Jean de Luxembourg, dit l'Aveugle (10 août 1296 – tué à la bataille de Crécy le 26 août 1346), est roi de Bohême en 1310 par son premier mariage avec Élisabeth de Bohême, comte de Luxembourg en 1313, et roi titulaire de Pologne.
Devenu aveugle en 1340 à la suite d'une opération manquée aux yeux, il meurt au cours de la bataille de Crécy, relié sur son cheval par des chaînes à quatre de ses chevaliers, qui devaient le protéger et lui indiquer où frapper avec son épée. Jean l'Aveugle est considéré comme héros national au grand-duché de Luxembourg.
Jean est le fils unique d'Henri VII, comte de Luxembourg et empereur romain germanique, et de Marguerite de Brabant (1276–1311). Il a deux sœurs : Marie (1304–1324), mariée en 1322 à Charles IV, roi de France, et Béatrice (1305–1319), mariée en 1318 à Charles Robert, roi de Hongrie.
Entrés en conflit avec le roi Henri de Goritz, les États de Bohême et les abbés des principaux monastères cisterciens du royaume prennent contact avec Henri VII pour trouver une issue à cette situation. Ils conviennent d'établir un lien dynastique entre son fils Jean, âgé de 14 ans, et la Premyslide Élisabeth, âgée de 18 ans, et de faire élire le jeune Luxembourg comme roi par les barons, la noblesse et les bourgeois. L'abbé Conrad de Zbraslav obtient l'accord d'Élisabeth, Henri VII confirme de son côté leurs privilèges le 31 janvier 1310 et le 31 août de la même année à Spire, il couronne son fils roi de Bohême avant qu'il n'épouse Élisabeth sortie en secret de Bohême.
Lors du décès de son père en 1313, en raison des problèmes rencontrés par ce dernier avec le pape Clément V et de son jeune âge (17 ans), il ne peut participer à l'élection du roi des Romains débouchant sur l'accession au titre d'empereur romain germanique.
À demi français par son éducation (il descend de Louis VI roi de France et de Louis VII et d'Aliénor d'Aquitaine), Jean de Luxembourg, qui ne manifeste pas d'appétence particulière pour son royaume de Bohême, est mêlé aux luttes pour l'Empire entre les Habsbourg et les Wittelsbach, prenant parti pour les seconds. En butte à l'hostilité de la noblesse tchèque, il lui abandonne l'administration du pays et passe sa vie à parcourir l'Europe, se rendant au Luxembourg et à la cour de France.
Il court sur tous les champs de bataille de l'Europe. On le trouve contribuant à la victoire de Louis de Bavière à Mühldorf en 1322, puis aux côtés du roi de France contre les Flamands en 1328. L'année suivante, il porte secours aux chevaliers teutoniques.
Pensionné de la cour de France
Depuis saint Louis, la modernisation du système juridique attire dans la sphère culturelle française de nombreuses régions limitrophes. En particulier en terres d'Empire, les villes du Dauphiné ou du comté de Bourgogne (future Franche-Comté) recourent depuis saint Louis à la justice royale pour régler des litiges. Le roi envoie par exemple le bailli de Mâcon, qui intervient à Lyon pour régler certains différends, ou comme le sénéchal de Beaucaire qui intervient à Viviers ou à Valence. Ainsi, la cour du roi Philippe VI est largement cosmopolite : beaucoup de seigneurs, tel le Raoul II de Brienne, connétable de Brienne, ont des possessions à cheval sur plusieurs royaumes. Les rois de France élargissent l'influence culturelle du Royaume en attirant à leur cour la noblesse de ces régions en lui allouant des rentes et en se livrant à une habile politique matrimoniale. Ainsi, les comtes de Savoie prêtent hommage au roi de France contre l'octroi de pensions et le comte de Bar, ex-allié du roi d'Angleterre contre la France, prête hommage au roi de France depuis 1301 pour ses possessions de la rive gauche de la Meuse. Jean de Luxembourg a de nombreux et coûteux projets politiques, comme celui d'une nouvelle croisade en Terre Sainte, celui d'une collaboration avec les chevaliers teutoniques pour convertir la Lituanie au catholicisme, ou encore son élection comme roi de Pologne. Ces velléités politiques, dont peu aboutissent, coûtent des sommes importantes, et la prodigalité du roi-comte se traduit par un endettement croissant qui l'amène parfois à aliéner des revenus. Il entre parfaitement dans les projets d'expansion vers l'est du royaume de France aux dépens du Saint-Empire, lequel est au plus bas de sa puissance politique, et tout est fait de la part du monarque français pour le fidéliser. Jean est donc un habitué de la cour de Philippe VI, tout comme son fils Venceslas, futur empereur sous le nom de Charles IV. Il peut donc compter sur le soutien politique et financier du roi de France. La présence de ce roi-chevalier contribue au grand prestige et à l'aura de la cour royale française. En 1322, à la suite du mariage de sa sœur Marie de Luxembourg (1305-1324) avec Charles IV le Bel, il devient beau-frère du roi de France. Entre 1324 et 1326, il prend part à la guerre des quatre seigneurs contre la ville de Metz. Aussi, Philippe VI tient à ce que Jean Ier assiste à la prestation d'hommage rendue solennellement par Édouard III d'Angleterre pour le duché d'Aquitaine, à Amiens, le 6 juin 1329.
En 1330, le conflit entre le pape Jean XXII et l'empereur Louis IV tourne à l'avantage du premier. Louis IV, excommunié, tente de nommer un antipape mais, se retrouvant discrédité, est obligé de quitter l'Italie où il n'a plus de soutien. Jean XXII souhaite profiter de l'affaiblissement de l'empereur et de la dissolution de la ligue gibeline, qui n'a plus de chef, ni de raison d'être, pour prendre le contrôle de toute l'Italie. Jean de Luxembourg a des vues sur la Lombardie. L'Italie du Nord est en proie à de nombreux conflits. La ville de Brescia est l'objet de l'un d'eux. Cette ville guelfe, assiégée par les gibelins favorables à l'empereur Louis IV, fait appel à Jean de Bohême. Il y répond en décembre 1330 et, les ayant libérés, il est accueilli par les Brescians, qui lui donnent la souveraineté de la ville. Continuant sa lutte contre les gibelins, il met la main en 1331 sur plusieurs villes dont Bergame, Pavie, Verceil et Novare qui lui ouvrent leurs portes. Il continue son offensive et s'empare de villes aux confins des États pontificaux : Parme, Reggio et Modène. Il prend aussi Luques ce qui inquiète les Florentins. Des négociations s'engagent avec les autorités pontificales, et le 17 avril 1331 Jean de Luxembourg restitue Parme, Reggio et Modène, mais les récupère comme fiefs tenus du Saint-Siège. À ce moment, il semble possible de créer un royaume guelfe en Italie du Nord subordonné à l'autorité pontificale équivalent au royaume de Naples, pour l'Italie du Sud. Cela permettrait aussi de limiter les possibilités pour Robert d'Anjou, roi de Naples, de soumettre la papauté à un véritable protectorat. Louis IV, voyant que Jean de Luxembourg s'est entendu avec le pape, et qu'il devient trop puissant, soulève la Bohême contre lui. Mais Jean de Luxembourg recouvre rapidement son autorité et agrandit même ses États en Lusace et Moravie.
Il fréquente de longue date la cour de Philippe VI et il vient y chercher un soutien français dans les affaires lombardes. Il négocie à Fontainebleau un traité d'alliance, qui serait cimenté par le mariage d'une de ses filles avec le futur Jean le Bon, fils du roi Philippe VI. Les clauses militaires du traité de Fontainebleau stipulent qu'en cas de guerre, le roi de Bohême devra se joindre à l'armée du roi de France avec quatre cents hommes d'armes, si le conflit se déroule en Champagne ou dans l'Amiénois ; avec trois cents hommes, si le théâtre des opérations est plus éloigné. Les clauses politiques prévoient que la Couronne lombarde ne serait pas contestée au roi de Bohême, s'il parvient à la conquérir ; et que s'il peut disposer du royaume d'Arles, celui-ci reviendrait à la France. Enfin la ville de Lucques est cédée au roi de France. Mais Robert d'Anjou, roi de Naples et comte de Provence, ne peut qu'être hostile à ce projet, soutenu par le pape Jean XXII d'autant plus que les villes italiennes, ayant depuis longtemps gouté à leur indépendance, il n'est plus possible dans les faits de leur imposer leur soumission à un royaume guelfe, comme c'est le cas en Italie du Sud. Guelfes et gibelins s'allient et créent une ligue à Ferrare, qui met à mal les forces de Jean de Luxembourg et de Bertrand du Pouget. Brescia, Bergame, Modène et Pavie retombent à l'automne 1332 aux mains des Visconti. Jean de Luxembourg retourne en Bohême en 1333 et Bertrand du Pouget est chassé de Bologne par une insurrection en 1334.