Jean Talon, né en janvier 1626 à Châlons (paroisse Notre-Dame-en-Vaux), en France, et mort le 23 novembre 1694 à Paris (paroisse Saint-Sulpice, France), est le premier intendant de la Nouvelle-France à y exercer sa fonction. La colonie est devenue une province royale sous Louis XIV en 1663. Durant les cinq ans que le « grand intendant » y a passé, entre 1665 et 1672, il avait pour mandat d'en assurer le développement et la réorganisation afin d'affirmer l'autorité royale.
Jean Talon naît à Châlons-en-Champagne et est baptisé en la collégiale Notre-Dame-en-Vaux le 8 janvier 1626. Son père, Philippe Talon, et sa mère, Anne de Burry, ont eu 12 enfants dont trois ont occupé des fonctions administratives. Parmi ceux-ci, le frère de Jean, Claude, est intendant d'Oudenarde. Selon l'historien Jean-Claude Dubé, ce dernier aurait probablement accédé aux fonctions d'intendant « par l'intervention de son célèbre cousin, Omer Talon, pour qui le cardinal Jules Mazarin avait beaucoup d'estime ». Un autre frère, François, est avocat au Parlement et secrétaire du parlementaire Mathieu Molé. Il sera le seul membre masculin de la famille à se marier et à avoir des enfants. Leur sœur Anne épouse pour sa part Jean Laguide dont elle a eu trois enfants.
Jusqu'en 1645, le jeune Jean étudie auprès des jésuites au collège de Clermont à Paris, à la même époque que François de Montmorency-Laval. Nous avons ensuite peu de détails sur son parcours jusqu'en 1652. Selon Louis Dubé « il est employé […] par le secrétariat d'État de la guerre, dont Michel le Tellier est pourvu ».
Talon est nommé intendant de l'armée de Turenne et commissaire des guerres en Flandre en 1653, devient commissaire du Quesnoy en 1654 puis du Hainaut l'année suivante. En 1655, il est nommé intendant du Hainaut, un poste qu'il occupe pendant dix ans, soit jusqu'à ce qu'il soit nommé intendant de la Nouvelle-France. Il participe à la fortification de la ville du Quesnoy pour laquelle il reçoit plusieurs marques de reconnaissance et gratifications. Le roi Louis XIV lui octroie ainsi une terre dans la région du Hainaut.
Intendant de la Nouvelle-France, 1665-1668
Dès 1663, Louis XIV, appuyé par son ministre Jean-Baptiste Colbert, souhaite « remettre de l'ordre » dans ses colonies, aux Antilles mais aussi au Canada, et y « réaffirmer l'autorité de la monarchie ». En mars, un édit érige la Nouvelle-France en province royale : Depuis qu'il a plu à Dieu de donner la paix à notre Royaume, nous n'avons rien eu plus fortement dans l'esprit que le rétablissement du Commerce comme étant la source et le principe de l'abondance que nous nous efforçons par tous moyens de procurer à nos peuples et comme la principale et plus grande importante partie de ce commerce consiste aux colonies étrangères auparavant que de penser a en établir aucunes nouvelles nous avons cru qu'il était nécessaire de penser à maintenir, protéger et augmenter celles qui se trouvent déjà établies.Le Canada est alors en guerre constante avec les nations iroquoises, en plus d'être peu peuplé (3 000 personnes en 1663) et son commerce, peu diversifié. La paix signée avec les Iroquois en 1665, un gouverneur et un intendant doivent assurer les vues du roi et de son ministre Colbert.
La Compagnie des Cent-Associés a été dissoute par Louis XIV en 1663 et remplacée en 1664 par la Compagnie des Indes occidentales. Le gouverneur de la Nouvelle-France en fonction, Augustin de Saffray de Mézy, a été rappelé en France à la suite des conflits qui l'opposaient à l'évêque de la Nouvelle-France, François de Montmorency-Laval ; il est remplacé par Daniel Rémy de Courcelles le jour même de l'entrée en poste de Talon. Le Conseil souverain a quant à lui été créé en vertu d'un édit datant d'avril 1663. Il tient sa première séance le 18 septembre suivant à Québec. Le Conseil enregistre les lettres patentes de la Compagnie des Indes occidentales, de Courcelles et de Talon. Ce dernier y siège à son arrivée en 1665 en vertu de sa commission. Le Conseil souverain voit dès lors son rôle diminué dans l'administration coloniale au profit de l'intendant, devenant essentiellement une cour de justice.
À la dissolution de la Compagnie des Cent-Associés, on recense en Nouvelle-France 69 seigneuries administrées par 62 seigneurs et sept institutions religieuses (les jésuites, les sulpiciens et les ursulines, les hospitalières de Québec et les hospitalières de Montréal, la fabrique de la paroisse de Québec et la seigneurie de Sillery).
C'est dans ce contexte que Jean Talon reçoit du roi la charge d'intendant pour le Canada, l'Acadie et Terre-Neuve le 23 mars 1665. Au cours des mois suivants, il devra s'occuper de toute l'administration civile, c'est-à-dire la justice, la police et les finances. Il devient ainsi le deuxième intendant après Louis Robert, mais le premier à se rendre en Nouvelle-France. Il débarque à Québec le 12 septembre 1665. Talon doit demeurer deux ans au Canada. Il y restera finalement une troisième année.
Avant son départ pour la Nouvelle-France, Talon reçoit de Louis XIV et du ministre Colbert des instructions détaillées pour l’administration de la colonie. Le nouvel intendant doit prendre « les mesures les plus appropriées pour l’« augmentation » de la colonie, de façon qu’elle subvînt bientôt à ses besoins et pût fournir certains produits nécessaires à la croissance de l’industrie métropolitaine ; pour cela, il fallait peupler le pays, y développer la culture des terres et le commerce et y établir des manufactures ».
Talon s'empresse ainsi de tracer un bilan de la situation et des besoins de la colonie. En 1666, il fait réaliser le premier recensement qui indique une population de 3 173 habitants d'origine européenne. Grâce à ce recensement, il peut également « évaluer les richesses industrielles et agricoles de la colonie, la valeur des ressources forestières et minérales locales ainsi que le nombre d'animaux domestiques, de seigneuries, d'immeubles publics et d'églises ». Talon réalise de plus un Mémoire sur l'état présent du Canada destiné à Colbert en 1667.
Dans les instructions qu’il a reçues du roi, il est prévu que le nouvel intendant réforme la justice. Comme l'historienne Marie-Eve Ouellet le mentionne, Talon se fait « présenter toutes les causes et trier celles qu'il règlerait sommairement de celles qu'il expédiera aux juridictions inférieures. »
Il doit aussi veiller, avec le Conseil souverain, à « l’establissement d’une bonne police ». La première séance de son intendance, qui a lieu le 6 décembre 1666, voit Talon siéger avec le gouverneur Courcelles et Monseigneur de Laval, « conseiller perpétuel ». La justice seigneuriale est quant à elle restaurée en 1668. Finalement, afin de rendre la justice plus efficace et accessible, il veille à en simplifier les procédures.
Par ailleurs, afin d’accroître la population de la colonie, Talon adopte diverses mesures. Il fait d’abord appel au régiment de Carignan-Salières, formé de 1 200 soldats, qui avait été dépêché en 1665 afin de défendre la colonie contre les Iroquois. Avec le retour de la paix, le régiment est dissous. Talon incite les soldats et les officiers à rester au Canada en leur offrant des terres et de l'argent. Environ 800 soldats du régiment et de compagnies arrivées en 1670 resteront à demeure en Nouvelle-France.
Talon fait également accélérer la venue de jeunes femmes à marier de France : les filles du Roi. Entre 1663 et 1673, près de 800 d’entre elles trouveront un mari et fonderont une famille. Ce sont donc environ 1 500 colons qui s'établissent en Nouvelle-France entre 1665 et 1672, soit comme simples immigrants ou encore comme engagés.
Conformément aux instructions du roi, datées du 27 mars 1665, il remédie à l’éparpillement de la population en faisant défricher « de proche en proche ». Le roi constate que les habitants ont construit leur maison à l'endroit qui leur convenait, ce qui fait qu'elles sont éloignées les unes des autres. Dans le contexte des guerres avec les Iroquois, il convient plutôt de les regrouper. Dans cet ordre d'idées, Louis XIV demande à Talon de réduire les habitations « en la forme de nos paroisses et de nos bourgs ».