Jean Ier de Warneton, dit Bienheureux ou encore Saint Jean de Warneton est un évêque flamand de l'ancien évêché de Thérouanne. Né en 1065 à Warneton ou Bas-Warneton et mort le 27 janvier 1130 à Thérouanne, il sera élu par le clergé en 1099 et confirmé par le pape Urbain II, peu avant sa mort. Il participe activement à la diffusion de la réforme grégorienne.
Sa vie a été écrite neuf mois après sa mort par Gautier de Thérouanne (paternité confondue avec Jean de Colmieu), on retrouve ce texte dans le recueil des Bollandistes.
Né vers 1065 à Warneton et fils de Guillaume et Phagala (nom controversé), il commence sa formation auprès de Lambert d'Utrecht puis auprès d'Yves de Chartres vers 1078-1083, ardent partisan de la réforme grégorienne. S'il commence sa carrière ecclésiastique comme chanoine séculier à la collégiale Saint-Pierre de Lille, il ressent très vite le besoin d'adopter un mode de vie plus austère afin de se rapprocher de Dieu. C'est pourquoi il devient chanoine régulier au mont Saint-Éloi qui est placé sous la règle de Saint Augustin depuis sa reconstruction.
Très vite, Jean fait la connaissance de l'évêque d'Arras, Lambert de Guînes, un grand réformateur, qu'il accompagnera au Concile de Clermont (1095). Lambert fait de lui son archidiacre en 1096. C'est grâce à l'exercice de cette fonction qu'il apprend pendant trois ans à remédier à la "peste simoniaque". Après avoir été ordonné prêtre le 4 juin 1099, il accède à l'évêché de Thérouanne en 1099. Élu par les abbés et ecclésiastes, le pape Urbain II confirmera lors d'un concile. Le 17 juillet 1099, il est sacré évêque par l'archevêque Manassès à Reims.
Les évêques de Thérouanne se sont succédé rapidement au XIe siècle, depuis le décès de Drogon en 1078. Hubert, candidat du comte, se retira comme moine après trois ans d'autorité chancelante et d'atrocités. Son successeur, Lambert, ne tint que deux ans. Enfin, Gérard, le prédécesseur de Jean et archidiacre de Cambrai, occupa le siège durant quinze ans avant d'être victime de la calomnie. Accusé de simonie (achat ou vente d'offices ou de services ecclésiastiques), il fut relevé de ses fonctions par le pape Urbain II. Lors des élections, le clergé de Thérouanne préféra Otbert, chanoine d'Amiens et de Thérouanne, mais les abbés proches de Lambert de Saint-Bertin (en) soumirent Jean comme candidat. Les partis consultèrent le pape Urbain II qui confirma la nomination de ce dernier.
Il est à noter que Jean de Warneton prenait soin de préserver des relations avec des gens influents. Le bienheureux Simon de Saint-Bertin précisait qu'il parlait remarquablement le latin, le roman et le thiois. Dès sa nomination, il mit sur pied une équipe de collaborateurs issus de couvents réformés afin de le soutenir dans ses objectifs. Les textes mentionnent 11 noms en particulier dont Hugues III d'Amiens qui deviendra par la suite archevêque ou encore Godrefroi, évêque d'Amiens. Il assistera à la consécration de ce dernier en 1104.
Ses activités démontrent qu'il continuera de tisser son réseau de relations pour mener à bien les missions de réformes. En 1107, il confie à saint Hugues, abbé de Cluny, la réforme de l'abbaye Saint-Wulmer de Samer. En 1112, il assiste au décès de son ami et évêque de Noyon, Baldéric (Cambrai).
En réformant les abbayes bénédictines de son diocèse, il noua des relations avec la comtesse Clémence de Bourgogne et Anselme de Cantorbéry, un proche de son ami Lambert de Saint-Bertin. Toutefois, l'influence politique de Jean diminua progressivement après 1120 car la plupart de ses relations étaient décédées. L'un des derniers actes de sa vie d'évêque sera d'intervenir dans un litige entre les chanoines de l'église Saint-Pierre de Lille et Guillaume Cliton. Nommé arbitre, il prononcera la sentence en 1128.
En 1105, il souscrit à une donation relative à l'église d'Eversham[Quoi ?] à Furnes, et, l'an d'après, consacre l'église d'Arrouaise.
En 1114, il fonde un prieuré de Bertin de Sithiu à Bas-Warneton, à proximité de l'église Saint-Martin.
En 1120, il fonde l'Abbaye de Saint-Nicolas de Furnes.
En 1120, il assiste au concile de Beauvais, établit des chanoines réguliers à l'Abbaye Saint-Jean-Baptiste de Chocques.
En 1122, il accorde des privilèges à l'abbaye d'Andres, fondée en 1084. Il érige en abbaye des Dunes le monastère de Furnes.
Statut de Saint et nom controversé
Son titre de Saint est sujet à caution selon les règles canoniques de l'Église car la sainteté se devait à l'époque par la vox populi. La controverse porte également sur son nom de famille car il pourrait être fils de Guillaume de Comines. Dans la biographie de Gautier de Thérouanne, il est fait éloge de Guillaume de Comines et Phagala qui donnèrent naissance à un fils, nommé Jean, en 1050 sans établir de lien spécifique avec Jean de Warneton. Dans un article sur les origines de Jean, l'historien Francis De Simpel s'exprime en ces mots sur cette hypothèse : Du vivant de Jean, aucun document n'indique ni son nom de famille, ni son lieu de naissance. Il est toujours dénommé Jean, évêque de Thérouanne, de la Morinie ou des Morins. (...) Ce n'est qu'au XVIIe siècle que l'on voit apparaître cette dénomination de Jean de Warneton et même de Comines, selon Sanderus. (...) Les auteurs du XVIIe siècle ne nous donnent pas leurs sources.Certains auteurs indiquent également que Guillaume de Comines serait le premier seigneur de Warneton, cependant aucune preuve n'est apporté à cela. Il est probable qu'il possède divers fiefs dans la chatellenie de Warneton, mais il est toutefois incertain qu'il soit seigneur de Warneton. Cette affirmation provient de sources faiblement fiables.
Évêque de Thérouanne, il prend possession d'un évêché qui a subi pendant des années les conséquences de la présence d'évêques simoniaques manifestement plus attachés à leurs pouvoirs temporels qu'à leurs devoirs spirituels.
Pour remédier à cela, il va collaborer avec son ancien "maître", l'évêque d'Arras Lambert de Guînes mais également avec l'évêque d'Amiens. Ils sont tous les trois de grands réformateurs. C'est ainsi qu'il essaie de panser les maux de son évêché en mettant un terme à la mainmise des laïcs sur les collégiales parfois investies par des familles entières au lieu d'être le lieu de vie de chanoines séculiers.
Pour ce faire, il substitue les chanoines réguliers aux chanoines séculiers qui vivent selon une règle plus contraignante.