Jean Starobinski, né le 17 novembre 1920 à Genève et mort le 4 mars 2019 à Morges (canton de Vaud, Suisse), est un historien des idées, théoricien de la littérature et médecin psychiatre suisse.
Ayant suivi des études de lettres classiques et de psychiatrie à l'université de Genève, il fut titulaire à la fois d'un doctorat ès lettres (avec une thèse sur Jean-Jacques Rousseau) et d'un doctorat en médecine obtenu à l'université de Lausanne, avec une thèse portant sur l'histoire du traitement de la mélancolie.
Jean Starobinski est le fils d'Aron Starobinski et de son épouse Szajndla née Frydman, tous deux d'origine juive polonaise, venus à Genève en 1913 pour étudier la médecine - à cause du numerus clausus frappant alors les étudiants juifs à l'Université de Varsovie - et y étant restés à cause de la Première Guerre mondiale, puis s'y étant établis. Il ne se décida que tard à demander sa naturalisation suisse, qu'il obtient en 1948.
En 1957, paraît sa thèse de lettres « La Transparence et l’Obstacle » consacrée à Jean-Jacques Rousseau, avant qu'il ne s'intéresse aux autres auteurs des Lumières, dont plus particulièrement Diderot.
Il a enseigné la littérature française à l’université Johns-Hopkins, à l'université de Bâle, ainsi qu’à Genève, où il a aussi assuré des cours d’histoire des idées et d’histoire de la médecine. Ses livres, traduits en une douzaine de langues, ont enrichi les vues sur plusieurs grandes œuvres[Lesquelles ?]. Il a également consacré de nombreux travaux[Lesquels ?] à la création poétique contemporaine, ainsi qu’aux problèmes de l’interprétation et de l'herméneutique. Ses essais sur l’art et la littérature du XVIIIe siècle (en particulier Rousseau, Diderot, Voltaire et Montesquieu) sont devenus des classiques du genre et ont renouvelé la compréhension de ces auteurs. Son expérience de médecin et de psychiatre l'a amené à étudier l'histoire de la mélancolie (notamment dans Trois Fureurs, 1974).
Il est le premier, en 1964, à publier les recherches de Ferdinand de Saussure sur les anagrammes. Il participait également au comité de rédaction de la Nouvelle Revue de psychanalyse, aux côtés de Jean-Bertrand Pontalis.
Jean Starobinski fut membre de l’Académie des sciences morales et politiques (Institut de France), ainsi que de plusieurs académies françaises, européennes et américaines. Il fut docteur honoris causa de nombreuses universités en Europe et en Amérique.
En 2010, il confie sa bibliothèque personnelle, constituée de plus de 40 000 ouvrages, aux Archives littéraires suisses de la Bibliothèque nationale suisse.
Il meurt le 4 mars 2019 à Morges.
En août 1954, Jean Starobinski se marie à une médecin ophtalmologiste, Jacqueline Sirman (morte en 2022), avec qui il a trois fils.
Jean Starobinski décrit sa méthodologie critique notamment dans un ouvrage intitulé La Relation critique. Il y explique vouloir s'attacher à coordonner à la fois les méthodes de la stylistique, de l'histoire des idées et de la psychanalyse. C'est ce qu'il nomme une « critique de la relation ». Cette approche éclectique est parfois qualifiée de « thématique » et se rattache comme les œuvres de Georges Poulet, Marcel Raymond ou Jean Rousset à l’École dite de Genève.
La singularité de l'approche de Starobinski réside dans sa volonté assumée d'investir une œuvre pour lui « rendre sens » en évitant le double écueil du « mimétisme » total et celui de la distance trop grande susceptible de diluer l’œuvre.
La pertinence et la pérennité de son œuvre et de son regard critique sur la médecine se révèlent lors de la crise sanitaire de la pandémie de Covid-19.
(choix de textes et présentation) Stendhal, coll. « Le Cri de la France », série 1, no 4, Fribourg, LUF, 1943
(traduction et présentation) Franz Kafka : La Colonie pénitentiaire, nouvelles suivies d'un Journal intime, Fribourg, LUF, 1945
(avec Paul Alexandre et Marc Eigeldinger) Pierre Jean Jouve : poète et romancier, Neuchâtel, À la Baconnière, 1946
Montesquieu, coll. « Microcosme » « Écrivains de toujours », Paris, Le Seuil, 1953 ; édition corrigée et augmentée, 1994
Jean-Jacques Rousseau : La Transparence et l’Obstacle, Paris, Plon, 1957 ; rééd. Collection Bibliothèque des Idées, Gallimard, 1971 (ISBN 9782070277988) ; rééd. Collection Tel, Gallimard, 1976 (ISBN 2070294730)