Jean Ier, dit « le Posthume », roi de France et de Navarre, est le fils posthume de Louis X le Hutin et de Clémence de Hongrie. Né le 14 ou le 15 novembre 1316, il ne vit que cinq jours et règne sous la régence de son oncle paternel Philippe de Poitiers. Il est le treizième et le dernier roi de la dynastie dite des Capétiens directs à avoir hérité du titre de roi par son père.
Quand Louis X le Hutin, son père, meurt sans fils pour lui succéder, c'est la première fois depuis Hugues Capet que la succession de père en fils des rois de France est interrompue.
Le principe de la loi salique n’était pas encore établi (puisque le cas ne s'était jamais posé) et la fille du roi, Jeanne, née de son mariage avec sa première épouse Marguerite de Bourgogne, pourrait être proclamée reine. Mais la reine Clémence, veuve du roi, est alors enceinte : si elle accouche d’un garçon, celui-ci aura alors la préséance sur sa demi-sœur.
Dans l'attente de cette naissance, Philippe, frère du roi, est chargé de la régence des deux royaumes de France et de Navarre, au détriment de son oncle Charles de Valois.
La venue d'un enfant mâle est donc très attendue pour donner à la France son roi.
C'est un garçon qui naît. Ce nourrisson, proclamé roi de France et de Navarre sous le nom de Jean Ier, meurt cinq jours après sa naissance, sort qui fait de lui « le seul roi de France à avoir régné de sa naissance à sa mort ». La mort prématurée de Jean Ier amène la première difficulté de succession de la dynastie capétienne. Son oncle, après l'avoir fait sacrer roi au cours de la cérémonie d'enterrement à Saint-Denis, monte sur le trône, aux dépens de sa nièce de cinq ans, Jeanne, fille de Louis X et de Marguerite de Bourgogne.
Son corps est déposé dans la crypte de la basilique Saint-Denis. Son cercueil est profané le 18 octobre 1793, lors de la Révolution française et ses restes sont jetés dans une fosse commune attenante à la basilique.
Diverses légendes circulent à propos de cet enfant royal. Tout d'abord, la rumeur veut que son oncle Philippe V, ou la belle-mère de ce dernier, Mahaut d'Artois, l'ait fait tuer, en l'étouffant ou en lui piquant la tête avec une épingle. D'autres allégations attribuent à un empoisonnement la mort du roi Louis X, père de l'enfant.
Une imposture, survenue quelques dizaines d'années plus tard, vient lancer la rumeur que le petit roi Jean n'est pas mort. Pendant la captivité du roi Jean II le Bon, entre 1356 et 1360, un Siennois du nom de Giannino Baglioni prétend être Jean Ier et donc l'héritier de la couronne. Il essaie de faire valoir ses droits et est fait prisonnier en Provence. Une étude historique, L'uomo che si credeva re di Francia, publiée en Italie en 2005, fait le point sur ce fait. Selon l'auteur de l'ouvrage, c'est Cola di Rienzo ou bien Giannino lui-même, qui fait fabriquer les faux censés attester que Giannino Baglioni est Jean Ier le Posthume. Peu après leur rencontre en 1354, Cola di Rienzo est assassiné, et Giannino attend deux ans avant de faire état de ses prétentions. Il se rend à la cour de Hongrie, où le roi Louis Ier de Hongrie, neveu de Clémence de Hongrie, le reconnait comme le fils de Louis X et de Clémence, ce qui, d'ailleurs, ne lui sert en rien. En 1360, Giannino se rend à Avignon, où le pape Innocent VI refuse de le recevoir. Après plusieurs tentatives pour se faire reconnaître, il est arrêté et emprisonné à Aix-en-Provence. Transféré d'abord à Marseille et plus tard à Naples, il y meurt en 1362.
Dans sa suite romanesque historique Les Rois maudits, Maurice Druon reprend certaines de ces légendes, en construisant notamment son récit autour de l'hypothèse de la survie de Jean Ier, supposément sauvé et élevé en Italie sous le nom de Giannino Baglioni.
Christelle Balouzat-Loubet, Louis X, Philippe V, Charles IV. Les derniers Capétiens, Paris, éditions Passés/Composés, 2019 (ISBN 978-2-3793-3161-9)
(it) Tommaso di Carpegna Falconieri, L'uomo che si credeva re di Francia : una storia medievale, Roma-Bari, Laterza, coll. « I Robinson. Letture », 2005, VII-286 p. (ISBN 88-420-7619-8)
Charles-Victor Langlois, Saint Louis, Philippe le Bel, les derniers Capétiens directs (1226-1338), t. III, 2e partie, Paris, Librairie Hachette, coll. « Histoire de France depuis les origines jusqu'à la Révolution », 1901, 434 p. (lire en ligne)
Gilles Lecuppre, L'imposture politique au Moyen Âge : la seconde vie des rois, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Le nœud gordien », 2005, 405 p. (présentation en ligne).
Éric Le Nabour (préf. Colette Beaune), Les Rois maudits, l'enquête historique, Paris, Perrin, 2005, 296 p. (ISBN 2-262-02396-4, présentation en ligne).
Louis Monmerqué, Dissertation historique sur Jean Ier, roi de France et de Navarre ; suivie d'une Charte par laquelle Nicolas de Rienzi reconnaît Giannino, fils supposé de Guccius, comme roi de France, et d'autres documents relatifs à ce fait singulier, Paris, Tabary, bouquiniste éditeur, 1844, 97-32 p., in-4° (BNF 39363807, présentation en ligne, lire en ligne).
François Menant, Hervé Martin, Bernard Merdrignac et Monique Chauvin, Les Capétiens : histoire et dictionnaire, 987-1328, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1999, LXXIX-1220 p. (ISBN 2-221-05687-6).
Ressource relative aux beaux-arts : Biblissima