Ce Jour-là

Jean Guillou

Organiste, pianiste, compositeur et improvisateur français

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Jean Guillou, né le 18 avril 1930 à Angers et mort le 26 janvier 2019 à Paris 18e, est un organiste, pianiste, compositeur et improvisateur français.

Né le 18 avril 1930 à Angers, Jean Guillou est, dès l’âge de 12 ans, titulaire de l’orgue de l’église abbatiale Saint-Serge. Il fait ses études au Conservatoire national supérieur de musique de Paris où il est l’élève de Marcel Dupré (orgue), Maurice Duruflé (harmonie) et Olivier Messiaen (analyse). Dès 1955, il est nommé professeur d’orgue et de composition à l’Instituto di Musica Sacra de Lisbonne. Il s’installe ensuite à Berlin en 1958, avant de revenir à Paris où il succède à André Marchal comme titulaire des grandes orgues Ducroquet / Merklin / Gonzalez de l'église Saint-Eustache en 1963. Après 52 ans de service bénévole, interrompu entre 1977 et 1989, période d’indisponibilité de l’orgue avant la construction de l’instrument Van den Heuvel, inauguré le 21 septembre 1989, il est nommé par la paroisse organiste titulaire émérite le 22 septembre 2014. Jean Guillou, qui donne son dernier concert le 21 octobre 2018 à Munich, meurt le 26 janvier 2019 à Paris. Ses obsèques ont lieu le 5 février suivant à la cathédrale Notre-Dame de Paris. Il est enterré au Cimetière du Père-Lachaise (division 44, chemin du Quinconce)

Virtuose de l’orgue, Jean Guillou est qualifié de « Rimbaud de l’orgue » Sa carrière de concertiste le conduit à donner plus de 1 500 récitals d'orgue, mais aussi de piano dans le monde entier. Il se produit régulièrement au Japon, aux États-Unis, mais aussi à Mascate, à Tbilissi, en Allemagne dans toute l’Europe. Organiste titulaire de l’église Saint-Eustache, à Paris, il assure l’accompagnement musical des offices et donne nombre d’auditions dominicales et de concerts, jusqu’à la Semaine sainte de 2015 (il est alors âgé de 85 ans). Sa discographie comporte 100 volumes, publiés pour l'essentiel par Universal-Philips-Decca, Festivo, Dorian-Sono Luminus et Augure. Il enregistre avec les plus grands chefs : Te Deum de Berlioz en 1976 sous la direction de Daniel Barenboim (Sony), Troisième symphonie avec orgue de Camille Saint-Saëns en 1984 sous la direction de Edo de Waart (Decca), Symphonie concertante pour orgue et orchestre de Joseph Jongen en 1994 sous la direction d’Eduardo Mata (Dorian). Il est le premier interpréter, lors d’un même concert les deux sonates, pour piano et pour orgue, de Julius Reubke. Fervent interprète de Franz Liszt, il donne aussi plusieurs intégrales de l’œuvre d’orgue de Johann Sebastian Bach. Il inaugure le Double-piano, un piano-pédalier construit par le facteur italien Luigi Borgato, lors de deux concerts donnés en 2002 au Teatro Olimpico de Vicenza, repris en CD (Universal-Philips) et à l’Opéra Royal de Versailles.

Parmi les 88 œuvres inscrites à son catalogue, il faut signaler en premier lieu ses nombreuses œuvres pour orgue dont Toccata (op. 9 de 1962), La Chapelle des abîmes (op. 26 de 1973), Scènes d’enfant (op. 28 de 1974), Hypérion ou la Rhétorique du feu (op. 45 de 1988) et Regard (op. 77 de 2011), Périple (op. 87 de 2018). De nombreuses œuvres associent l’orgue à la voix : Peace, pour chœur mixte et orgue (op. 43 de 1985), Missa interrupta pour soprano, quintette de cuivres (5e concerto "King Arthur" pour quintette de cuivres et orgue par le Quintette Arban), percussions et orgue (op. 51 de 1995), Alice au pays de l’orgue, pour récitant et orgue (op. 53 de 1995) ou à d’autres instruments solistes (marimba, flûte de Pan, piano, percussions, trompette ("Ebauche d'un souffle" concerto pour trompette et orgue pour Thierry Caens)…) dans plusieurs des dix Colloques. Il écrit également de la musique de chambre pour instruments solistes : trois sonates pour piano (op. 5, 33 et 88), Impulso pour flûte (op. 74 de 2009), Co-Incidence pour violon (op. 63 de 1996), et pour ensemble : Cantilia (op. 6 de 1960), Quatuor pour hautbois et trio à cordes (op. 22 de 1971), Poème pour piano à 4 mains et percussions (op. 79 de 2012) ainsi que des œuvres pour orchestre : Concerto grosso (op. 32 de 1978), trois symphonies dont la monumentale Symphonie n°1 « Judith » pour mezzo-soprano et orchestre. On lui doit 8 concertos pour orgue et orchestre, parmi lesquels le Concerto 2000 (op. 62 de 2000), et aussi, notamment, la Révolte des orgues (op. 69 de 2005) pour 8 orgues positifs, un grand orgue, des percussions et un chef. Après de multiples représentations dans des églises en Europe depuis sa création en 2007, l’œuvre est jouée dans la Philharmonie de Munich (en 2010), de Cologne (en 2010), dans la Philharmonie de Berlin, (en 2012), dans l’Auditorio Adrian Martín à Santa Cruz (Tenerife) en 2015 et à la Philharmonie de l'Elbe, à Hambourg (2018). Ses œuvres sont publiées chez Schott Music.

Il se fait connaître, dès le début de sa carrière, comme un improvisateur inspiré. La plupart de ses concerts comportent une partie improvisée. Des enregistrements conservent le souvenir de son langage très personnel : Visions cosmiques, dédiées à l’équipage d’Apollo 8 (1968, Decca), Jeux d’orgue, sur des thèmes donnés par les auditeurs de la radio (1969, Decca), Biloulou pour le film Congo Safari de Marcel Izy-Schwart (2020, Augure), Les Charpentes de Saint-Eustache (Augure, 2023), des CD (« The Art of improvisation », 1991, Dorian ; « Le Voyage à Naples » 2008, Philips), ainsi que des musiques pour les spectacles du Mime Marceau.

Jean Guillou est reconnu pour avoir étendu les possibilités expressives de l’orgue en transcrivant de nombreuses œuvres pour piano ou orchestre de Johann Sebastian Bach (Offrande musicale BWV 1079, Variations Goldberg BWV 988, Fantaisie chromatique et fugue BWV 903, Sarabanda de la Partita pour luth BWV 997, Badinerie de la Suite pour orchestre no 2 BWV 1067, Aria de la Suite pour orchestre no 3 BWV 1068) ; Georg Friedrich Händel (Alla Hornpipe extrait de la Water Music) ; Franz Liszt (version syncrétique de la Fantaisie et Fugue sur le nom de B.A.C.H., Orpheus, Prometheus, Valse oubliée n°1, Psalm XIII, Tasso) ; Wolfgang Amadeus Mozart (Adagio et fugue en ut mineur KV 546, Adagio et Rondo en ut mineur KV 617, Regina Cœli KV 276, Sancta Maria Mater Dei KV 273) ; Modeste Moussorgski (Tableaux d’une exposition) ; Serge Prokofiev (Toccata opus 11, Marche de L’Amour des trois oranges) ; Serge Rachmaninov (Danses symphoniques op. 45) ; Robert Schumann (4 Esquisses, 6 Études en forme de canon, 6 Fugues sur B.A.C.H. pour piano pédalier) ; Igor Stravinsky (Trois danses de Petrouchka) ; Piotr Ilitch Tchaïkovski (Scherzo de la Symphonie no 6 Pathétique, Danse de La Fée Dragée extrait de Casse Noisette) ; Giuseppe Verdi (Stabat Mater et Te Deum extraits des Quattro Pezzi Sacri) ; Antonio Vivaldi (Concerto en ré majeur, Concerto en ré mineur)

En 2012, ses principaux textes sont publiés sous le titre La Musique et le Geste (Éditions Beauchesne, Paris). Il s’agit d’analyses, musicales ou littéraires, et d’études sur divers sujets de facture instrumentale et d’interprétation musicale. En 2014, ses poèmes sont rassemblés dans le recueil Le Visiteur (Christophe Chomant Editions, Rouen) suivi en 2018, chez le même éditeur, de leur traduction en italien par Marco Settimini : Il Visitatore. En 2018, il signe son dernier ouvrage, Esprit de Suite, publié en octobre 2019 par Beauchesne. Organologue, il est l’auteur du livre L’Orgue, souvenir et avenir, ouvrage réédité cinq fois (Buchet Chastel 1978, 1996 et 2010 ; Symétrie, 2016 ; Delatour, 2026), traduit en allemand (Die Orgel, Erinnerung und Vision, Ch. Glatter-Götz - Schwarzach, 1984 et Die Orgel, Erinnerung und Zukunft, Dr. J. Butz Musikverlag, 2006) et en italien (Organo, memoria e futuro, Carrara, 2011).

Il est à l’origine de la conception de nombreux orgues tels que ceux de Notre-Dame des Neiges à l'Alpe d'Huez (Kleuker, 1978), de Notre-Dame des Grâces au Chant d'Oiseau à Bruxelles (Kleuker, 1981), de la Tonhalle, à Zurich (Kleuker et Steimeyer, 19848) réinstallé dans la cathédrale de Koper, en Slovénie, en 2020, du Conservatoire San Pietro a Majella, à Naples (Tamburini et Zanin, 1987-2007), de l’Auditorio Adrian Martín à Santa Cruz, sur l’île de Tenerife (Blancafort, 2005), de S. Antonio dei Portoghesi, à Rome (Mascioni, 2008) et de la cathédrale de Léon (Klais, 2013). Il est le concepteur d'un orgue, dit à « structure variable », destiné à rapprocher l’orgue de son public. Constitué de 15 buffets mobiles commandés par une console générale et plusieurs claviers annexes, il serait possible de le transporter et de le placer en quelques heures dans n'importe quel espace laïc ou religieux, intérieur ou extérieur. C'est à sa demande et avec ses conseils qu'est ajoutée à l’orgue de Saint Eustache une console installée dans la nef de l’église (d'abord fixe, dans le banc d'oeuvres, construite en 1967 par Jean Hermann ; mobile, construite en 1989 Van den Heuvel), permettant à l’organiste de jouer au milieu du public et près de l’orchestre.

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