Jean Stablewski, dit Jean Stablinski, né le 21 mai 1932 à Thun-Saint-Amand, dans le Nord, et mort le 22 juillet 2007 à Lille, est un coureur cycliste français d'origine polonaise, qui fit une brillante carrière de 1952 à 1968, remportant au total 106 victoires professionnelles. Elle fut marquée par quatre titres de champion de France sur route (1960, 1962, 1963, 1964), un titre de champion du monde sur route (1962), une victoire au Tour d'Espagne 1958 et lors de classiques dont le Grand Prix de Francfort, Paris-Bruxelles et l'Amstel Gold Race. Il fut un fidèle coéquipier de Jacques Anquetil, dont il fut le capitaine de route.
Le père de Jean Stablewski, Martin Stablewski, a quitté la Pologne et s'est installé dans le Nord de la France à l'âge de 25 ans, en 1924. Il travaille à la Zinguerie franco-belge de Thun-Saint-Amand, dans le département du Nord. Ses quatre premiers enfants, nés en Pologne, et sa femme le rejoignent plus tard. Peu après la naissance d'un cinquième enfant, en 1926, l'épouse de Martin Stablewski meurt. Lors d'un séjour dans sa famille en Pologne, il rencontre Pélagia qui devient sa femme et s'installe avec lui en France. Leur enfant Jean Stablewski naît le 21 mai 1932 à Thun-Saint-Amand. Comme beaucoup d'immigrés polonais, il descend à la mine. L’existence tragique du paternel marqua la jeunesse de Jean, qui en parlait peu. Martin Stablewski meurt le 13 juin 1940, écrasé par un camion allemand alors qu'une patrouille contrôle ses papiers. Deux frères de Jean Stablewski sont faits prisonniers et détenus en Allemagne. Un troisième s'engage dans la Résistance puis dans l'armée américaine et participe à la libération de l'Alsace. Il part ensuite en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Au sortir de la guerre, Jean est seul à demeurer avec sa mère. En 1946, à 14 ans, il est contraint de quitter l'école pour travailler à la zinguerie, faute de quoi la maison de la famille leur serait reprise. Il est naturalisé français en 1948. En 1949, il trouve pour sa mère un nouveau mari, en passant une annonce dans Narodowiec, le journal des Polonais de France, et il épouse la fille du prétendant, Génia, en 1954. Leur fils, Jacques Stablinski, naît en 1956, et devient également cycliste. Il est champion de France amateur en 1975, puis coureur cycliste professionnel pour Fiat et Puch Campagnolo Sem. Dix ans plus tard, en 1966, leur fille Cathy Stablinski naît à son tour.
Pour compléter ses revenus, vers l'âge de 15 ans, Jean Stablewski joue de l'accordéon dans des bals. À l'Harmonie de Lecelles, il fait la connaissance d'un cycliste nommé Ilario Masséra et découvre son sport. Malgré l'opposition de sa mère, il achète un vélo de course. Il va le chercher à Solesmes, à une quarantaine de km de chez lui à Thun-Saint-Amand, et le ramène en le portant sur son dos en se relayant avec un ami. Le 1er mai 1947, il participe à sa première course, à Vicoigne, près de Raismes, et termine onzième. Il gagne ensuite trois courses puis sa mère lui interdit de courir. Pour la convaincre de le laisser pratiquer le cyclisme, il rentre un soir tard, ivre et fumant une cigarette. Il est ainsi convenu qu'il arrêtera de sortir le soir mais pourra s'adonner à sa passion.
Membre du Vélo Club Solesmois de 1946 à 1948, ensuite membre des Écureuils amandinois en 1948, Jean Stablewski y court aux côtés d'Elie Marsy, un des meilleurs coureurs de la région et futur professionnel. Il évolue l'année suivante face à des coureurs plus expérimentés, comme Gabriel Dubois. En 1950, il quitte la zinguerie de Thun-Saint-Amand et travaille pendant trois mois à la mine, à Bellaing. C'est à cette époque qu'il commence à entrevoir la possibilité de faire carrière dans le cyclisme. Membre de la Pédale thunoise, il remporte en mai le Grand Prix Leonide Lekieffre. Un journaliste de La Voix des Sports lui prédit alors une « brillante carrière » et le nomme dans son article « Jean Stablinsky ». Ce nom restera employé durant sa carrière. Il s'inscrit à l'école du bâtiment d'Hérin pour devenir cimentier-plâtrier. Premier de sa promotion, il est recruté à Valenciennes par les Établissements Fortier.
En 1952, Jean Stablinski est approché par le consul de Pologne à Lille afin qu'il participe à la Course de la Paix, épreuve-phare du cyclisme amateur dont les organisateurs souhaitent faire concourir une équipe de cyclistes du nord de la France d'origine polonaise. Il accepte et se rend au départ de la course à Varsovie avec quatre autres coureurs régionaux. Il gagne la troisième étape à Katowice avec une minute d'avance sur le peloton, après une échappée solitaire durant les trente derniers kilomètres. Il devient le premier Français à revêtir le maillot de leader de cette course. Il le perd lors de la septième étape. À Plzeň, en République tchèque, il remporte la dixième étape. Le lendemain, il perd ses chances de s'imposer au classement général : une roue de son vélo se casse et, ne comptant plus qu'un équipier à ses côtés, derrière lequel se trouve son directeur sportif, il perd du temps. Il termine à la troisième place de cette Course de la Paix, derrière Ian Steel et Jan Veselý. Il dira quinze ans plus tard de cette course qu'elle est son « meilleur souvenir cycliste ». En juillet, il dispute le Tour de Belgique indépendants. Considéré comme un des favoris, il finit à la troisième place et remporte le Grand Prix de la montagne et deux étapes. Ses résultats en Belgique et lors de la Course de la Paix permettent à Jean Stablinski d'être repéré par Raymond Louviot, dirigeant de l'équipe Gitane-Hutchinson, qui lui fait signer un contrat au mois d'août.
Jean Stablinski devient cycliste professionnel en septembre 1952. En octobre, lors de sa première course importante, Paris-Tours, il s’échappe seul pendant une vingtaine de kilomètres et termine à la treizième place, dans le groupe de tête. Il commence son service militaire au 452e Groupe d'artillerie antiaérienne à Verdun. En 1953, il prend une licence d'indépendant aux Écureuils amandinois, ce qui lui permet de participer à des courses pour amateurs ou professionnels lors de ses permissions. Il devient ainsi champion de la sixième région militaire. En juin, il prend part au Critérium du Dauphiné libéré, qu'il quitte lors de l'antépénultième étape, afin d'aller disputer le championnat de France militaires à Montpellier. Il le remporte avec plus de six minutes d'avance, ayant effectué seul les 90 derniers kilomètres. Il revêt son premier maillot tricolore de champion de France. Grâce à cette victoire, il lui devient plus facile de se libérer pour s'entraîner et disputer des courses. Ainsi au début du mois d'août, il est vainqueur d'étape et troisième au classement général du Tour de la Manche, course par étapes de niveau régional remportée par Jacques Anquetil. C'est la première rencontre de Stablinski avec ce coureur, encore peu connu et dont il deviendra un équipier fidèle et un ami. Il dispute ensuite le Tour de l'Ouest, où il gagne encore une étape. En septembre, il est septième de Bordeaux-Paris, course majeure dont la longueur est réputée favoriser les coureurs expérimentés.
Jean Stablinski termine son service militaire en avril 1954 et peut dès lors réintégrer l'équipe Gitane. Comme nombre d'autres coureurs, il espère pouvoir participer au Tour de France. Celui-ci est alors disputé par équipes nationales et régionales et les coureurs y sont sélectionnés par les organisateurs de la course. Stablinski participe en juin au Critérium du Dauphiné libéré, au Tour du Nord, puis remporte Paris-Bourges, « sa première victoire d'envergure ». Il obtient grâce à elle sa sélection dans l'équipe Nord-Est-Centre du Tour de France, aux côtés notamment de Gilbert Bauvin, Roger Hassenforder, et Gilbert Scodeller, son ami. Durant ce Tour, le premier à prendre son départ à l'étranger, à Amsterdam, il se classe deux fois troisième d'étapes, à Bayonne et Toulouse. Il abandonne lors de l'avant-dernière étape à cause de douleurs au ventre. En septembre, il est douzième du Grand Prix des Nations qu'Anquetil gagne pour la deuxième fois.