Ce Jour-là

Jean Lèques

Homme politique de Nouvelle-Calédonie

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Jean Lèques, né le 31 août 1931 à Nouméa (Nouvelle-Calédonie) et mort le 1er juin 2022 dans la même ville, est un homme politique français, notamment maire de Nouméa (1986-2014) et premier président du Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie (1999-2001), organe issu de l'accord de Nouméa de 1998.

Jeunesse et carrière professionnelle

Jean Georges Lèques est né à la Vallée-du-Tir à Nouméa au sein d'une vieille famille calédonienne, présente sur le Territoire et dans le chef-lieu depuis 1859. Son grand-père Louis Lèques (1847-1927), joaillier d'origine sétoise et corse arrivé à Nouméa le 1er octobre 1868 à l'instigation de son frère aîné François qui lui-même était dans la colonie depuis 1859, fut conseiller municipal et adjoint au maire de Nouméa pendant 13 ans. Son père Georges Lèques (1890-1983) fut un horloger et un vétéran de la Grande Guerre, titulaire pour cela du Mérite combattant, chevalier de l'Ordre national du Mérite et de la Légion d'honneur, et dont le nom fut donné à une rue du quartier de Tina au nord-est de Nouméa en 1984. Sa mère, Marguerite « Maggy » Unger (1892-1957), était la fille d'Édouard « Teddy » Unger (1860-1932), colon-éleveur d'origine anglaise natif d'Australie arrivé en Nouvelle-Calédonie en 1870 et installé à Pouembout, et d'Émilia née Metzger (1864-1913), native de Païta et fille d'un colon wurtembergeois.

Après avoir suivi sa scolarité aux écoles primaires publiques successives Suzanne-Russier, des « dames de Laubarède » (du nom de la directrice et de l'institutrice, par ailleurs mère et fille) de la Vallée-du-Tir puis Frédéric-Surleau, et enfin au collège Lapérouse, il part en Métropole où il suit des études de droit à Grenoble et ouvre à Nouméa une étude de notaire en 1965 avec son épouse Évelyne. Une fois à la retraite, leur étude a été reprise par leur fille aînée Jacqueline Calvet-Lèques.

Jean Lèques a épousé le 14 août 1954 à la mairie de Grenoble, où ils font tous deux leurs études en droit, Évelyne Lacheret, fille du pasteur protestant Marc Lacheret (1909-1993), chef des missions néo-calédoniennes de la Société des missions évangéliques de Paris (SMEP) à Nouméa jusqu'en 1956 puis responsable de la paroisse Béthanie à Lifou, et l'un des artisans de la création de l'Association des indigènes calédoniens et loyaltiens français (AICLF, mouvement politique d'inspiration protestante créé en 1947 pour promouvoir les intérêts des Kanak), de l'Union calédonienne (UC, parti politique autonomiste créé en 1953) et de l'Église évangélique en Nouvelle-Calédonie et aux îles Loyauté (EENCIL). Le couple Lèques s'est rencontré durant leurs années au Collège Lapérouse, va gérer ensemble leur étude notariale à Nouméa et va avoir quatre enfants, deux filles et deux fils :

Jacqueline Calvet-Lèques (née en 1957), qui a repris l'étude de ses parents après leur départ à la retraite. Diplômée de l'université Montpellier 1, employée à l'étude Lèques à partir de 1982, elle prête serment en 1990. Elle a épousé le docteur Jacky Calvet, médecin généraliste à la retraite.

Brigitte Lèques (née en 1959), docteure en médecine de la faculté de Paris en 1988 avec une thèse sur la « Contribution à l'étude de la polyarthrite épidémique (Virus Ross River) dans les Territoires français du Sud-Ouest Pacifique ». Elle exerce au sein du Centre de conseil familial (CCF) de la Province Sud (chargé des consultations de contraception, de l'accueil de patientes en vue d’une IVG, des consultations psychologiques autour des problématiques conjugales et familiales hors violence, de l'information sur le droit de la famille et la constitution des dossiers d’aide judiciaire ou de demande de garde d’enfant, par exemple, et de l'organisation d'informations collectives et d’ateliers sur les thèmes de la planification familiale) depuis sa création en 1992, ainsi qu'une militante de la légalisation de l'interruption volontaire de grosse en Nouvelle-Calédonie en 2000.

Pierre-Henri Lèques (né en 1962), chef d'exploitation et d'élevage porcin (la SCIATA) et propriétaire de chevaux, il est président de l'Unité néo-Calédonienne de sélection et de promotion des races Équines et Asines (UPRA Équine, association des éleveurs et propriétaires de chevaux créée en 1998), il a autrefois dirigée l'UPRA Porcine et l'UPRA Calédonie Sélection (qui regroupe toutes les UPRA).

Jacques-Olivier Lèques (né en 1969), opticien-lunetier.

Évelyne Lèques a également eu une carrière politique, sous les couleurs de Calédonie ensemble, un parti non-indépendantiste opposé au Rassemblement, en étant élue au Congrès et à l'Assemblée de la Province Sud de 2009 à 2014.

Figure de la démocratie chrétienne en Nouvelle-Calédonie

Jean Lèques rentre très tôt en politique. Fervent catholique, il appartient à la famille politique démocrate chrétienne dont il défend le programme social, le soutien à l'enseignement privé et le fédéralisme européen. Il va militer, en plus de ses étiquettes politiques locales, dans la plupart des partis nationaux représentant cette tendance. Il adhère d'abord, en 1955 lorsqu'il est encore étudiant à Grenoble en Métropole, au Mouvement républicain populaire (MRP), devenu le Centre démocrate (CD) en 1966, le Centre des démocrates sociaux (CDS) en 1976 et enfin Force démocrate (FD) en 1995. Par la suite, il va être membre d'organisations plus larges du centre-droit français : la Nouvelle-UDF de 1995 à 2002, l'Union pour un mouvement populaire (UMP) de 2002 à 2015 et Les Républicains après 2015. Il se déclare proche de Robert Buron, Jacques Barrot, Pierre Pflimlin et Alexis Méhaignerie, et un admirateur de Robert Schuman, Georges Bidault, l'italien Giorgio La Pira ou l'américain Adlai Stevenson. Il se dit également gaulliste, tout en rejetant la vision européenne de Charles de Gaulle.

De militant de l'Union calédonienne à l'anti-indépendantisme

Mais il entame sa participation active à la politique locale en 1965 en intégrant avec son épouse Évelyne le parti à vocation multiculturelle et autonomiste qui domine la vie politique à l'époque : l'Union calédonienne (UC), se disant tout particulièrement attiré par le programme social de ce mouvement. Il se fait élire sous cette étiquette pour la première fois au conseil municipal de Nouméa en 1965 puis à l'Assemblée territoriale en 1967. Il présidera cette assemblée de 1970 à 1972.

Néanmoins, opposé à l'hégémonie exercée par l'ancien député Maurice Lenormand sur ce parti et à son choix de défendre une « autonomie interne » qui ressemble trop selon lui à un projet d'indépendance, il fonde en 1971 sa propre formation avec d'autres Néo-calédoniens d'origine européenne, ou « Caldoches », de l'UC (Georges Nagle, Max Frouin, Claude Parazols, Armand Ohlen) : le Mouvement libéral calédonien (MLC). Très critique envers l'Union calédonienne dont il dénonce notamment l'évolution vers les idées indépendantistes, il continue néanmoins à défendre une plus grande autonomie pour le Territoire en réclamant entre autres l'abrogation des lois Billotte qui ont placé depuis 1969 l'ensemble des activités économiques calédoniennes, et notamment le secteur du nickel, sous le contrôle direct de l'État. Jean Lèques est candidat aux élections législatives de 1973, sous l'étiquette du « Front contre l'autonomie » réunissant l'opposition à la droite de l'UC (le MLC, l'EDS du sénateur RI Henri Lafleur et du maire de Nouméa Roger Laroque et l'UD gaulliste de Georges Chatenay). Arrivé en tête au premier tour (avec 16 040 voix contre 15 297 à Rock Pidjot), il se qualifie pour le second tour, mais perd alors avec 48,13 % des suffrages contre 51,87 % au député UC sortant Rock Pidjot.

Il continue à mener le MLC jusqu'en 1978, date à laquelle son parti s'est fondu dans le nouveau Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR) de Jacques Lafleur, mouvement réunissant alors toutes les forces anti-indépendantistes. Lors des élections législatives de 1981, Jean Lèques est choisi par le nouveau député Lafleur pour devenir son suppléant (il le restera jusqu'en 1982). Il est également le suppléant des deux sénateurs successifs entre 1983 et 2011, Dick Ukeiwé (de 1983 à 1992) puis Simon Loueckhote (de 1992 à 2011). Sans cesse réélu à l'Assemblée territoriale puis au Congrès de 1967 à 2009, il est de nouveau président de l'assemblée délibérante du Territoire de 1980 à 1981, de 1982 à 1983 et de 1984 à 1985. Il est également pendant un temps président de la Région Sud du statut Fabius-Pisani de 1985 à 1986 et donc de ce fait membre du Conseil exécutif.

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