Jean Guidoni est un chanteur et parolier français, né le 3 mai 1951 à Toulon (Var) et mort le 21 novembre 2025 à Bordeaux (Gironde).
Après une première partie de carrière dans la variété populaire avec les succès Marie-Valentine (1976), Le Têtard (1977) et Nana (1978), il adopte à l'orée des années 1980 une esthétique plus théâtrale, inspirée par le cabaret et la culture underground. Sa collaboration avec le parolier Pierre Philippe marque un tournant décisif et conduit à plusieurs albums salués par la critique comme Je marche dans les villes (1980) et Crime passionnel (1982), composé par Astor Piazzolla. Les chansons de cette époque explorent un univers souvent sombre et abordent des thèmes tels que l'errance urbaine, les marginalités sociales, la sexualité, la folie ou la solitude. Il s'émancipe ensuite de son premier mentor en devenant lui-même parolier et accède à une certaine notoriété avec les titres Tramway Terminus Nord et Mort à Venise en 1987. Au fil de sa longue carrière, il expérimente régulièrement des formes scéniques ambitieuses, alternant périodes de créativité avec divers compositeurs (dont Michel Legrand, Juliette, Daniel Lavoie, Dominique A ou Philippe Katerine) et phases d'écriture personnelle, tout en s'illustrant lors de nombreux récitals.
Deux fois lauréat du grand prix de l'académie Charles-Cros, il est reconnu pour sa présence scénique et ses qualités d'interprète, s'imposant dès ses débuts comme une figure importante de la scène musicale LGBT et queer française.
Jean Quilicus Guidoni voit le jour le 3 mai 1951 dans un immeuble près du marché provençal du cours Lafayette dans la basse-ville de Toulon.
Jean Guidoni et son frère grandissent dans un milieu populaire auprès de leur mère femme au foyer, et de Julie Guidoni, leur grand-mère paternelle qui travaille comme cuisinière dans un restaurant. Leur père exerce le métier de marin et fait de longs voyages au Viêt Nam et au Japon d'où il rapporte des œufs de lump, des graines de lotus et de petites poupées geishas. Les deux enfants souffrent parfois du manque d'argent, surtout des absences récurrentes de leur père.
La famille Guidoni est peu mélomane. Le garçon écoute parfois la radio et sa grand-mère l'emmène de temps à autre à l'Opéra de Toulon pour assister à des concerts de Gilbert Bécaud ou à des spectacles de danse, une discipline qui a toujours attiré le chanteur et qu'il pratiquera sur scène lors d'un spectacle à l'auditorium des Halles en 1991. Ses artistes préférés de l'époque sont essentiellement des chanteuses de la vague yé-yé comme Sylvie Vartan ; il apprécie aussi les opérettes marseillaises et surtout les comédies musicales comme West Side Story ou celles avec Judy Garland.
Plus tard, il fait l'école buissonnière et en profite pour visionner dans les cinémas de quartier de nombreux longs métrages parmi lesquels il apprécie surtout les films fantastiques. Adolescent, il assiste au divorce de ses parents et gagne sa vie en intégrant une école de coiffure.
Premier travail dans un hammam et cours de chant à Paris (1967-1974)
Après une période d'apprentissage à Toulon dans les années 1967-1968, Jean Guidoni travaille comme coiffeur dans le salon de coiffure d'un hammam situé dans la rue Thubaneau à Marseille. Il est confronté jeune à un milieu interlope où se côtoient prostituées, travestis et délinquants. Un soir de février 1971, pressé de fuir ce quartier devenu de plus en plus violent et dangereux, le jeune homme part pour Paris où il trouve une autre place de coiffeur dans un salon du 18e arrondissement.
Puis il prend des cours de chant et grâce à une relation rencontrée dans le salon de coiffure où il travaillait, il confie une maquette (comportant trois chansons avec un accompagnement de piano) à Marcel Rothel, ancien chanteur devenu directeur artistique des éditions Michel Legrand (alors dirigées par Marcelle Legrand, mère du compositeur). Intrigués par le timbre de la voix du jeune homme, Marcel Rothel, Michel Legrand et sa mère misent alors sur lui.
Les débuts dans la chanson (1975-1978)
Après avoir signé son premier contrat, le jeune chanteur commence sa carrière musicale en 1975 en enregistrant trois titres sur Paris Populi, un triple album-concept en forme d'épopée sur la ville de Paris, écrit par Francis Lemarque et Georges Coulonges et auquel ont participé de nombreux artistes dont Michel Legrand. Puis il enregistre pour Polydor son tout premier 45 tours avec les chansons La Leçon d'amour et Quand tu partiras. La Leçon d'amour est une chanson romantique dotée d'une orchestration sophistiquée signée Jean Musy et qui s'inscrit complètement dans le registre de la variété populaire française du milieu des années 1970, que Guidoni qualifiera par la suite de « grande époque Guy Lux » au cours de laquelle régnaient les chanteurs « à voix ». En réalité, le débutant ne parvient pas à exprimer ce qu'il désire vraiment à cette époque. N'étant pas compositeur, et n'écrivant pas encore ses propres textes, il n'a pas la maîtrise du choix de son répertoire. Malgré la banalité de ces premières chansons, Jean Guidoni possède déjà une voix, chaude et bien maîtrisée avec un léger accent du Midi qui lui servira quelques années plus tard lorsqu'il chantera différemment.
En mars 1976, il fait paraître Marie-Valentine sur le label RCA, et sa chanson se classe deuxième dans la sélection du représentant de la France au concours Eurovision de la chanson, derrière Catherine Ferry. Puis il donne quelques galas dans le Midi de la France, en première partie de grandes vedettes de l'époque comme Gilbert Bécaud, Claude François, Joe Dassin et Gérard Lenorman.
Le célèbre parolier Jacques Lanzmann lui écrit en 1977 la chanson Le Têtard (basée sur son roman homonyme) qui obtient un certain succès à la radio et qui lui permettra d'étoffer son maigre stock de chansons sur scène. Son premier album intitulé Jean Guidoni est publié en juin de la même année. Outre les contributions de Lanzmann, le disque comporte des pistes écrites par divers auteurs comme Jean-Pierre Lang et Pierre Grosz. Il a ensuite la chance de remplacer Alain Souchon en lever de rideau lors de la tournée d'été de Serge Lama. Durant trois mois, l'apprenti chanteur défend son répertoire devant quatre ou cinq mille personnes ; il apprend à vaincre sa timidité et à s'« endurcir » au contact d'un public pas forcément acquis.
Pour son deuxième album paru en 1978, il propose pour la première fois plusieurs titres dont il a écrit les paroles comme Nana (d'après le célèbre roman d'Émile Zola) qui aborde le thème de la prostitution que l'interprète développe plus largement au cours de la décennie suivante. On retrouve le même thème dans Chut… Chut… Sweet Lucille qui détonne avec ses paroles pleines d'humour noir et dont le dernier couplet cite le prénom de Jack l'Éventreur. Ces chansons annoncent encore timidement le futur répertoire nettement plus sombre de Jean Guidoni ; la musique et leur interprétation souffrent encore d'un manque d'originalité. Les autres titres de l'album sont écrits par des auteurs aussi réputés que Didier Barbelivien, Pierre Delanoë ou Marie-Paule Belle.
À cette époque, Jean Guidoni est dans l'impasse sur le plan professionnel, ses disques ont du mal à se vendre suffisamment (en dehors du 45 tours Nana qui rencontre un certain succès en Hollande, mais aussi en Allemagne) et sa maison de disque est prête à l'abandonner.
Vers la fin des années 1970, de nouveaux artistes essentiellement venus du théâtre viennent secouer le petit monde très formaté de la variété française, c'est notamment le cas de l'actrice Anna Prucnal, de la chanteuse japonaise Megumi Satsu, de Michel Hermon et d'Ingrid Caven, actrice et égérie de Rainer Werner Fassbinder. Leur univers est sans concessions, ils ne cherchent pas à vendre des disques ni à séduire les programmateurs radiophoniques, mais plutôt à mettre leur talent scénique au service de la chanson.
Un soir du 17 juin 1978, Jean Guidoni se procure justement un billet pour la dernière du spectacle d'Ingrid Caven. C'est en l'entendant interpréter de façon théâtrale des chansons de Fassbinder au cabaret Le Pigall's que Guidoni a le déclic. Ingrid Caven propose un spectacle décalé et plein d'ironie qui étonne le chanteur, son répertoire est essentiellement constitué de chansons en allemand ou en français qui racontent des histoires sordides sur des garçons en cuir, dépeignent un crime pendant une nuit de carnaval, se moquent d'une acnéique suicidaire ou rapportent les propos d'une amante désabusée. Le jeune interprète, qui n'avait jamais rien vu de tel auparavant, achète le disque du spectacle dans la foulée et découvre le nom de celui qui a adapté en français certaines des chansons du réalisateur allemand. Il s'agit du journaliste et cinéaste Pierre Philippe. Né en 1931 et issu également d'un milieu modeste, ce dernier a commencé par travailler comme décorateur de théâtre, puis est devenu journaliste. Il a ensuite réalisé plusieurs courts-métrages ainsi qu'un long-métrage suivi de documentaires pour la télévision. En fin d'année 1979, après de nombreux mois de recherche, Guidoni rencontre cet auteur providentiel qui lui écrit presque toutes ses premières chansons marquantes.