Jean Le Cour-Grandmaison, né le 15 mars 1883 à Nantes et mort le 17 janvier 1974 à l'abbaye de Kergonan à Plouharnel, est un officier de marine, journaliste et homme politique français.
Fils de Charles Le Cour-Grandmaison et de Louise François Saint-Maur, parlementaire de la Loire-Inférieure, et gendre de l'amiral Charles de Marliave, Jean Le Cour-Grandmaison fait ses études chez les Frères de la doctrine chrétienne, puis entre au collège Stanislas, avant d’intégrer l'École navale en 1900.
En 1904, il est affecté au croiseur-cuirassé Gueydon sur lequel il assiste au siège de Port-Arthur, une des batailles de la guerre russo-japonaise. En août 1907, en tant qu'officier canonnier du croiseur Forbin (en), il participe aux opérations de pacification de la région de Chaouia en 1907, pendant la campagne du Maroc, en débarquant des troupes françaises.
Affecté en août 1914 sur le croiseur-cuirassier Condé à Veracruz, il contribue à protéger les intérêts de la France pendant la révolution mexicaine. Lorsque la Grande Guerre éclate, son bâtiment est intégré à la division navale britannique de la mer des Antilles et participe à la destruction de navires corsaires allemands et de leurs ravitailleurs.
Il rejoint le front en 1915 dans le régiment de canonniers-marins qui opère les pièces de marine à longue portée. À partir de 1916, il commande la 1re batterie mobile et participe aux grandes offensives de Verdun, de Belgique, du Chemin des Dames et de Lorraine. Une fois l'armistice de 1918 signé, il est placé à la tête d'une section de la Flottille du Rhin commandée par François Darlan.
Ayant obtenu pour sa conduite pendant la guerre trois citations, la croix de guerre 1914-1918, et la Légion d'honneur, il donne sa démission en 1919 pour se consacrer à la vie politique.
Au cours de ses mandats successifs, il s'oppose au socialisme et au radicalisme qu'il juge d'une part contraires à l'intérêt national et d'autre part les ennemis les plus acharnés de la religion catholique.
Du fait de son passé de marin, il travaille aux questions navales et à la politique étrangère en siégeant à la commission de la marine militaire (de 1919 à 1940) et à la commission des affaires étrangères (de 1919 à 1936), en étant rapporteur de nombreux projets de loi sur l'organisation des équipages de la flotte et celle du corps des officiers de marine et en intervenant avec régularité dans les débats qui impliquent les intérêts extérieurs de la France.
Pour autant, il ne se limite pas à ces questions et se consacre également au reste du spectre politique dans ses discours, ses rapports et ses propositions de loi. Ainsi, son premier mandat est aussi l'occasion pour lui d'être membre de la commission de l'Alsace-Lorraine et de la commission des comptes définitifs. Enfin, il traite de questions relatives à la fiscalité et aux finances de l’État.
XIIe législature : Fermeté vis-à-vis de l'Allemagne
Il est élu au premier tour aux élections de 1919, sur la liste d'union nationale catholique du marquis de Dion, dans la 2e circonscription de la Loire-Inférieure. Le Cour-Grandmaison siège à droite à la Chambre et s'inscrit au groupe des Indépendants de droite, dominé par les sympathisants de l'Action française.
Le 1er avril 1922, lui et ses collègues Charles Ruellan, Eugène Magne, Henri de La Ferronnays, Pierre Jurie-Joly et Jean Ybarnégaray empêchent Aristide Briand de justifier à la tribune la politique étrangère de son gouvernement (tombé en janvier 1922 du fait de la motion de Léon Daudet) par leurs interruptions constantes. En effet, ils considèrent que Briand a fait preuve de pusillanimité dans la négociation des indemnités de guerre allemandes en refusant d'aller contre l'avis du cabinet britannique.
En juin 1923, il soutient l'occupation de la Ruhr décidée par Raymond Poincaré. Tout en qualifiant ce dernier de « bon Français qui a planté dans la Ruhr le drapeau de la France », il précise n'apporter cet appui au gouvernement « sans rien renier ses convictions politiques et religieuses et, en particulier, sans souscrire aux lois laïques » que Poincaré et l'Alliance démocratique avaient soutenues.
XIIIe législature : opposition à la politique antireligieuse du Cartel
Aux élections générales de 1924, il est réélu au premier tour dans la même circonscription, après s'être porté à nouveau candidat sur la liste d'union nationale catholique. Il siège parmi les non-inscrits, le groupe des Indépendants de droite n'ayant pas été reconduit.
Cette législature étant marquée par l'opposition des catholique contre la politique anticléricale de la majorité du cartel des gauches, Jean Le Cour-Grandmaison se fait très vite remarquer comme un des chefs des protestataires. En effet, il prend régulièrement la parole lors des manifestations de la Fédération nationale catholique qui secouent la société française entre 1924 et 1927 ; ainsi, le 1er mars 1925 à Nantes où il prononce devant une foule de 80 000 personnes un discours pour dénoncer la déchristianisation de la France, prélude, selon lui, à des effondrements sociaux majeurs.
À la Chambre, il profite régulièrement des interpellations au gouvernement pour dénoncer la laïcisation de la société française :
En 1924, l’arrestation d'agitateurs communistes à Bobigny lui donne l'occasion de critiquer le gouvernement Herriot et sa politique de « juste milieu » digne d'un « révolutionnaire conservateur », coupable « de vouloir substituer un idéal nouveau - l'idéal laïque - à l'antique idéal chrétien qui avait fait jusqu'à nos jours la base même de l'organisation des sociétés ».