Jean Lescure, né le 14 septembre 1912 à Asnières et mort le 17 octobre 2005 à Paris, est un écrivain, poète, éditeur et scénariste français. Il est de 1966 à 1992 le président de l'Association française des cinémas d'art et d'essai.
Jean Albert Lescure naît le 14 septembre 1912 à Asnières-sur-Seine où ses parents dirigent le cinéma l'Alcazar. Il a tenté dans Parents inconnus de reconstituer leur histoire.
Son grand-père paternel est meunier pendant dix ans de la Calsade, à 3 kilomètres de Sévérac-le-Château, avant de devenir, dans l'exode rural de la fin du XIXe siècle, cocher de fiacre à Paris puis « bistro » à Levallois-Perret. Le père de Jean Lescure, Antoine, est l'aîné de ses quatre fils.
Son grand-père maternel est instituteur dans le département des Deux-Sèvres puis directeur des abattoirs de Thouars. Sa fille Céline Langlois, née en 1874 au Busseau a une sœur et deux frères. Jeune demoiselle de compagnie en Touraine, elle travaille ensuite dans un célèbre magasin de pâtisserie de l'époque, Bourbonneux, dans le quartier Saint-Lazare, et comme caissière au café littéraire La Source, fondé en 1855 au 35 boulevard Saint-Michel.
Céline Langlois et Antoine Lescure, garçon de café, se marient en juillet 1903. Peu de temps après, leur premier enfant, Antoinette, meurt accidentellement à quelques mois chez sa nourrice. Antoine Lescure prend en 1905 la direction de l'Alcazar, 1 rue de la station, débit de boisson construit en 1861, accueillant bals et concerts à partir de 1886, reconstruit en 1888. Il le transforme en 1915 en établissement de cinématographie et, s'étant endetté, le rachète en 1919. Il y ouvre en février 1921, après démolition, une salle moderne de cinéma-concert de 1 400 places, avec scène, loges et fosse d'orchestre.
Jean Lescure est de 1920 à 1928 interne au collège de Saint-Germain-en-Laye où il côtoie Mounir Hafez, Armel Guerne, et dans sa classe, externe, Christian Fouchet. Au début des années 1920 il séjourne plusieurs fois avec sa mère à La Croix-Valmer en hiver, à Saint-Georges-de-Didonne puis aux Sables-d'Olonne en été. Il effectue en 1928 un premier voyage, en Allemagne. De 1929 à 1932 il poursuit des études de philosophie à la Sorbonne où il suit les cours de Léon Brunschvicg, Étienne Gilson, André Lalande, Henri Delacroix et Victor Basch sur l'esthétique de Hegel puis de psychopathologie à Sainte-Anne (Georges Dumas) mais ne passe aucun examen. Dans les mêmes années il s'attache passionnément à la littérature (Racine, Mallarmé, Reverdy, Gide et Valéry, Goethe et les romantiques allemands, Novalis, Kleist, et Nietzsche. En janvier-mai 1932 il découvre la Corse et dans les années suivantes voyage en Angleterre, Autriche (janvier-avril 1934), Allemagne, Hollande et séjourne régulièrement dans le Haut-Tyrol. Conscient de l'avancée du nazisme, il fait partie en 1934 du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes.
Apprenant en 1935 à Bormes-les-Mimosas, après un voyage à pied de Genève à Marseille, que Jean Giono invite ses lecteurs à le rejoindre pour une randonnée d'une dizaine de jours à travers les paysages de ses romans, il rejoint Manosque et participe en septembre au premier Contadour dont, arrivé parmi les premiers, il assure l'organisation. Il est l'un des quatre acheteurs légaux, en tontine, du « Moulin » des contadouriens et devient le secrétaire de Giono. En 1936 il participe à Pâques au deuxième « Contadour », élabore le projet des Cahiers du Contadour et en dirige les deux premiers numéros, le premier édité en juillet (le deuxième en mai 1937). Au début de la guerre d'Espagne il tente de franchir en août les Pyrénées mais se fait refouler par les gendarmes puis va en septembre à Alger sans plus de succès. En octobre, il se retire du « Contadour » et de ses cahiers à la suite de dissensions avec Hélène Laguerre, maîtresse de Giono, et les « Amis de Giono ». Il lit simultanément René Daumal, Gaston Bachelard et Pierre Jean Jouve.
À partir de 1937 Jean Lescure écrit plusieurs nouvelles (Le Déterrement, La Pointe percée) et un roman (Occident) demeurés inédits. Il rencontre en 1938 Roger Chastel puis Raoul Ubac dont il demeurera proche et écrit les premiers de ses Poèmes métaphysiques (1939-1946), publiés en revues et rassemblés en 2002.
En 1938, Lescure reprend la direction de la revue poétique Messages, fondé par André Silvaire, dont il retracera en 1998 l’histoire dans Poésie et liberté. Après un premier cahier autour de William Blake, le deuxième, préparé avec l'aide de Jean Wahl, a pour titre Métaphysique et Poésie. À cette occasion Lescure demande à Gaston Bachelard un texte, Instant poétique et instant métaphysique, qui va orienter la réflexion du philosophe vers l'imaginaire poétique, rencontre René Char, ami de Jean Villeri, et Pierre Emmanuel sur la recommandation de Pierre Jean Jouve, se lie avec Benjamin Fondane, s'intéresse à l'œuvre de René Daumal et éprouve « une longue fascination » pour la poésie de Pierre Reverdy. En 1939 il publie son premier recueil, Le Voyage immobile et écrit une première pièce de théâtre, Avec qui voulez-vous lutter ou Le général et le particulier. Il se marie en septembre 1939 avec Renée Rocher : deux enfants naîtront, Laurence en mars 1944 et Jean-Paul en mai 1945 mais ils n'en auront pas, dans les années suivantes, de troisième.
Devenu en 1941 gérant du cinéma de ses parents, ce qui lui permettra d'échapper au S.T.O., Lescure engage en 1942 Messages dans la résistance littéraire pour en faire, avec le soutien de Jean Paulhan, « l'anti-NRF» que dirige depuis 1940 Drieu la Rochelle. Le premier cahier paraît en mars (textes de Pierre Emmanuel, Eugène Guillevic, Jean Follain, Raoul Ubac…). Après interdiction, les deux suivants (Paul Claudel, Jean Tardieu, Francis Ponge, Paul Éluard, Raymond Queneau, Loys Masson…) sont antidatés. Le quatrième (Gaston Bachelard, André Frénaud, Michel Leiris, Raymond Queneau, Jean-Paul Sartre, Georges Bataille…) est publié en décembre à Bruxelles où des mesures d'interdiction n'ont pas été prises. En avril, envoyé par Éluard pour préparer sa réconciliation avec Aragon, il séjourne à Saint-Jean-de-Maurienne où il aide à l'organisation d'un embryon de maquis de jeunes réfractaires au S.T.O., retrouve Pierre Emmanuel à Dieulefit, fait la connaissance de François Lachenal, rend visite à Pierre Seghers à Villeneuve-lès-Avignon, et à Lyon chez René Tavernier finit par approcher Aragon et Elsa Triolet. En août il part en tandem à Saint-Benoît-sur-Loire pour rencontrer Max Jacob et suit les cours de Gaston Bachelard à la Sorbonne.
Dans le bureau de Jean Paulhan chez Gallimard, Lescure prépare avec Seghers et Éluard, dont il passe pour être le « lieutenant », la publication clandestine aux Éditions de Minuit, du premier volume anthologique de L'Honneur des poètes, auquel il collabore sous le nom, choisi par Éluard, de Jean Delamaille (puis du second volume Europe). Son achevé d'imprimer indique symboliquement qu'il est « publié aux dépens de quelques bibliophiles patriotes » « sous l'occupation nazie le 14 juillet 1943 jour de la liberté opprimée ». Jean Lescure et sa femme distribuent ensuite en tandem dans Paris un tract tiré de l'ouvrage.
Jean Lescure participe au-delà à la diffusion de l'ensemble de la presse clandestine et collabore aux Lettres françaises, dont il est co-directeur, dans lesquelles il publie un long texte sur La Lutte avec l'ange d'André Malraux (octobre 1943) ainsi que d'autres articles sur Les Mouches de Sartre (décembre), les poèmes d'Éluard et La Marche à l'étoile de Vercors (février 1944), Europe, L'Honneur des Poètes II (juin). Il fait partie du Comité national des écrivains et du groupe armé « Ceux de la Résistance ».
Domaine français (Messages, 1943), daté août 1943, édité en décembre à Genève grâce à François Lachenal aux Éditions des Trois Collines, assemble une soixantaine des plus grands noms d'écrivains, manifestant « une insoumission collective de la littérature » : François Mauriac, Paul Claudel, André Gide, Paul Valéry, Georges Duhamel et Romain Rolland y côtoient Paul Éluard, Aragon Henri Michaux, Albert Camus, Michel Leiris, Raymond Queneau Francis Ponge et Jean-Paul Sartre.