Hans-Rudolf Mohr, connu sous le nom Jean Mohr, né à Genève le 13 septembre 1925 et mort le 3 novembre 2018 à Collonge-Bellerive, est un photographe suisse d'origine allemande.
Son grand-père dirigeait la mission de Bâle, ses parents sont venus habiter à Genève en 1919. Son père, Wolfgang Mohr, a travaillé comme traducteur à l'Organisation internationale du travail et au Comité international de la Croix-Rouge pendant la guerre. Opposé à la montée croissante du nazisme en Allemagne, il demande la nationalité suisse et l'obtient en 1939. Jean, nommé à sa naissance Hans Adolf, est le troisième enfant d’une famille comprenant 6 frères et sœurs. À l'école, il subit les brimades à cause de ses origines allemandes ce qui influencera son intérêt pour les questions liées aux migrants et au racisme. Dès l'adolescence, il adopte le prénom de Jean.
Après avoir suivi sa scolarité à Genève, il obtient une licence ès sciences économiques et sociales à l'université de Genève. Entre 1948 et 1949, il fait un bref passage dans le domaine de la publicité. Puis il quitte l'Europe pour le Moyen-Orient où il s'engage pour deux ans (1949-1950) comme délégué au Comité international de la Croix-Rouge puis à l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient auprès des réfugiés palestiniens ce qui constituera une expérience marquante dans son développement professionnel. Après ces deux années, c'est le retour en Europe. Il se rend à Paris pour réaliser un vieux rêve, devenir artiste dans le domaine des beaux-arts. Il étudie la peinture à l'Académie Julian et à la Grande Chaumière à Paris. En 1952, il abandonne la peinture pour le médium plus instantané de la photographie , métier qu'il pratique avec passion jusqu’à sa mort. Il débute alors sa carrière dans le journalisme et même le cinéma, il tourne un film 16 mm couleurs à l'occasion d'une expédition universitaire menée par l'université de Genève dans le désert du Tassili n’Ajjer (Sahara algérien) qui met à contribution son intérêt pour l’ethnographie ainsi que ses qualités de cinéaste.
En 1955, il devient photographe professionnel et publie principalement dans la presse quotidienne locale (Tribune de Genève). Dès 1956, il fera de nombreux voyages à l'étranger, principalement pour le compte d'organismes internationaux, débutera alors une longue série de collaborations avec diverses ONG dont le Comité international de la Croix-Rouge, l'Organisation mondiale de la santé et le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Il fait de nombreux reportages pour la presse suisse et internationale. Pour tenter d'échapper à l'aspect précaire des publications dans la presse, il se recentre sur la réalisation de livres, notamment avec l'écrivain John Berger.
À partir de 1978, il fait des voyages plus lointains mais moins fréquents, ses thèmes sont plus précis permettant un travail en profondeur. Il collabore plus étroitement avec l'écrivain John Berger sur plusieurs livres et séminaires en commun. Il se consacre également à d'autres activités: expositions, séminaires, conférences, écriture.
En 1956, Jean Mohr épouse Simone Turrettini, réalisatrice à la Télévision suisse romande qui obtiendra de nombreux prix internationaux pour ses documentaires, ils auront deux fils, Michel et Patrick.
Son habileté en peinture ne le satisfait pas ; il se sent piégé par cette facilité louée de ses professeurs qu’il estime le condamner à la superficialité. Par contre, avec la photographie qu’il utilise dans un premier temps plutôt comme aide-mémoire, sans but particulier, il produit des images qui suscitent l’intérêt dans son entourage. Ses amis peintres sont surpris par les clichés qu’il a ramenés de Palestine. S’essayant au portrait photographique, il dessine d’abord ses sujets, à leur grand étonnement, avant de sortir l’appareil. On peut y trouver les ferments de son rapport à la photographie : la traduction en valeurs du noir et blanc, la recherche de l’instant, de la fraction de seconde qui capture. Ce médium va lui permettre, comme il l’explique, de court-circuiter l’habileté technique, puisqu’à la portée de chacun, et d’éprouver plus de liberté pour s’exprimer. De plus, pour cet impatient qu’attendre le séchage de sa toile exaspère, la rapidité du procédé constitue un atout.
Nombreux sont les critiques à catégoriser Jean Mohr comme photographe engagé ou humaniste.
Bien que ne reniant pas ces descriptions, il estime que le terme concerné s'applique plus à son travail . Auteur de nombreux ouvrages sur les victimes de la guerre ou sur les migrants en Europe, ses photographies dénoncent les situations humanitaires mais en évitant le misérabilisme et l'esthétisme de mauvais aloi. Pour dénoncer, il ne s'agit pas d'user d'une image choc mais d'illustrer un quotidien ; ce qui non seulement favorise une certaine identification mais préserve aussi la dignité du sujet photographié Dans ce sens, le travail de Jean Mohr peut être qualifié d'engagé ; il veut attirer l'attention sur un dysfonctionnement et ses photographies sont des messages de dénonciation. Il ne travaille pas dans la pression d’un photographe de guerre et saisit tout ce qui a du sens pour lui dans l’optique de sa mission, mais également au détour de cette dernière.
Dans une conférence qu’il intitule « Un photographe bavard est un photographe douteux » Jean Mohr confirme l’analyse de son ami, Nicolas Bouvier : il se sent photographe de témoignage, sincère, fuyant le sensationnel, et se consacre volontiers au reportage à caractère social ou documentaire tout en convenant que cette probité ne connaît pas de diffusion facile . Cette fidélité à ses convictions n’a toutefois jamais éloigné le succès.
1978 : Prix du photographe ayant le plus collaboré à la cause des Droits de l'homme à la photokina de Cologne, avec l’exposition Travail et Loisirs (à l'occasion du trentième anniversaire de la Déclaration des Droits de l’Homme)
1984 : Prix de la photographie contemporaine au Musée de l'Élysée à Lausanne avec l’exposition "C’était demain"
1988 : Prix de la Ville de Genève pour les Arts plastiques attribué pour la première fois à un photographe
Jean Mohr, une école buissonnière : photographies, [cat. exp., Genève, Maison Tavel, 28 mars au 15 juillet 2018], Genève, Musées d'art et d'histoire ; Paris, Mare & Martin, 2018
Jean Mohr, John by Jean: Fifty years of friendship: Photos of John Berger by Jean Mohr, Aghabullogue, Occasional Press, 2016
Jean Mohr et Musée de l’Élysée, Avec les victimes de guerre, photographies de Jean Mohr – dossier pédagogique, Lausanne, Musée de l’Élysée, 2014.
Jean Mohr, Côte à côte ou face à face : Israéliens et Palestiniens : 50 ans de photographies [éd. bilingue fr./angl.] Genève, Labor et Fides, 2013.
Jean Mohr, Derrière le masque, mon visage : Le photographe et ses modèles, Genève, Labor et Fides, 2013.