Jean Mabillon, plus connu sous le nom de Dom Mabillon, né le 23 novembre 1632 à Saint-Pierremont (département des Ardennes, alors en Champagne), et mort le 27 décembre 1707 à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés à Paris, est un homme d'Église et un historien français du règne de Louis XIV.
Issu d'une famille paysanne de l'Argonne, Jean Mabillon fait des études secondaires au collège de Reims, puis passe trois ans au séminaire diocésain, avant de devenir moine bénédictin en 1653, successivement dans plusieurs établissements, avant de se fixer en 1664 à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés où il consacre le reste de sa vie à la prière et à l'étude.
Membre de la congrégation réformée de Saint-Maur, fondée en 1632 et spécialisée dans les travaux d'érudition, il est à l'origine d'avancées importantes dans le domaine de l'étude des documents historiques et est considéré comme le fondateur de la diplomatique, science auxiliaire de l'histoire définissant les règles pour établir la date, la provenance, la nature, l’authenticité et les versions successives d’un document écrit. La publication de son livre De re diplomatica a été considérée par le médiéviste Marc Bloch (1886-1944) comme « une grande date ... dans l’histoire de l’esprit humain ».
Il a en effet joué un rôle déterminant dans la transmission des savoirs au XVIIe siècle, introduisant pour la première fois un « discours de la méthode » de l'analyse des documents du passé, qui fait référence pour les historiens et les chartistes.
Son esprit critique et rigoureux se retrouve aussi dans ses éditions des œuvres des Pères de l'Église et des grands théologiens chrétiens. Les travaux de Jean Mabillon dans ce domaine ont donné un nouvel élan à l'étude des premiers textes chrétiens et de la patristique.
Enfin, ce voyageur et épistolier a entretenu un réseau de contacts au sein de la République des Lettres européenne, notamment en Bourgogne, en Champagne, en Lorraine, aux Pays-Bas, en Suisse, dans le Saint-Empire et en Italie.
Sa vie est marquée par son caractère, fait à la fois de sérénité et de ténacité dans l'analyse et l'argumentation, et par sa capacité à associer sa vocation intellectuelle et scientifique à sa vocation religieuse.
Né en 1632, il est le cinquième enfant d'Estienne Mabillon, agriculteur (mort le 24 mai 1692, âgé de 104 ans), et de son épouse, Jeanne Guérin.
Son village natal de Saint-Pierremont est situé aux confins de l'Argonne ardennaise, sur une petite colline à quelques kilomètres de la forêt et de l'abbaye de Belval, et arrosé par un ruisseau qui se jette dans la Bar, affluent de rive gauche de la Meuse.
Cette famille de laboureurs habite dans une modeste maison à quelques pas de l'église paroissiale.
Formation : de l'école du village au séminaire de Reims (1638-1653)
Jean Mabillon révèle à l'école du village des capacités intellectuelles qui justifient de poursuivre d'autres études en d'autres lieux, ces petites écoles n'ayant pas d'autres ambitions que d'apprendre à lire, à écrire et à compter sommairement.
À l'âge de neuf ans, on l'envoie donc chez son oncle, Jean Mabillon, prêtre de paroisse à Neuville-Day (actuel département des Ardennes), qui lui enseigne les « rudiments[pas clair] » et lui procure les ressources nécessaires pour qu'il puisse continuer ses études.
Grâce à son oncle, il entre en 1644 au collège des Bons Enfants à Reims, qui est à la fois collège et université. Il habite en pension, moitié comme élève, moitié comme domestique, chez un chanoine de la cathédrale qui est aussi abbé commendataire. Celui-ci surveille ses progrès avec intérêt, et, en 1650, le fait entrer au séminaire du diocèse de Reims, où il va passer trois ans.
En 1653, il quitte le séminaire, pour rejoindre la congrégation de Saint-Maur, à l'abbaye Saint-Remi de Reims. Cette évolution dans sa vocation religieuse s'explique, selon certains auteurs, par sa déception devant la conduite et le parcours de son oncle, prêtre séculier auprès de qui il a vécu en Ardennes avant que ce dernier ne soit nommé à Condé-sur-Marne, et, pour d'autres, par l'exemple des moines de l'abbaye Saint-Remi, et tout particulièrement des novices dont il admirait la ferveur. Le 29 août de cette année 1653, il est admis au nombre des postulants. Le 5 septembre, il revêt l'habit bénédictin dans la congrégation de Saint-Maur. Il n'a pas vingt et un ans lorsqu'il fait profession d'obéissance, stabilité et conversion des mœurs.
À partir de 1656, il est successivement envoyé à l'abbaye de Nogent-sous-Coucy, puis à l'abbaye Saint-Pierre de Corbie. Même si des emplois à des tâches plus temporelles lui sont affectés, il s'adonne également à l'étude des « Antiquités », c'est-à-dire des documents anciens. Il commence à élaborer progressivement les règles d'une méthode critique de l'usage des documents, en s'intéressant à la démarche historique d'un de ses illustres prédécesseurs à l'abbaye de Nogent-sous-Coucy, Guibert de Nogent.
Après un séjour comme trésorier à l'abbaye de Saint-Denis, en 1663 et 1664, rapidement remarqué par les membres de son ordre en raison de ses capacités, il est envoyé, à l'âge de trente et un ans, à Saint-Germain-des-Prés, en juillet 1664.
Il y rejoint un cercle d'érudits formés autour du bibliothécaire de l'abbaye, Luc d'Achery, auquel il est appelé à succéder. Il commence alors à assister ce dernier dans la collecte de documents en vue de la rédaction des Actes de l'Ordre de Saint-Benoît (Acta Ordinis Sancti Benedicti) : sa contribution se révèle tellement déterminante dans l'œuvre issue de ce projet, dont le premier volume paraît en 1703, qu'elle lui est attribuée en définitive. Il reprend également les travaux, qu'il porte à bonne fin, sur une édition des Œuvres de Saint-Bernard, entreprise par Dom Claude Chantelou. Bientôt, des associés lui sont adressés, qui deviennent des amis, notamment Claude Estiennot de la Serrée, Michel Germain et Thierry Ruinart. Ce dernier est originaire comme lui de la province de Champagne.