Jean V « le Magnanime » (en portugais João o Magnânimo), né à Lisbonne le 22 octobre 1689 et mort à Lisbonne le 31 juillet 1750, 24e roi du royaume de Portugal et des Algarves, succède à son père Pierre II en décembre 1706, puis est intronisé le 1er janvier 1707.
Il instaure un régime absolutiste, sur le modèle de celui de Louis XIV. L’or du Brésil, dont il perçoit le cinquième, lui en donne les moyens. La relation du roi avec la papauté varie durant son règne avec des périodes de relations étroites et des conflits à des moments différents pendant les pontificats de cinq papes.
Jean est né le 22 octobre 1689 au palais de Ribeira à Lisbonne et est le deuxième fils du roi Pierre II de Portugal avec Marie-Sophie de Neubourg. Il est baptisé le 19 novembre à la chapelle du palais royal et reçoit le nom complet de Jean François Antoine Joseph Benoît Bernard (João Francisco António José Bento Bernardo).
Jean a une éducation stimulante et est entouré de certains des esprits les plus brillants d'Europe à l'époque. Les soins du jeune prince sont gérés par des femmes selon une coutume de la cour et de la noblesse portugaise dans son ensemble. La gouvernante de Jean est Marie de Lencastre, à qui le poste aurait été donné davantage pour sa beauté et son statut que pour ses aptitudes. La marquise est plus tard la gouvernante des jeunes frères de Jean, le duc de Beja François, l'Infant Antoine de Portugal et le comte d'Ourém Manuel.
Enfant, il est sous la tutelle et la forte influence des pères jésuites Francisco da Cruz, João Seco et Luís Gonzaga. Le père Luís Gonzaga est chargé de l'éducation de tous les enfants du roi Pierre II. Il leur enseigne l'éducation militaire, la politique, l'astronomie, les études nautiques, les mathématiques et l'histoire. Alors que Jean grandi, il est encadré dans les affaires politiques par Luís da cunha, un éminent diplomate portugais.
Lorsque Jean atteint l'âge de sept ans, son père décide de superviser l'instruction de ses fils. Ceci est officialisé lorsque lui et son frère François sont admis dans l'ordre du Christ le 7 avril 1696. Plus tard cette année-là, le roi décide finalement de conférer à Jean les titres de l'héritier du trône, à savoir celui de prince du Brésil et de duc de Bragance. Le 1er décembre 1696, à l'anniversaire de la guerre de restauration portugaise, une grande cérémonie a lieu dans laquelle Jean est investi de ses titres. La cérémonie implique le placement d'un grand manteau d'hermine et de velours rouge sur ses épaules, ainsi que la parure de sa personne avec divers bijoux et insignes royaux.
Un peu plus d'un mois avant le dixième anniversaire de Jean en 1699, sa mère la reine Marie-Sophie décède à l'âge de 33 ans. Cela amène Jean à se retirer de la cour et à déprimer pendant plusieurs mois. Sa tante, Catherine de Bragance, l'ancienne reine consort d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande, prend ensuite en main son éducation. Elle réside dans le palais qu'elle a construit, le palais de Bemposta, et s'occupe de Jean jusqu'à sa mort en 1705.
En avril 1700, Jean tombe très malade et on suppose qu'il est sur le point de mourir. Craignant sa disparition imminente, il demande les derniers sacrements. À la surprise de tout le monde, il guérit et retourne rapidement à ses activités normales. Sa récupération complète est considérée comme un miracle par la Cour.
Jean est grandement attristé par la mort de sa sœur, Thérèse de Portugal, en février 1704. Le prince évite pendant quelques mois la cour et son père qui favorise son frère cadet, l'infant Manuel de Portugal. En mai de la même année, il retourne finalement à la cour et se réconcilie avec son père, disant que sa saudade pour sa sœur ne ferait pas obstacle à son devoir envers le roi.
Pierre II meurt dans son sommeil le 9 décembre 1706. Les préparatifs pour le couronnement de Jean se déroulent les jours suivants et le palais royal est redécoré. Les bannières noires du deuil sont remplacées par des bannières rouges et des couronnes de fruits sont suspendues dans tout le palais.
Le jour de l'acclamation du nouveau souverain, le 1er janvier 1707, le trône est placé sur le balcon de la Torre do Rei du Palais de Ribeira. Des tapisseries illustrant les allégories de la Justice et de la Prudence sont suspendues au-dessus du Terreiro do Paço. Une fois Jean assis sur son trône, des couronnes en or sont disposées autour de lui et du balcon. Portant sa croix de l'ordre du Christ, avec la Couronne portugaise à côté de lui, Jean est acclamé roi d'un empire qui s'étend sur quatre continents. Il est également le chef d'État d'un royaume qui est en guerre contre l'Espagne et la France.
Son père, le roi Pierre II, a travaillé longtemps afin d'obtenir pour lui un mariage avec une archiduchesse autrichienne garantissant l'alliance du Portugal avec les Habsbourg. Jean poursuit ces négociations et réussit finalement à obtenir un accord.
Le 27 juin 1707, Fernão Teles da Silva, comte de Vilar Maior, signe un contrat de mariage avec l'empereur du Saint-Empire romain germanique, Joseph Ier, qui officialise le mariage entre Jean et la sœur de l'empereur, l'archiduchesse Marie-Anne d'Autriche. Le contrat fixe également la dot de l'archiduchesse à 100 000 couronnes autrichiennes, une somme considérable pour l'époque.
L'armada que le Portugal envoi pour escorter Marie-Anne des Pays-Bas à Lisbonne arrive dans l'estuaire du Tage le 26 octobre 1708. Les célébrations du mariage, somptueuses et très coûteuses, durent jusqu'au 27 décembre.
À la fin de l'année 1710, la reine Marie-Anne n'a toujours pas donné naissance à un héritier au trône. Inquiet, le roi promet un couvent si son épouse tombe enceinte avant la fin de 1711 . Son souhait se réalise lorsque sa femme donne naissance à une fille, Marie-Barbara de Portugal, le 4 décembre 1711.
Jean et Marie-Anne ont un mariage heureux mais vivent en grande partie des vies séparées. Le roi a de nombreuses maîtresses tout au long de sa carrière royale, dont Filipa de Noronha, Paula Teresa da Silva e Almeida, Luísa Inês Antónia Machado Monteiro, Madalena Máxima de Miranda, Inácia Rosa de Távora et Luísa Clara de Portugal.
Jean V règne en monarque absolu. Il ne convoque jamais les Cortes portugaises, l'ancien parlement des trois ordres au Portugal et ignore activement les réunions du Conseil d'État. Cependant, le roi n'agit pas seul lorsqu'il prend des décisions. Il consulte plutôt fréquemment un cercle restreint de conseillers bien informés et tient des audiences hebdomadaires intimes avec les membres des trois ordres. Il les préfère aux institutions plus grandes, telles que les Cortes et le Conseil d'État, qu'il considère comme incompétents et pléthoriques.
Le poste le plus élevé dans le gouvernement du roi est celui de secrétaire d'État du Royaume, l'équivalent de Premier ministre. Ce poste est toujours occupé par un de ses favoris, dont Diogo de Mendonça Corte-Real, que le roi consulte sur chaque question. Lorsque Jean V devient roi, il hérite d'un Conseil d'État (composé de nombreux évêques, nobles et bureaucrates) chargé d'être le plus grand organe consultatif. Cependant, l'aversion de Jean V pour les institutions et les organes consultatifs le conduit à cesser de convoquer officiellement le conseil, ce qui mène le diplomate Luís da Cunha à qualifier le roi de despote et son gouvernement d'absolutiste. Le monarque portugais est un absolutiste par conviction. Il croit que le pouvoir ainsi que l'autorité émanent uniquement de son droit, auquel toutes les autres personnes et juridictions sont complètement subordonnées.