Ce Jour-là

Jean Giono

Écrivain et cinéaste français

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Jean Giono, né le 30 mars 1895 à Manosque dans les Basses-Alpes, où il est mort le 8 octobre 1970, est un écrivain et cinéaste français.

Ses œuvres, souvent ancrées dans le monde paysan provençal, n'en ont pas moins une portée universelle. Bien qu'ami de nombreux écrivains et artistes célèbres (André Gide, Henry Miller, Bernard Buffet…), il demeure en dehors des courants littéraires dominants de son époque, développant pendant plus de quarante ans une œuvre d'une grande originalité.

Il vit principalement à Manosque, et sa culture — notamment littéraire — est essentiellement autodidacte (il a quitté le collège à 16 ans pour travailler), se fondant d'abord sur des œuvres classiques, avant de s'élargir à la modernité. Membre de l'académie Goncourt de 1954 à sa mort, il est parfois perçu comme un simple écrivain "régionaliste", mais ses écrits transcendent les frontières et abordent des thèmes qui concernent la condition humaine.

Giono poursuit également une réflexion très personnelle sur l'art de l'écriture, notamment dans son roman Noé (1948), où il explore la relation entre le romancier et son imaginaire, ou encore dans son Journal.

Jean Fernand Giono naît le 30 mars 1895 à Manosque de Jean Antoine Giono (né en 1845 à Saint-Chamas, mort en 1920), cordonnier anarchiste d'origine piémontaise, et de Pauline Victorine Pourcin (née en 1857 à Saint-Cloud, morte en 1946), d'ascendance picarde par sa mère et provençale par son père, qui dirige un atelier de repassage. Giono a évoqué son enfance dans Jean le Bleu, avec la « belle figure de guérisseur libertaire » de son père, qui a marqué profondément l'écrivain. Son père aurait accueilli et aidé nombre de proscrits et d'exilés.

Pour Pierre Citron, son biographe, l’enfance de Giono, issu de cette famille modeste, dont il est le fils unique (et très aimé), « est pauvre et heureuse. Pour lui c’est un âge d’or dont il fera revivre l’atmosphère, directement ou indirectement, tout au long de sa vie. Ce bonheur est fracassé par la guerre de 14 ».

En 1911, un an avant son baccalauréat, la mauvaise santé de son père et les faibles ressources de la famille l'obligent à interrompre ses études. Il travaille dans une banque, le Comptoir national d'escompte. Il doit parallèlement s'instruire en autodidacte pour assouvir sa soif de savoir. Car il est déjà un lecteur passionné et se constitue l'amorce d'une bibliothèque où figurent les plus grands auteurs, notamment de l’Antiquité grecque et latine, mais aussi Lamartine, Victor Hugo, Stendhal, et la lecture sera toujours pour lui une activité vitale. Dès 1910, il commence à écrire, avec un texte en prose, "Apporte Babeau" (repris plus tard dans le recueil de nouvelles L'Eau vive), puis un roman médiéval, Angélique, qu’il reprendra à plusieurs reprises avant de l’abandonner en 1924 (Gallimard publiera ce manuscrit, bien avancé, en 1980).

En 1914, avant d’être mobilisé, il rencontre Élise Marie Maurin (1897-1998), fille d'un coiffeur et d'une couturière ; elle est interne au lycée d’Aix, puis institutrice à Redortiers, surveillante d'internat à Ajaccio puis au collège de Manosque. Jean Giono lui lit les textes et poèmes qu’il compose alors. C'est, presque tout de suite, le grand amour réciproque. Du fait de la guerre, ils ne se marieront que le 22 juin 1920, peu après la mort du père de Giono, le 26 avril. Ce mariage civil fait « soupirer » Pauline Giono, la mère de Jean, d'après son biographe Pierre Citron. Jean et Élise Giono ont deux filles : Aline (1926-1984) et Sylvie, née le 11 août 1934, qui publieront des livres de souvenirs sur leur père.

Le traumatisme de la Grande Guerre

Jean Giono est mobilisé fin 1914. Il est envoyé comme élève aspirant à Montségur, dans la Drôme. Il ne sera jamais aspirant, n’ayant manifestement pas le sens de l’armée, ni le goût de la chose militaire. En janvier 1915, pendant la Première Guerre mondiale, il est incorporé comme soldat de deuxième classe à Briançon au 140e régiment d'infanterie.

Il participe aux batailles les plus terribles du conflit (Champagne, Verdun, la Somme, le Chemin-des-Dames) et en ressort traumatisé. Son meilleur ami, Louis David, et nombre de ses camarades sont tués par les Allemands.

En 1916, Jean Giono voit sa compagnie décimée, et il est commotionné par l'explosion d'un obus tout proche. Plus tard, en 1918, au cours de la bataille du mont Kemmel, en Belgique, il est « légèrement » gazé. Il reste cependant choqué par l'horreur de la guerre, les massacres, la barbarie, l'atrocité de ce qu'il a vécu dans cet enfer, et il devient un pacifiste convaincu, comme bon nombre d’anciens soldats français poilus. Son pacifisme ne sera pas d'abord rationnel, mais viscéral et existentiel.

« Nous avions "fait" les Éparges, Verdun, la prise de Noyon, le siège de Saint-Quentin, la Somme avec les Anglais, c’est-à-dire sans les Anglais, et la boucherie en plein soleil des attaques de Nivelle au Chemin des Dames. […] J’ai vingt-deux ans et j’ai peur. »

— Jean Giono, Recherche de la pureté, 1939.Démobilisé en octobre 1919, il aura traversé la guerre sans blessure trop grave malgré son gazage, « sans avancement, sans décoration et sans avoir tué personne », dira-t-il fièrement.

Giono écrivain n'abordera frontalement cette période traumatisante de sa vie que dans les années trente (à l'exception de la nouvelle "Ivan Ivanovitch Kossiakoff", publiée en revue en 1925 avant d'être reprise dans le recueil Solitude de la pitié en 1932). Il le fera d'abord par le biais du roman (Le Grand Troupeau, 1931), puis sous la forme de l'essai pacifiste (Refus d'obéissance, 1937). Mais le souvenir des horreurs de la guerre se prolongera bien au-delà, jusque dans Le Hussard sur le toit (1951), à travers la description d'une épidémie de choléra au XIXe siècle.

Écriture et engagement dans l'entre-deux-guerres

La lecture des écrivains classiques (en particulier Virgile et Homère - voir les allusions à « l'Iliade rousse » dans Jean le Bleu) renforce la vocation de Giono pour l'écriture. Le peintre Lucien Jacques, qui a découvert ses premiers poèmes publiés dans la revue marseillaise La Criée, devient son ami, l’encourage et publie dans sa revue Les Cahiers de l’Artisan son recueil Accompagnés de la flûte (1923).

Après un premier roman refusé par Grasset, Naissance de l'Odyssée (qui sera publié en 1930), Colline, qui paraît en 1929 chez le même éditeur, est très bien accueilli et l'introduit dans le milieu littéraire parisien (rencontre d'André Gide, de Jean Paulhan, de Léon-Paul Fargue). L'écriture prend de plus en plus d'importance dans la vie de Giono, si bien qu'après la liquidation, en 1929, de la banque dans laquelle il travaillait, il décide de cesser toute autre activité professionnelle pour se consacrer exclusivement à son œuvre.

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