Jean de Cheverus, de son nom complet : Jean-Louis-Anne-Magdeleine Lefebvre de Cheverus, né le 28 janvier 1768 à Mayenne et décédé le 19 juillet 1836 à Bordeaux, est un prêtre français, missionnaire aux États-Unis, où il fut évêque de Boston de 1808 à 1823. Rappelé en France comme évêque de Montauban il fut transféré à l'Archidiocèse de Bordeaux en 1826 et créé cardinal en 1836.
Le cardinal de Cheverus est issu d'une vieille famille de robe originaire de la Mayenne. Son père, Jean-Vincent de Cheverus, était juge général civil et de police à la barre ducale de Mayenne. Il est l'oncle de Jean-Baptiste-Amédée George de La Massonnais. Il effectue ses études jusqu'à la quatrième au collège de Mayenne.
Les armes de la famille Lefebvre de Cheverus sont "D'argent, à la croix ancrée de sable".
Il reçoit la tonsure en 1780, où il devient prieur de Torbéchet malgré son jeune âge. Il continue ses études littéraires à Paris avec distinction au collège Louis-le-Grand à Paris en 1781. S'étant destiné à l'état ecclésiastique, il étudie la théologie au séminaire Saint-Magloire, tenu par les oratoriens, et s'y lie avec l'abbé de Maccarthy, qui est du même âge et qui, se fait tant de réputation dans la chaire. Jacques-André Émery, supérieur général de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice veut lui offrir une place gratuite dans son séminaire ; mais le jeune de Cheverus est trop attaché aux directeurs de Saint-Magloire pour les quitter : la reconnaissance l'empêche d'accepter.
Il est ordonné diacre en octobre 1790, et n'a pas vingt-trois ans lorsqu'il est ordonné prêtre, le 18 décembre 1790 par dispense spéciale, à la dernière ordination publique qui se soit, faite à Paris avant la Révolution française, le 18 décembre 1790.
Déjà les biens du clergé sont envahis, la constitution civile du clergé décrétée, le serment prescrit à tous les ecclésiastiques, sous peine de déchéance ; le jeune prêtre retourne dans son diocèse.
Son oncle, curé de Mayenne, alors infirme et paralytique, le demande comme coopérateur sous le titre de vicaire ; l'évêque du Mans le nomme en même temps chanoine de sa cathédrale. Il refuse le serment le 12 février 1791, exerce son ministère en secret. Sa prudence déjà connue et appréciée a porté l'évêque du Mans à lui donner des pouvoirs de grand vicaire. À la mort du curé de Notre-Dame de Mayenne, 24 janvier 1792, l'évêque donne à son neveu les pouvoirs de curé et de vicaire général.
Obligé de quitter Mayenne au printemps de 1792, ainsi que tous les ecclésiastiques insermentés du département, il a ordre de se rendre à Laval, où il doit être en surveillance et se présenter chaque jour aux autorités. Urbain-René de Hercé, évêque de Dol, est à leur tête. Le décret du 26 août 1792 condamne à la déportation les prêtres insermentés. On donne à ceux de Laval des passeports pour se rendre en pays étrangers ; Cheverus en prend un pour la Grande-Bretagne, et passe par Paris, où il arrive au moment des massacres de Septembre. Il se cache pendant ces journées, et part bientôt pour la Grande-Bretagne, sans connaître la langue de ce pays, et ayant pour toutes ressources 500 francs.
Le gouvernement britannique accorde alors des secours aux prêtres français réfugiés ; Cheverus ne veut pas en profiter, et il réussit à pourvoir lui-même à ses besoins, en se plaçant comme professeur de français et de mathématiques chez un ministre protestant qui tient une pension. Au bout d'un an, il sait assez l'anglais pour se charger du service d'une chapelle catholique et y faire des instructions. En même temps, on lui propose de se mettre à la tête d'un collège à Cayenne.
Heureusement il croit ne pas devoir accepter. En 1795, l'abbé François-Antoine Matignon (de), ancien docteur et professeur de Sorbonne, l'appelle en Amérique (Nouvelle-Angleterre), où son zèle, ses vertus pourraient se déployer sur un plus grand théâtre.
À son arrivée à Boston, le 3 octobre 1796, l'abbé de Cheverus trouvait un champ immense ouvert à son zèle Les esprits, divisés en plusieurs sectes religieuses, ne sont pas favorable à ce qu'ils appellent le papisme.
L'abbé de Cheverus s'applique aux études qui sont le plus en honneur à Boston
John Carroll, évêque de Baltimore, informé de tant de vertus et de talents, lui propose la cure de Sainte-Marie, à Philadelphie ; mais il ne peut quitter Matignon, qui l'a appelé de Grande-Bretagne. Bientôt il se livre avec un nouveau zèle à ses travaux évangéliques en visitant les catholiques des environs de Boston, qui n'ont point de prêtres, et passant jusqu'à deux ou trois mois chez les Indiens de Passamaquoddy et de Penobscot.
Après avoir passé trois mois au milieu de ce peuple, l'abbé de Cheverus repart pour Boston. La fièvre jaune s'est déclarée dans cette ville (1798), et déjà de nombreuses victimes ont succombé.
Le nombre des fidèles s'accroît bientôt à Boston : les protestants eux-mêmes désirent entendre les prédications et assister aux cérémonies si touchantes de l'Église romaine. L'abbé de Cheverus ouvre donc une souscription pour bâtir une église dans cette ville. Le premier des souscripteurs est le président des États-Unis, John Adams. Bientôt la souscription est couverte des noms les plus honorables, tant protestants que catholiques. L'abbé de Cheverus élève les murs jusqu'à la concurrence des sommes déposées entre ses mains ; mais, ces fonds épuisés, il arrête tous les travaux, et jamais ils ne sont repris et continués qu'en proportion des fonds qu'il a reçus. La dédicace s'en fait le 29 septembre 1803, avec une pompe qui produit les plus heureuses impressions. Parmi les conquêtes qu'il fait alors au catholicisme, il faut citer la dame Elizabeth Ann Seton, fondatrice, par la suite, de la première communauté de femmes des États-Unis.
Après le concordat de 1801, sa famille et ses amis de France le pressent de revenir dans sa patrie avec tous les prêtres exilés, il est un moment près de céder à leurs instances, mais les besoins des catholiques de Boston, son attachement pour l'abbé Matignon et les raisons que lui donne Carroll, dans une lettre du 9 avril le décident à rester.
Pendant qu'il se livre aux travaux de son ministère, on lui adresse, des prisons de Northampton, une lettre qui l'appelle à la plus pénible de toutes les fonctions ecclésiastiques : deux Irlandais catholiques, condamnés à mort pour un crime qu'ils n'ont pas commis, lui écrivent afin de réclamer l'assistance de son ministère. L'abbé de Cheverus accourt, les console, et trouve les moyens d'adoucir ce que ce dernier moment a d'horrible. C'est la coutume aux États-Unis de conduire le condamné au temple pour qu'il y entende un discours funèbre immédiatement avant l'exécution.
En 1808, l'évêque John Carroll demanda l'érection de quatre nouveaux sièges, dont un serait à Boston pour toute la Nouvelle-Angleterre. Il a d'abord proposé l'abbé Matignon, qui, par son âge et sa réputation, semble avoir des droits à cette préférence. Mais le docteur, sans en prévenir son ami, dont il connait la modestie, fait tomber sur celui-ci ce choix honorable. Le 8 avril 1808, Pie VII donne le bref qui établit quatre nouveaux évêchés. Un des nouveaux évêques, le P. Concanen, nommé évêque de New York, doit porter les bulles pontificales d’érection de diocèses et autorisant la consécration épiscopale. Mais comme il meurt à Naples avant d'avoir pu se rendre dans son diocèse, les bulles n'arrivent aux États-Unis qu'en 1810.