Jean Prouvé, né le 8 avril 1901 dans le 14e arrondissement de Paris et mort le 23 mars 1984 à Nancy, est un architecte et designer français.
Ayant commencé sa carrière comme ferronnier d'art en suivant le mouvement artistique de l’École de Nancy, il délaisse progressivement le style Art nouveau pour s’engager, dans les années 1930, dans une voie plus expérimentale, avant-gardiste et moderne, qui utilise des matériaux nouveaux tels que l’acier inoxydable. Il est l’un des précurseurs des constructions en murs-rideaux avec la Maison du Peuple de Clichy. Après la Seconde Guerre mondiale, en lien avec le programme de reconstruction en France, il développe plusieurs concepts d’habitat préfabriqué, dont celui des maisons industrialisées à Meudon. À la suite de l’appel lancé par l’abbé Pierre, il conçoit également un prototype de maison à bas coût pour les démunis.
Relativement mal aimé de son vivant, Jean Prouvé bénéficie d’un regain d’intérêt post-mortem et devient l’un des designers français les plus cotés.
Jean Prouvé naît le 8 avril 1901 au sein d’une famille d’artistes nancéiens. Il est le fils du peintre et sculpteur Victor Prouvé et de la pianiste Marie Duhamel. Il a pour parrain Émile Gallé, maître verrier et le fondateur de l’École de Nancy. En 1916, les difficultés financières que rencontre sa famille le contraignent à abandonner ses études, pour entrer en apprentissage, d’abord chez le ferronnier Émile Robert à Enghien, puis chez Raymond Subes à Paris et enfin de 1919 à 1921 chez Georges-Adalbert Szabo. Il se lie d’amitié avec André Fontaine. Cet intellectuel progressiste marquera le jeune Prouvé, comme l’avaient fait les artistes de l’École de Nancy, et il en retiendra un mot d’ordre essentiel : ne jamais copier.
En 1924, après son service militaire, il épouse Madeleine Schott (1898-1990), une élève de son père à l’École des Beaux-Arts. Cette même année, il inaugure un petit atelier « Jean Prouvé, ferronnier d’art », au 35 rue du Général Custine à Nancy, grâce à un prêt de Saint-Just Péquart, un intime de la famille. Ses premières réalisations sont des ferronneries pour des édifices privés : hôtel Thiers de Nancy, devantures de magasins parisiens.
Petit à petit, il délaisse le style Art nouveau et expérimente des formes plus modernes et des matériaux nouveaux, tel l’acier inoxydable. Il conçoit dès cette première année sa « chaise inclinable » en toile et tôle d’acier pliée laquée. En 1927, il sollicite un entretien avec Robert Mallet-Stevens, qui se montre intéressé par son travail et lui commande une grille d’entrée pour l’hôtel particulier Reifenberg à Paris. Par ailleurs, il l’introduit auprès de grands noms de l’architecture avant-gardiste et moderniste, comme Le Corbusier et Pierre Chareau. Mallet-Stevens sollicite à nouveau Jean Prouvé en 1928 pour réaliser les ferronneries escamotables de la chambre en plein air aménagée sur la terrasse de la Villa Noailles.
De la ferronnerie traditionnelle au modernisme
Jean Prouvé fait partie des membres fondateurs en 1929 de l’Union des artistes modernes. Ce mouvement d'avant-garde veut s’émanciper de la Société des artistes décorateurs, et organiser des événements indépendants qui défendent l’alliance entre l’art et la production industrielle. Présidée par Robert Mallet-Stevens, l’UAM est composée de pionniers des arts modernes tels René Herbst, Francis Jourdain, Gustave Miklos ou encore Charlotte Perriand. L'exposition de l'UAM en 1930 est l'occasion pour Jean Prouvé de présenter plusieurs de ses réalisations à l'état d'expérimentation.
Lors de l’Exposition internationale des arts décoratifs de 1925, il reçoit un diplôme d’honneur pour son mobilier utilitaire, modulaire et fabriqué selon des techniques avancées. Il met au point la technique du tube d’acier inoxydable aplati, qui garantit une grande résistance de la structure. Ce principe de fabrication se retrouve sur la majorité de ses créations de cette période. Plusieurs projets pour des établissements à vocation éducative lui permettent d’appliquer ces procédés novateurs. Durant les années 1930, après plusieurs prototypes, il conçoit de nombreux éléments de mobilier alliant métal et bois, mais combinant confort et économie de production ; ceux-ci restent, avant tout, destinés à une utilisation familiale. Pour les chaises, il utilise le principe de structure porteuse en tôle d’acier, technique qu’il développe depuis le milieu des années 1920. Il reçoit sa première commande de mobilier de l'industriel Louis Wittmann, afin de meubler son château de Rupt-sur-Moselle. Le nombre des commandes augmentant, Jean Prouvé se voit obligé d'engager du personnel et d'investir dans de nouvelles machines. Il est alors contraint de transporter ses ateliers rue des Jardiniers ; il finit par renommer sa société en « SA des Ateliers Jean Prouvé » en 1931. Il abandonne alors définitivement la ferronnerie traditionnelle, le marché domestique et se consacre au secteur des collectivités offrant des débouchés plus larges. Ainsi, les rampes, cloisons et porte d'entrée du nouvel hôtel de ville de Boulogne-Billancourt élevé de 1931 à 1934, dont l'architecte est Tony Garnier, sont réalisées dans les ateliers de Jean Prouvé .
L'année de son déménagement, il est chargé de réaliser du mobilier pour la nouvelle résidence étudiante de la cité universitaire Monbois. En 1934, il crée pour l’École des sciences politiques de Paris la chaise type « standard », un modèle capable de supporter de lourdes charges qui sera produit jusque dans les années 1950. Il connait un grand succès avec un autre projet de mobilier pour l’École nationale professionnelle de Metz en 1936 : il s’agit d’un pupitre scolaire à deux places reposant sur seulement quatre pieds. Ce modèle et ses variantes sont par la suite produits en grand nombre. Parmi les autres bâtiments dont il dessine le mobilier figure l’ensemble des sanatoriums du plateau d'Assy.
À partir de 1935, Jean Prouvé apporte une contribution significative à différents projets architecturaux. Eugène Beaudouin et Marcel Lods le chargent de concevoir le bâtiment de l'aéroclub Roland-Garros à Buc. Il conçoit une structure préfabriquée avec une structure porteuse faite de tôle d'acier pliée assemblée par boulonnage. Après un rapide prototypage, le procédé est validé par Marcel Lods. Dans la continuité du projet de l'aéroclub, Jean Prouvé collabore à nouveau avec les deux architectes à la conception de la Maison du Peuple de Clichy, édifice devant intégrer un marché couvert, une salle des fêtes, une salle de conférence et de cinéma, ainsi que des bureaux. La solution qu'il propose est encore plus innovante puisque, sur un projet de structure relativement traditionnelle, il dissocie la façade : c'est là une des premières réalisations comportant un mur-rideau. Il imagine également les éléments secondaires (sanitaires, escaliers, portes et cloisons) en construction préfabriquée. Le bâtiment est salué comme une grande réussite tant par ses pairs que par le public.
À l'automne 1939, alors que la Seconde Guerre mondiale vient de débuter, le général Dumontier le charge de présenter un prototype de pavillon démontable pour abriter quatre à douze soldats, ce qu’il parvient à réaliser en une semaine. Convaincu, l’état-major du génie militaire lui commande trois cents pavillons, et les Ateliers Prouvé produisent en quelques mois plusieurs centaines de cellules juxtaposables de 4 × 4 m, qui peuvent être montées et démontées rapidement par deux hommes. Cependant, l'invasion de la France en mai 1940 marque la fin de la production de ces unités de logement.
Pendant l'occupation allemande, les matériaux se font rares et il n'y a plus d'acier disponible, ce qui pousse Jean Prouvé à développer, dans le prolongement des essais sur les baraques militaires, le concept de bâtiment provisoire. Par ailleurs, ses Ateliers se diversifient en produisant notamment des carburateurs de camion, des poêles de chauffage et des cadres de bicyclette. Mais pendant cette période troublée, Jean Prouvé s'engage : il rejoint la Résistance, et plus tard il sera nommé maire de Nancy, de la Libération jusqu'aux élections municipales de 1945. Au cours de son engagement, Jean Prouvé adapte son activité aux contraintes, en développant notamment des gazogènes pour camions, des fourneaux « Pyrobal » et divers équipements utilitaires. Malgré les pénuries, il poursuit ses recherches sur le mobilier en bois, les structures légères et l’habitat préfabriqué, notamment à travers des projets menés avec Le Corbusier et Pierre Jeanneret, qui préfigurent plusieurs de ses réalisations d’après-guerre.