mai-juin 1968, dans Le Monde du 10 juin 1968. Renvoyé pour son impertinence de la télévision française, il est embauché par RTL qui le renvoie en 1969. Il est également renvoyé d'Europe 1 et France Inter.
Sa carrière prend le tournant du cinéma en 1964 dans La Vie à l'envers d'Alain Jessua. Il tourne dans des dizaines de films, en multipliant les seconds et premiers rôles. Il incarne, avec une gouaille très parisienne et un humour grinçant, une figure de Français moyen, râleur, vachard, égoïste et roublard, mais avec un grand cœur.
La confusion du public entre l'acteur et les rôles qu'il incarne ne sert pas son image, au début. Sa manière de plaisanter, agressive, débraillée, versant du vitriol sur des plaies ouvertes, tenant la compassion pour obscénité, choque un peu la France de l'époque. Il est de ce fait renvoyé de la radio ; son film Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil en parle de façon romancée.