Jean Lesage, né le 10 juin 1912 à Montréal et mort le 12 décembre 1980 à Sillery, est un avocat et homme politique québécois.
D'abord actif sur la scène fédérale dans les gouvernements de Mackenzie King et de Louis St-Laurent de 1945 à 1957, il poursuit sa carrière sur la scène politique québécoise en devenant chef du Parti libéral du Québec en 1958. Appuyé par l'« équipe du tonnerre » et par son programme politique « à la fois intensément réformiste et intensément nationaliste », il remporte les élections de 1960.
En tant que premier ministre du Québec, Jean Lesage rompt avec ses prédécesseurs et prône une « politique de grandeur », visant la mise en place d'un État planificateur et modernisateur. Il dote le gouvernement du Québec d'une fonction publique et d'institutions modernes, reflétant une volonté d'émancipation nationale dans les domaines administratif, économique, social et culturel.
Réélu en 1962, il entame la nationalisation de l'électricité au Québec. Il voit également à la mise en place du ministère de l'Éducation, de la Caisse de dépôt et placement et de la Régie des rentes. Malgré la popularité de ses réformes, il perd les élections de 1966 face à Daniel Johnson.
Surnommé le « père de la Révolution tranquille, par son rôle et ses contributions à la construction d'un État moderne, Jean Lesage est considéré par plusieurs comme l'un des premiers ministres les plus importants de l'histoire du Québec.
Baptisé Joseph Hertel Jean Lesage, il vient au monde à Montréal le 10 juin 1912. Aîné d'une famille de huit enfants, il est le fils de Xavéri Lesage, un directeur régional d'une compagnie d'assurances originaire de Louiseville, et de Cécile Côté, une institutrice originaire du Bic.
Son enfance est fortement marquée par l'influence de sa mère. Exigeante sur le plan de la discipline et animée par « une volonté et une énergie indomptables », selon le biographe Dale Thomson, la mère de Jean Lesage n'avait pu mener la carrière qu'elle avait désirée, à cause des normes sociales de l'époque. C'est pourquoi elle « reporta[it] sur son fils aîné ses propres espérances et aspirations ». Encouragé au dépassement de soi et à la poursuite des plus grandes ambitions, le garçon se trouve très vite attiré par la politique. Cette attirance s'expliquait également par l'influence de son oncle paternel Joseph Arthur « J. A. » Lesage, associé de son père dans sa compagnie d'assurances, et également l'un des principaux organisateurs du Parti libéral dans la région de Québec.
Jean Lesage passe ses premières années d'école primaire au jardin de l'enfance Saint-Enfant-Jésus de Montréal. En 1921, son père reçoit une promotion le forçant à déménager à Québec. La famille Lesage s'établit alors dans le quartier Montcalm de Québec. Jean termine ses études primaires au pensionnat Saint-Louis-de-Gonzague, une école tenue par les Sœurs de la Providence, réputée pour « offrir la meilleure préparation au programme des collèges classiques et avoir une compétence particulière dans l'enseignement du français oral et écrit ».
Élève brillant, il poursuit ses études au Séminaire de Québec à partir de 1923. Charismatique et éloquent, il se distingue en art dramatique et en art oratoire. Il se montre aussi particulièrement doué en mathématiques, remportant le prestigieux prix Webster pour avoir obtenu les meilleurs résultats dans cette matière.
Jean Lesage termine son cours classique en 1931. Le Québec est alors plongé en pleine Grande Dépression. Sa famille est durement touchée par la crise et son père se voit une fois de plus contraint de déménager pour travailler, cette fois au Lac-Saint-Jean. Toutefois, au lieu d'amener toute la famille avec lui, Xavéri Lesage confie à son fils aîné le rôle de chef de famille aux côtés de sa mère. Afin de subvenir à leurs besoins, Jean Lesage se met à travailler dans une tabagie possédée par son oncle.
Tout en travaillant, il s'inscrit à la Faculté de droit de l'Université Laval à l'automne 1931. Il commence à se faire un nom auprès du Parti libéral du Québec à la même époque, en prononçant ses premiers discours comme orateur lors des élections du mois d'août 1931. Malgré ses talents et ses liens avec son oncle et le Parti libéral, sa situation financière demeure précaire. Ne réussissant pas à trouver de meilleur emploi, il finit par s'enrôler dans le Corps-école des officiers de l'Armée canadienne. Cette expérience militaire le marque grandement, lui inculquant un sens de la discipline qui l'accompagnera le reste de son existence. Fréquemment appelé au camp d'entraînement de Kingston en Ontario, l'expérience lui permet également de se familiariser avec la langue anglaise.
Il complète sa licence en droit en juin 1934.
Jean Lesage commence à pratiquer le droit à Québec avec son cousin Paul Lesage en 1935. Se faisant une réputation d'avocat travailleur et consciencieux, au début de la Seconde Guerre mondiale, il travaille également comme procureur de la Couronne pour la Commission des prix et du commerce.
En 1942, alors que le Canada se déchire sur la question de la conscription, il recrute deux nouveaux associés pour son cabinet : Valmore Bienvenue (ministre de la Chasse et des Pêcheries dans le gouvernement d'Adélard Godbout) et Chubby Power (ministre de l'Air et ministre associé de la Défense nationale dans le gouvernement de Mackenzie King, ami de son oncle J.A. Lesage et autre principal organisateur libéral de la région de Québec) . Ces deux nouveaux associés constituent de puissants soutiens auprès du gouvernement fédéral et du gouvernement du Québec.
Tout en pratiquant le droit, Jean Lesage avait participé à diverses élections durant les années 1930. Il s'était fait particulièrement remarquer lors des élections de 1939 en faisant des discours en faveur d'Adélard Godbout. Ce dernier ayant dû s'absenter de sa circonscription pour parcourir tout le Québec, il lui avait demandé de faire campagne à sa place dans sa circonscription de L'Islet. L'accueil favorable donné au jeune avocat durant la campagne avait laissé une impression favorable au sein des libéraux. Ainsi, à l'approche des élections fédérales de 1945, Jean Lesage fut recruté comme candidat pour la circonscription fédérale de Montmagny-L'Islet. S'appuyant sur les efforts qu'il avait déployés dans la région en appui à Godbout, le 11 juin 1945, il est élu député avec une majorité de 4 279 voix.
L'arrivée de Jean Lesage à la Chambre des communes se déroule dans un contexte très difficile. Le gouvernement libéral de Mackenzie King faisait face à une forte opposition nationaliste au Québec, incarnée par l'Union nationale de Maurice Duplessis. Réélu en 1944, Duplessis cherchait à récupérer les pouvoirs cédés au gouvernement fédéral par les provinces durant le conflit. En réponse, Mackenzie King avait rallié les électeurs autour d'une politique de reconstruction, dans le but de préparer la fin du conflit et le retour à une économie de paix. Lesage appartenait donc à une nouvelle cohorte de jeunes députés fédéraux élus au Québec, se définissant « d'abord et avant tout comme des Canadiens » et prônant « le canadianisme et l'indépendance politique et économique d'un Canada uni ».
Pour lui et les autres membres de cette cohorte (dont trois futurs ministres de la Révolution tranquille : Lionel Bertrand, René Hamel et Georges-Émile Lapalme), « l'État moderne devait imposer des règles à l'économie et s'efforcer d'assurer à chaque citoyen un niveau de vie décent » tout en « laiss[ant] les coudées franches à la concurrence, génératrice de grandes réussites ». Aspirant à l'indépendance du Canada par rapport à l'Empire britannique et à l'égalité entre Canadiens francophones et anglophones, Lesage préconisait « des mesures propres à nourrir un véritable patriotisme canadien : drapeau canadien distinctif, citoyenneté canadienne, hymne national canadien ».
S'intégrant bien à son nouveau milieu, il commence à faire ses preuves en mars 1950 en coprésidant un comité d'étude sur un projet de régime de retraite pancanadien. À l'automne de cette même année, il participe à la délégation canadienne à l'Assemblée générale des Nations unies, à New York. Il fait alors la rencontre de Lester Pearson, Secrétaire d'État aux Affaires extérieures dans le gouvernement de Louis St-Laurent. Cette rencontre est déterminante dans la carrière de Lesage et lui permet d'obtenir un poste prestigieux au sein du gouvernement. Il devient l'adjoint parlementaire de Pearson le 24 janvier 1951. À travers ses missions à l'étranger, Lesage découvre les réalités de la diplomatie canadienne.