Ce Jour-là

Jean III Doukas Vatatzès

Empereur de Nicée de 1221 à 1254

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Jean III Doukas Vatatzès (grec byzantin : Ιωάννης Γʹ Δούκας Βατάτζης), né à Didymotique en Thrace vers 1192, et mort le 3 novembre 1254 à Nymphaion) est un empereur byzantin en exil à Nicée ayant régné de 1222 à 1254.

En forçant les Latins à évacuer tous les territoires qu'ils possédaient encore en Asie mineure et en étendant le territoire de l'empire de Nicée en Europe, il prépara le terrain à la reprise de Constantinople et au rétablissement de l'Empire byzantin.

Souverain compétent, habile et énergique, il se préoccupa de justice sociale, développa l'économie locale, freinant ainsi la domination commerciale des puissances italiennes, et encouragea un renouveau des arts et des lettres. Avec sa femme Irène Lascarine, il fonda de nombreuses œuvres charitables qui lui valurent, peu après sa mort, d'être considéré comme un saint par les Grecs d'Asie mineure. Il fut enterré au monastère de Sosandra près de Nymphaion.

Jeunesse et accession au trône

Jean III Doukas Vatatzès naquit vers 1192 à Didymotique. Son père, Basile Vatatzès, exerçait la charge de domestique. Par sa mère, il était le petit-fils de Constantin Ange et de Theodora Comnène Angelina, fille d'Alexis Ier Comnène. Les Vatatzès appartenaient à la haute noblesse militaire de Thrace et certains des membres de la famille faisaient partie du Sénat. La famille était apparentée aux Comnène, aux Doukas, aux Ange et aux Lascaris. Après la conquête de Constantinople en 1204, Jean Doukas Vatatzès vint s'installer à Nymphaion, que Théodore Ier Lascaris avait choisi comme capitale de l'empire de Nicée. Grâce à l'un de ses oncles, prêtre au palais et conseiller de l'empereur, le jeune Jean fut pris au service de l'empereur. Ce dernier apprécia si bien le talent et le caractère moral du jeune homme qu'il lui octroya le titre de protovestiaire. En 1212, l'empereur lui fit épouser sa propre fille, Irène, et n'ayant pas d'héritier mâle, désigna Vatatzès comme son successeur.

À la mort de Théodore Ier en 1222, Jean Vatatzès fut couronné empereur, déclenchant ainsi une querelle de succession. Deux des quatre frères de Théodore Lascaris revendiquèrent le trône, estimant qu'ils avaient davantage de droits à la succession que le mari de la fille de l'empereur défunt. Ils se hâtèrent d'aller à Constantinople demander l'appui de l'empereur latin. Le jeune empereur Robert de Courtenay s'empressa de les obliger et lança une expédition qui fut anéantie par les forces de Jean Vatatzès à Poimanenon, l'endroit même où vingt-deux ans auparavant son beau-père avait été défait par les Latins. Les deux prétendants furent faits prisonniers et Vatatzès put s'installer fermement au pouvoir.

Jean III Doukas Vatatzès continua l'œuvre de son prédécesseur dont l'objectif premier était la reconquête de Constantinople et le rétablissement de l'Empire byzantin. Ses principaux rivaux dans la région étaient le despote d'Épire et le tsar de Bulgarie, lesquels voulaient également (re)conquérir Constantinople, l'empire latin de Constantinople, le sultanat de Roum et l'empire de Trébizonde.

Tel que mentionné, son accession au trône mit fin à la coopération avec l'Empire latin qui avait marqué les dernières années de Théodore Laskaris. En 1214, celui-ci avait signé un traité de paix à Nymphaeon avec l'Empire latin qui fixait les frontières entre les deux empires : les Latins gardaient l'angle nord-ouest de l'Asie mineure jusqu'à Adramyttion au sud, alors que l'empire de Nicée conservait le reste du pays jusqu'à la frontière seldjoukide. Les deux empires reconnaissaient ainsi leur droit mutuel à l’existence ; en 1219, Théodore Ier Lascaris avait scellé cette entente en épousant en troisièmes noces Marie de Courtenay, fille de Yolande de Hainaut, une nièce des deux premiers empereurs latins. La bataille de Poimanenon en 1225 obligea les Latins à abandonner les territoires qu'ils possédaient encore en Asie mineure, laissant l'empire de Nicée seul maître du territoire allant de la côte au nord et à l'ouest jusqu'à la frontière seldjoukide au sud et à l'empire de Trébizonde à l’est.

Dès son avènement, Vatatzès s'employa à constituer une flotte impressionnante qui, à partir de sa base dans l'Hellespont, put capturer les îles de Lesbos, Chios, Samos et Ikaria ; plus tard, en 1232-1233, Vatatzès réussit également à obliger Léon Gabalas, gouverneur de Rhodes, alors indépendante, à reconnaître les droits de l'empereur sur l'île. Après la bataille de Poimanenon, l'empereur, qui avait établi son camp à Lampsaque près des Dardanelles afin de reconnaître le théâtre des opérations, décida de tourner son attention vers l'Europe. Ses troupes s'emparèrent de différentes villes côtières et entrèrent à Andrinople à la demande de ses habitants. Toutefois, les forces de Théodore Ier Ange Doukas Comnène, qui, non content de ne pas reconnaître la légitimité des prétentions de l'empire de Nicée, s'était lui-même fait couronner empereur par l'archevêque d'Ohrid à Thessalonique en 1225, intervinrent et les troupes nicéennes furent obligées de se retirer. Vatatzès porta alors son attention vers l'Asie mineure et, après une courte campagne et des négociations avec le sultan de Roum, réussit à stabiliser le front de l'Est.

Relations avec le despotat d’Épire

Le despote d'Épire, Théodore Ier Ange Doukas Comnène, s'avéra l'ennemi le plus acharné de Jean Vatatzès. Cherchant à capturer Constantinople avant Vatatzès, il commença par étendre son territoire vers le sud-est grâce à une série de campagnes militaires. Ce plan se heurtait aux intentions du tsar bulgare, Ivan Assen II, qui poursuivait le même but. Aussi, après avoir dénoncé l'alliance qu'il avait signée avec Ivan Assen II contre Jean III Doukas Vatatzès, Théodore Ier déclara la guerre aux Bulgares. Lors de la bataille qui eut lieu au printemps 1230 près de Klokotnica sur le fleuve Évros, l'armée de Théodore Ier fut vaincue et lui-même fut capturé et jeté en prison après avoir été aveuglé. Finalement, le despote d'Épire dut renoncer à ses prétentions au trône de Constantinople ; en 1242, Jean III Doukas Vatatzès obligea le fils de Théodore Ier, Jean, à reconnaître la souveraineté de l'empire de Nicée, à abandonner toute prétention au titre impérial et à reprendre son titre traditionnel de « despote ». Vers 1246, après la mort du tsar bulgare Koloman Ier Asen, successeur d'Ivan Assen II, Jean III Doukas Vatatzès étendit son territoire dans les Balkans après avoir capturé les villes de Serrès, Melnik, Velbazhd, Skopje, Vélès, la Pélagonie et Prosakos. L'empire s'étendit bientôt en Thrace jusqu'au fleuve Évros et en Macédoine jusqu'au Vardar. Par la suite, il se dirigea vers l'est contre Démétrios Comnène Doukas et, en décembre 1246, captura Thessalonique, obligeant Démétrios à se soumettre. En 1247-1248, les armées nicéennes firent campagne en Thrace, capturant Tzurulum et Bizye. Après la bataille de Klokotnica, l'Épire se sépara de Thessalonique et redevint une principauté indépendante sous Michel II Doukas, le fils illégitime de Michel Ier Doukas. Au début, Vatatzès chercha à établir des relations amicales avec Michel II et fit alliance avec lui, alliance renforcée en 1249 par le mariage de sa nièce, Marie, avec le fils de Michel, Nicéphore. En 1251, Michel dénonça cette alliance et s'attaqua aux possessions nicéennes en Macédoine, cherchant à s'emparer de Thessalonique. Au début de 1252, Vatatzès fit campagne dans l’ouest de la Macédoine. Michel II fut obligé de capituler et de signer le traité de paix de Larissa. L'Épire remettait Vélès et Prilep à l'empereur de Nicée, en échange de quoi il gardait le titre de « despote » même si ce titre n'était plus qu'honorifique.

Dès leur arrivée au pouvoir, Ivan Assen II et Jean III Doukas Vatatzès en vinrent aux prises, chacun d'eux tentant de capturer Constantinople pour lui-même. Toutefois, les événements politiques au sein de l'empire latin de Constantinople et l'accession au trône de Jean de Brienne fournirent les conditions idéales pour une alliance entre Nicée et la Bulgarie. À l'hiver 1233, Jean de Brienne attaqua les forces de Vatatzès mais sans succès. Ivan Assen II, de son côté, cherchait à réaliser une alliance anti-latine des États orthodoxes à laquelle se joignit Manuel Comnène Doukas. Au cours des négociations, les dirigeants politiques et ecclésiastiques de Nicée acceptèrent qu'un patriarcat bulgare soit créé, à condition que celui-ci reconnaisse l'autorité du patriarche de Nicée. Au printemps 1235, l'alliance fut conclue à Gallipoli et scellée peu après par le mariage du fils et héritier de Jean III Doukas Vatatzès, Théodore, avec la fille d'Ivan Assen II, Hélène de Bulgarie. Les nouveaux alliés commencèrent immédiatement les hostilités contre les Latins et mirent le siège devant Constantinople à la fois par terre et par mer. L'Empire latin ne consistait plus alors qu'en Constantinople et ses abords immédiats. Le siège ne permit toutefois pas de reprendre la ville. En 1236, les alliés tentèrent une nouvelle fois de s'emparer de la capitale. Pendant le siège cependant, Assen II, craignant une trop grande puissance de Nicée, dénonça l'alliance et exigea que sa fille Hélène lui soit retournée. Par la suite, Assen II, à la tête d'une armée de Latins et de Coumans de Macédoine, lança les hostilités contre Vatatzès, assiégeant Tzurulum, un bastion stratégique. Toutefois, pendant le siège, un désastre, domestique cette fois, força Ivan Assen II à changer une nouvelle fois de position. La peste ayant éclaté à Tarnovo, sa femme, l'un de ses fils et le patriarche moururent l'un après l'autre. Y voyant le châtiment divin punissant son parjure à l'endroit de Jean Vatatzès, Ivan Assen II se hâta de faire la paix avec ce dernier avant de rentrer chez lui. Il permit à sa fille de retourner à Nicée et signa un nouveau traité de paix avec Vatatzès. En 1241, Ivan Assen II meurt le 24 juin. Jean III Doukas Vatatzès, délivré de tous les ennemis pouvant attaquer ses frontières, renouvela l'alliance avec le jeune héritier d'Ivan Assen II, Koloman Ier Asen.

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