L'abbé Jean Lebeuf, né le 6 mars 1687 à Auxerre, mort le 10 avril 1760, est un prêtre, historien et érudit français.
Lebeuf naît le 6 mars 1687 à Auxerre dans la paroisse Saint-Renobert, dans une famille peu aisée. Son père, Pierre Lebeuf, est commis aux recettes des consignations ; il vient de Joigny mais sa famille (éteinte en 1848 ou avant) est d'Auxerre. Sa mère, Marie Marie, est d'une famille bourgeoise renommée d'Auxerre, orientée vers la magistrature. Jean est l'aîné de leurs deux enfants, tous deux entrés dans les ordres.
Il est noté très tôt pour son sérieux et son amour de l'étude. À sept ans, il entre au collège des jésuites pour y étudier les humanités (langues et littérature ancienne) et dans le même temps il prend l'habit clérical. Il se forme aux devoirs ecclésiastiques dans sa paroisse, où il apprend également le plainchant et les caractères gothiques : la paroisse est pauvre et ses antiphoniers sont des manuscrits du XIIIe et XIVe siècles ; il y acquiert la passion de la musique et des vieux manuscrits. Il se fait remarquer, dès l'âge de 10 ans, par une dissertation publique sur les événements d'histoire ecclésiastique et profane dans les épîtres de saint Jérôme. À l'âge précoce de 12 ans, en 1699, il est tonsuré par l'évêque d'Auxerre André Colbert (neveu de Colbert le célèbre ministre des finances de Louis XIV). En l'an 1700, le même évêque lui octroie un petit bénéfice à la nomination du chapitre d'Auxerre sous le titre de Chapelle de Saint-Louis (ad altare S. Alexandri).
Il termine le cycle d'études des jésuites d'Auxerre à l'âge de quatorze ans et désire grandement poursuivre des études à Paris – mais la famille est pauvre. Un oncle bienfaiteur le pourvoit financièrement pour ce faire et le place au collège Sainte-Barbe. Jean y reste cinq ans, suit aussi les cours de théologie du collège de Sorbonne, étudie le grec et l'hébreu, fait de profondes études historiques et devient féru de paléographie, science relativement nouvelle et rare à l'époque. Il est reçu maître-ès-arts en 1704.
Son sérieux et sa brillante intelligence lui amènent des amis et protecteurs, dont Claude Chastelain, chanoine de Notre-Dame de grande érudition notamment en liturgie et musique sacrée. Plus tard, Lebeuf citera abondamment Chastelain, dans les meilleurs termes.
À 18 ans, en 1705, il s'est déjà fait un nom comme compositeur. Il est appelé au diocèse de Lisieux, où il reste une année entière pour y introduire dans le chant ecclésiastique les mêmes réformes faites par Chastelain à Paris ; vaste travail qu'il ne termine qu'après son retour à Auxerre, et qui est approuvé et prescrit pour usage dans le diocèse par l'évêque de Lisieux le 11 septembre 1711. Il profite de son séjour dans cette région proche du Bessin pour aller en 1707 consulter sur place les documents relatifs aux premiers évêques de Bayeux, notamment sur saint Regnobert qui a donné son nom à la paroisse où Lebeuf a grandi.
Le 16 mars 1709, Lebeuf reçoit à Auxerre les quatre ordres mineurs. Il est ordonné sous-diacre, le 21 septembre de cette année, diacre, le 15 avril 1710 et prêtre, le 21 mars 1711.
En 1711, il en arrive presque à faire un procès à son évêque Charles de Caylus pour un canonicat et prébende associée, qu'il revendique à la suite du décès de Laurent le Seure et auquel son grade lui donne droit. Mais Caylus veut attribuer canonicat et prébende à un brevetaire. Lebeuf doit se pourvoir auprès de l'archevêque de Sens (Hardouin Fortin de la Hoguette), qui lui accorde ses provisions le 11 août. Sur le point d'entrer en instance au conseil, un autre canonicat se présente ; Lebeuf le demande et l'évêque admet sa réquisition, Caylus n'ayant pas agi contre Lebeuf mais seulement en faveur de son propre protégé. Le 12 janvier 1712 Lebeuf reçoit sa provision des mains de son évêque, qui le nomme sous-chantre de la cathédrale Saint-Étienne le 29 septembre 1712 - lui donnant ainsi la direction du chœur de l'église sous l'autorité du chantre.
Son avenir matériel ainsi assuré, Lebeuf peut se consacrer aux études historiques. Il s'attache d'abord à éclairer les antiquités de son pays et fait paraître en 1716 la Vie de Saint Pèlerin, premier évêque d'Auxerre.
En 1720, il présente à Law, marquis de Toucy et contrôleur des finances, un manuscrit sur l'Histoire de la ville de Touci.
Il publie en 1722 l'Histoire de la vie de Saint Vigile, évêque d'Auxerre. L'année suivante paraît son Histoire de la prise d'Auxerre par les huguenots, sur le titre de laquelle il ne juge pas à propos de mettre son nom. Ces travaux ne sont qu'une préparation à l'Histoire ecclésiastique et civile d'Auxerre qu'il publie vingt ans plus tard.
Il visite les grottes d'Arcy-sur-Cure le 29 octobre 1728.
Lebeuf traite de préférence les questions qui touchent aux antiquités de sa patrie, mais il aborde aussi bien d'autres sujets. Il se fait connaître du monde érudit dans les concours ouverts par l'Académie de Soissons et par l'Académie des inscriptions et belles-lettres. En 1734, il est couronné par la seconde de ces académies, pour son Discours sur l'état des sciences dans l'étendue de la monarchie française, depuis la mort de Charlemagne jusqu'à celle de Robert ; une dissertation qui paraît d'abord dans le Mercure de France de juin et juillet 1734 et est réimprimée dans l'ouvrage de Lebeuf intitulé Recueil de divers écrits pour servir d'éclaircissements à l'histoire de France et de supplément à la notice des Gaules. Ce recueil rassemble plusieurs mémoires qui ont paru séparément.
En 1735, il obtient une couronne à l'académie de Soissons pour une Dissertation sur l'état des anciens habitants du Soissonnais avant la conquête des Gaules. Lebeuf y émet une opinion nouvelle sur la position de la ville de Noviodunum mentionnée par César. Il s'ensuit, entre lui et le bénédictin Toussaint Duplessis, une discussion scientifique qui est consignée dans le Mercure. La réplique de Lebeuf paraît en 1736.
L'année suivante, la même Académie de Soissons lui donne le prix pour un mémoire traitant de l'époque de l'établissement de la religion chrétienne dans le Soissonnais et de ses progrès jusqu'à la fin du IVe siècle. Ce mémoire est imprimé avec ceux de Duperret et Rochefort sur la même question. Deux autres dissertations, l'une sur l'origine de l'église de Soissons, l'autre sur plusieurs circonstances du règne de Clovis et en particulier sur l'Antiquité des monnaies de nos rois et de celles qui portent le nom de Soissons (Paris, 1738, in-12), sont également couronnées par l'académie de cette ville.
En 1740, Lebeuf reçoit de nouveau le prix de l'académie de Soissons pour sa Dissertation dans laquelle on recherche depuis quel temps le nom de France a été en usage ; et en 1741 le prix de l'Académie des inscriptions et belles-lettres pour une Dissertation sur l'état des sciences en France, depuis la mort du roy Robert jusqu'à celle de Philippe le Bel, imprimée depuis au tome 14 des Mémoires de cette académie et qui lui vaut son entrée dans cette institution. Il est élu en 1740, à la place de Lancelot. Lebeuf devient dès lors un des membres les plus actifs de l'Académie, dont le recueil renferme quarante-six de ses dissertations.
Géographie de la Gaule et de la France au Moyen Âge, archéologie gallo-romaine, numismatique, histoire de nos rois, histoire de nos villes, diplomatie, histoire littéraire, critique des sources, hagiographie, histoire des mœurs et coutumes des Français, Lebeuf embrasse de très nombreux sujets qu'il traite avec une égale érudition, un grand sens et une bonne compréhension du sujet. Il s'attache plus généralement aux détails et on ne trouve pas en lui une grande hauteur d'aperçus, mais il saisit habilement et expose avec clarté la marche des événements. On peut le considérer comme un des fondateurs de l'étude et de la géographie nationale aux époques mérovingienne et carolingienne.
Toutefois, entraîné par une imagination pleine de ressources, il se laisse en certains cas aller au désir de proposer des attributions nouvelles, et plusieurs de ses opinions géographiques ne reçoivent pas la sanction de la critique. Pour connaître Lebeuf tout entier, il faut joindre ses Dissertations pour servir à l'histoire de France aux mémoires qu'il a publiés dans le recueil de l'Académie des inscriptions.