Jean Rochard, né le 1er avril 1957, est producteur de disques depuis 1980, date à laquelle il fonde la maison de disques nato.
Un temps photographe, Jean Rochard, passionné de musique, rencontre le batteur Jacques Thollot en 1976 à son retour du festival de Chateauvallon, rencontre déterminante (Jean Rochard organisera son premier concert avec Thollot et produira le disque Tenga Niña en 1996). La même année, il commence à écrire critiques et articles pour La Petite Quinzaine puis pour l’hebdomadaire Rouge (à la demande d'un ami chargé de la rubrique musique, mais sans convictions trotskystes) avec qui il rompt en 1979. Membre fondateur de l’association Chantenay Jazz & images en 1977, il participe à la création du festival de Chantenay-Villedieu, village de la Sarthe où il a grandi. Chantenay-Jazz & Images présente d'abord quelques musiciens français majeurs (Jacques Thollot, Michel Portal, Jean-François Jenny-Clark, François Jeanneau, Bernard Lubat, Martial Solal, Jean-Louis Chautemps, Raymond Boni, François Tusques, Jacques Coursil, Tamia, André Jaume, Daunik Lazro, Beb Guérin, François Méchali...) puis s'ouvre dans le même temps à la scène européenne (Irène Schweizer, Carlo Actis Dato, Misha Mengelberg, Fred Van Hove, Peter Brötzmann, Pierre Favre, Maarten Altena, Günter Sommer...) et plus particulièrement britannique (Lol Coxhill, Tony Coe, Steve Beresford, John Stevens, Tony Hymas, Christine Jeffries, Phil Wachsman, Evan Parker, Alterations, Mike Cooper, Kahondo Style...). Pour les musiciens d’Allemagne de l’Est, Chantenay est souvent la première oasis de l’autre côté du mur (Ernst Ludwig Petrowsky, Ulrich Gumpert, Günter Sommer, Johannes et Conrad Bauer…). Les représentants de la nouvelle vague américaine y font leur entrée en 1985 lors de l'année européenne de la musique (Arto Lindsay, Elliott Sharp, Bill Frisell, George Lewis ou John Zorn dont ce sera la première française). Participent aussi de jeunes musiciens français (Louis Sclavis, Jean-Paul Céléa, Annick Nozati, François Couturier, Joëlle Léandre, Michel Doneda, Sylvain Kassap, Emmanuel Bex, Jean-Marc Montera, Beñat Achiary ...) ainsi que d’autres talents non spécifiquement jazz ou musiques improvisées comme la comédienne Violeta Ferrer (qui y effectue son retour depuis le début des années 1960 et depuis ses enregistrements pour Pacific), le clarinettiste Alan Hacker, l’ensemble baroque Amati Ensemble, le chanteur de rock Ted Milton, la harpiste Aurora Barbatelli, les Tambours "buñueliens" de Calenda, le Bagad Bro Kemperle etc. Le festival villageois cesse son activité en 1988 après onze années d’existence.
C'est lors de ce festival que naissent les disques nato en 1980, tout d'abord créés en complicité avec l'ingénieur du son Christian Savouret (rencontré à La nouvelle revue du son) le temps de cinq disques. La dénomination nato (toujours écrit en minuscules) est choisie à cause du chat siamois du même nom dont le nom fut emprunté à l'un des cousins de Geronimo. Les disques nato donnent naissance aux disques Chabada avec le groupe The Melody Four (Steve Beresford, Tony Coe, Lol Coxhill, trois piliers de la maison nato) puis à d'autres collections dont Hope Street, créée en 2004, est la plus récente. Les disques nato s’autodistribuent jusqu’en 1986 et, pour cause de lourdeur de gestion, confient leur distribution successivement aux sociétés Média 7, Vogue, Mélodie, WMD, Harmonia Mundi, Nocturne, l'Autre Distribution et Bigwax. Les années 1990 tendent à affirmer un changement de style, voire un abandon de la musique improvisée qui, selon Rochard se refusant à la prédominance de toute esthétique, reste aussi présente, mais de façon non académique. Les années 1990 sont également les années où nato connaît une nouvelle impulsion grâce à Valérie Crinière.
Les disques nato sont qualifiés dans les années 1980 de « Post modernisme assumé » par le critique Bernard Loupias dans le Matin de Paris. Ils sont soumis à toutes les tentations « impures » (chanson, électricité etc.). Si la musique improvisée est une des solides fondations (Louis Sclavis, Maarten Altena, Günter Sommer, Lol Coxhill…), la composition est aussi honorée (Tony Coe, Denis Levaillant, Tony Hymas, Fred Van Hove, etc.)et chansons, chanteuses, chanteurs se glissent de plus en plus dans l'aventure : Steve Beresford, The Melody Four, Terry Day, Jac Berrocal, Gwen Matthews, Jean-François Pauvros, Kahondo Style, British Summertime Ends, Mike Cooper, Nathalie Richard, Laura Davis, Anamaz, Émilie Lesbros, Riverdog). Point commun récurrent, la présence d’actrices ou acteurs et de voix parlées dans les disques (Violeta Ferrer, Tonie Marshall, Françoise Fabian, Barney Bush, Nathalie Richard) qui l’amènent assez naturellement à travailler avec des rappeurs (Boots Riley, D’ de Kabal, Dead Prez, Brother Ali, Spike, La Rumeur etc.). Au milieu des années 2000, Christelle Raffaëlli entre chez nato comme assistante de production et partenaire à part entière. Jean Rochard définit sa production comme « disques de fiction avec un point de vue documentaire ».
Avec Sept Tableaux Phoniques Erik Satie, il inaugure en 1983 la production d'une série de disques à thèmes (collectifs). Cette démarche se poursuit avec des disques consacrés aux cinéastes Alfred Hitchcock, Jean-Luc Godard, à la styliste Anne Marie Beretta (Steve Beresford), au militant anarchiste Buenaventura Durruti, aux Indiens d’Amérique (avec Tony Hymas, Barney Bush, John Trudell...), au cinéma, aux personnages du Journal de Spirou, aux chants de résistance du monde, aux Incontrôlés de la Colonne de Fer (la révolution espagnole tient une grande place), à l'Origine du monde de Gustave Courbet (Tony Hymas), aux Chroniques de résistances dédiées aux résistants du passé, du présent et du futur (Tony Hymas), aux Bandits Sociaux (Nathan Hanson, Émilie Lesbros, Léo Remke-Rochard, Guillaume Séguron), ou à l'écrivain et chroniqueur Octave Mirbeau (Catherine Delaunay). Les disques nato ne sont pas une quête esthétique, ce qui parfois déroute les amateurs, mais davantage une série de chroniques de la vie, films aux images sonores non hostiles au divertissement, mais ne pouvant se contenter de cette forme fût-elle d’avant-garde.
À la demande de Philippe Harry Blachette, il produit quelques émissions pour France Culture. Il produit aussi quelques musiques de films pour Liria Begeja, Tonie Marshall, Jacques Perrin, Mehdi Charef, Jean Marbœuf, Jean-Pierre Sinapi, Judith Abitbol, Frédéric Goldbronn. La cinéaste Pascale Ferran consacre un film de long métrage - 4 jours à Occoe - tourné en Floride à l'enregistrement d'une de ses productions : Winter Garden de Sam Rivers et Tony Hymas. Il tournera même un documentaire sur la marche des Indiens Lakota dans le Dakota du Sud reprenant les traces de leurs ancêtres de 1990 (jamais sorti). Ce documentaire sera l'occasion de renouer avec la photographie avec la participation au film du photographe Guy Le Querrec. Ce voyage donnera plus tard naissance au Livre de Guy Le Querrec Sur la piste de Big Foot (éditions Textuel) dont Jean Rochard écrira le texte et Jim Harrison la préface. Cette "entreprise" sera la suite naturelle du projet Oyaté réalisé par le musicien Tony Hymas avec qui Jean Rochard entretient une complicité ininterrompue depuis 1984. En 2009, il produit la musique de la série Aller Simple produite par Murielle Levy, composée et interprétée par Nathan-Hanson et Brian Roessler, puis en 2010 celle du film de Jean Pierre Sinapi, Une vie française, composée par Tony Hymas, d'À bas bruit, long métrage de Judith Abitbol également par Tony Hymas et de No Man's zone de Toshi Fujiwara avec une musique de Barre Phillips. En 2025, pour l'adaptation cinématographique de l'ouvrage de George Orwell Hommage à la Catalogne, par le réalisateur Frédéric Goldbronn, il produit une musique composée par Catherine Delaunay, Bruno Ducret, Tony Hymas et Guillaume Séguron.
La bande dessinée et l’illustration sont très présentes dans la présentation des disques nato, d’abord avec le peintre Michel Espagnon, puis l’illustrateur Pierre Cornuel (cousin de Jean Rochard, ils ont créé ensemble dans les années 1960 Le journal de Timmy ) avec qui il y a une collaboration intense pendant douze ans, puis d’autres crayons et pinceaux comme ceux de Rita Mercedes, Boucq, Moebius, Sylvie Fontaine, Andy Singer, Daniel Cacouault. La maquettiste Marianne Trintzius est responsable de la nouvelle orientation graphique des disques nato depuis 2004. L’album Le Chronatoscaphe, sorti en 2005 à l’occasion des 25 ans des disques nato et coréalisé avec Christelle Raffaëlli, comporte une bande dessinée à plusieurs mains (Zou, Boucq, Johan de Moor, Cattanéo, Efix, Cabu, Laurel, Pic, Supiot, Stéphane Levallois …) scénarisée par Jean Annestay ainsi qu’un album de photographies de Guy Le Querrec. La sélection musicale est faite par le critique-musicien Olivier Gasnier et présentée de façon originale par le compositeur Jean-Jacques Birgé. Il scénarise aussi quelques strips de bandes-dessinées avec Cattaneo, Chantal Montellier, Efix, Jeanne Puchol et Pic avec qui il publie pour Les Allumés du Jazz, Les histoires de l'Oncle Jean. En 2001 et 2002, Jean Rochard participe comme illustrateur sonore aux Rencontres Photographiques d'Arles.