Jean Streff, né le 26 janvier 1945 à Paris et mort le 27 septembre 2023 à Auxon (Aube), est un essayiste, romancier, scénariste et réalisateur français.
L'œuvre littéraire de Jean Streff est particulièrement orientée vers l'étude des pratiques sexuelles paraphiles telles le fétichisme, le sadomasochisme et le BDSM.
Jean Streff passe une enfance et une adolescence solitaire, entre religion et interdits, qu’il racontera en détail dans son premier roman : Vincent Plantier. « Ce livre pourrait bien devenir l’album de famille de la génération d’après-guerre », écrit à sa sortie Roland Jaccard dans Le Monde.
Il y évoque Marcel Schneider, son professeur de français en classe de première, qui lui fait découvrir la littérature sous un autre angle que l'austère Lagarde et Michard, bible de l'enseignement littéraire pour les élèves de l'époque. Ce sera une révélation.
Après le Bac, il entame des études de médecine souhaitées par ses parents. Il les abandonnera très vite, ainsi que le foyer familial, pour se tourner vers le cinéma et l'écriture.
En 1986, il rencontre Élizabeth Prouvost, alors chef opératrice et aujourd’hui photographe. Il l'épouse en 1990.
Après avoir quitté la faculté de Médecine, Jean Streff devient assistant de réalisateurs aussi diversifiés que José Bénazéraf ou Maurice Pialat et réalise plusieurs courts-métrages, dont l’un d’eux, L’Acte ou l’autobus de la ligne 14/18, sera sélectionné au Festival de Cannes 1971, section « Un certain regard ».En 1966, il réalise Les coudes pointus « OCNI (Objet Cinématographique Non Identifié), Les coudes pointus est le premier court-métrage réalisé par Jean Streff. Le court-métrage est primé au Festival de Hyères en 1967.
En 1969, il participe en tant que rédacteur en chef à IX, revue satirique et libertaire, hébergée par l’agence de presse de l’ex-trotskiste et assistant de Jean-Paul Sartre, Louis Dalmas. Revue qui sera interdite au bout de cinq numéros. Il y interviewe notamment Régine Deforges, Élisabeth Wiener ou Sterling Hayden, l’interprète de Johnny Guitare, Willem y dessine et écrit, avec toutes les fautes d’orthographe qui feront plus tard sa renommée dans Libération , ses premières chroniques : « Chez les Métèques ». Philippe Druillet y publie en feuilleton Lone Sloan, album édité chez Éric Losfeld.
Streff et Druillet se sont rencontrés un an plus tôt chez Jean Boullet. Jean Boullet tenait une librairie consacrée au Bizarre, le Kiosque, rue du Château. « Le bonhomme fascine Jean Streff au point que celui-ci loue un petit studio non loin de la mythique librairie », écrira Christophe Bier dans Mad Movies.
En 1974, il fonde avec Hervé Coville, AFTVMédias, une des premières sociétés de production française à utiliser la vidéo comme support. Il y réalise des captations aussi variées qu’un concert du groupe parodique de l’époque, Au Bonheur des dames, ou Le Creux de la vague, une pièce de Marc’o au Festival d'Avignon avec Pierre Clémenti. En 1978, son premier essai, Le Masochisme au cinéma, est unanimement salué par la critique. Ainsi pouvait-on lire dans Libération : « Le texte étonne par le sérieux de sa problématique, le fondement scientifique de l’analyse ». Ou dans le Bulletin du Centre National de la Cinématographie : « Ce livre remarquablement illustré, parfaitement documenté est un modèle du genre. Très bien écrit, intelligemment présenté, clair, c’est un ouvrage de philosophie du comportement (…) Il n’est pas nécessaire de s’intéresser à ce sujet en particulier pour le lire. Il ouvre trop d’horizons pour rester un texte spécialisé. »
Ce qui n'empêchera pas Christian Bonnet, alors Ministre de l'Intérieur, de l'interdire à l'affichage, publicité et vente aux mineurs. Ces interdictions déclenchent une véritable campagne de presse : Libération, Le Nouvel Observateur, Le Canard enchaîné, Le Matin de Paris, Charlie Mensuel, L'Humanité Dimanche, entre autres. En 1982, Jack Lang, alors tout nouveau Ministre de la Culture, lève toutes les interdictions.
En 1979, il réalise un documentaire sur la plus petite commune de France, Castelmoron-d'Albret. Il y donne la parole et deux caméras vidéo aux habitants pour leur laisser toute liberté d’expression. Le film est censuré par FR3 Bordeaux et sera diffusé dans une version raccourcie sous le titre Une France en miniature.
Au début des années 1980, il écrit plusieurs scénarios. Il en réalise quelques-uns, comme La Groupie en 1983, avec Marie Trintignant dans le rôle-titre.
En 1982, il obtient le grand prix du Scénario du Festival international du film fantastique d'Avoriaz pour La Dernière héroïne.
Jean Streff fait également partie à la même époque, avec Jean-Pierre Bouyxou et le théoricien du situationnisme Raoul Vaneigem, de l'aventure des éditions du Bébé Noir, puis de La Brigandine, deux collections érotico-anarchisantes dirigées par Jean-Claude Hache. Il continue parallèlement à écrire des scénarios pour la télévision, notamment avec Richard Caron, ainsi que des ouvrages traitant du fétichisme et du sadomasochisme.
En 1985, il fait, pour le journal L’Organe fondé par Michel Caen, un reportage exclusif avec la photographe Claude Alexandre sur une clinique SM dans les Pyrénées, clinique surréaliste dirigée par le docteur Cosyns. Celui-ci sera arrêté deux ans plus tard, puis relâché, tous les « patients » étant reconnus consentants et aucune vénalité ne venant se mêler à l’affaire.
En 1989, il participe au colloque Sade et le cinéma à Quimper en compagnie de Jean-Jacques Pauvert et d'Annie Le Brun.
En 1993, il écrit pour la première réalisation d'Élizabeth Prouvost, Stella-Plage, un court-métrage avec Dominique Pinon et Catherine Jacob.