Jean Gaspard de Vence, né le 6 avril 1747 à Marseille et mort le 12 mars 1808 en son château de Vaulichères (Tonnerre), est un corsaire et officier de marine français du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle, qui termine sa carrière avec le grade de contre-amiral et devient le premier préfet maritime de Toulon.
Une formation alternant course et marine du roi
Son père Nicolas (1697-1771), fortuné, ancien capitaine de vaisseau marchand, est armateur et intendant de la Santé à Marseille. Il possédait des exploitations sucrières à Saint-Domingue et avait également participé avec la famille Clary à la fabrication de savon à Marseille ; sa mère, Marie Caudière, était issue d'une vieille famille de juristes et de marins de la bourgeoisie de Martigues, qui donnera notamment Paul Caudière. Par sa mère, il est également le cousin de Jean-Joseph Rigordy et de Joseph Roux.
Baptisé en l'église Saint-Laurent de Marseille, Jean Gaspard Vence a pour parrain Jean Timon-David.
Son frère ainé Jean-Baptiste (1729-1790), capitaine de vaisseau marchand et corsaire, négociant-armateur à Saint-Domingue et Marseille, en relations avec Boynes et membre du Comité colonial de Saint-Domingue, a reçu de Louis XV une épée d'honneur en 1757 pour sa bravoure en divers combats. Il commanda au sculpteur Fossaty le mausolée érigé à Port-au-Prince en hommage au gouverneur Victor-Thérèse Charpentier. Il est le père de Nicolas Jean-Baptiste Vence et l'arrière-grand père de Charles-Émile Camoin de Vence.
Gaspard Vence grandit dans un environnement lié à la mer et s'embarque à quinze ans à Bayonne vers Saint-Domingue pour y rejoindre son frère ainé Jean-Baptiste et y faire une campagne corsaire. Il fait de solides études de mathématiques et de navigation. En 1766 il sert ensuite dans la Marine royale sur le vaisseau de 74 canons Le Protecteur, commandé par Broves et faisant partie de l'escadre du prince de Bauffremont (Levant). Retournant naviguer au commerce, il devient rapidement capitaine et, en 1767, il parcourt les côtes d'Afrique sur L'Auguste, mais fait naufrage entre Le Cap et Saint-Philippe (pt) de Benguela. Il s'ensuivra une marche de quatre mois en terre aride au milieu de grandes souffrances pour rejoindre la civilisation ; de nombreux membres de l'équipage périront lors de l'expédition, lui rentre à Marseille à demi-mort du scorbut.
Capitaine corsaire et officier du roi pendant la guerre d'Amérique
À peine remis, il part pour les Antilles et se trouve à la Martinique en 1776, au début de la guerre d'indépendance américaine. La France n'étant pas encore entrée dans la guerre d'indépendance des États-Unis, il obtient auprès du Congrès américain une lettre de marque lui permettant ainsi de pratiquer la course sous pavillon américain. Il sert d'abord comme capitaine corsaire sur le chebec La Victoire. Il commandera plusieurs de ses bateaux corsaires aux chantiers navals de La Seyne.
En mai 1777, capitaine du Tigre, équipé de 14 canons de 6, n'ayant qu'un mât et une voile demi-latine, mais monté de 120 hommes, il prend possession d'un vaisseau de commerce anglais, armé de 24 canons et d'une cargaison de cinq cent mille livres. Des plus réputés, il est alors considéré comme un corsaire redoutable et effectue nombre de prises : en 18 mois aux Antilles, il effectue 211 prises et 40 combats ; sa tête est alors mise à prix à deux millions par le Parlement britannique et Lord North. Vence et un autre corsaire, Louis Pringent, font tant de prises que les assurances pour le retour des navires de la Dominique, de la Grenade et de Saint-Christophe montent à Londres de 23%.
Dès que Louis XVI déclare la guerre à la Grande-Bretagne, Vence se hâte de reprendre le pavillon de son roi. Sa notoriété aux Antilles incite le marquis de Bouillé, gouverneur des îles du Vent françaises, à solliciter ses services pour la prise de la Dominique et à la tête de 400 flibustiers équipés à ses frais, Vence prend le fort de Cachacrou qui détermine la prise de l'île. Le lendemain il remporte une victoire non moins belle sur ses hommes en les empêchant « de piller et égorger les habitants de l'île qu'ils viennent de conquérir au nom du roi » : pour cela Vence donne cent vingt portugaises (5 280 livres) de sa propre bourse à ses quatre cents flibustiers.
Il rentre à la Martinique avec un brevet de lieutenant de frégate en récompense de fait d'armes exceptionnel, et est nommé commandant de la Truite le 20 septembre 1778. L'amiral d'Estaing sollicite son aide lors de la bataille de Sainte-Lucie quelques mois plus tard. Il prend le commandement de La Cérès le 1er janvier 1779.
Il passe ensuite comme lieutenant de vaisseau sur Le Languedoc de l'amiral d'Estaing, qui a entendu parler de ses exploits et avec lequel il se lie d'une solide amitié. Il participe de manière décisive à la prise de la Grenade aux mains de Lord Macartney, gouverneur de l'île. Il joue un rôle déterminant dans la prise du Morne de l'Hôpital qui commande la position de l'île. À la tête de quatre-vingts grenadiers, Vence parvient en haut du morne, force les barricades, et s'empare des batteries du côté de l'est. À son approche, les milices lâchent pied ; leur désertion répand l'alarme parmi les soldats. Il les poursuit sans leur donner le temps de revenir à eux-mêmes, et s'élançant vers le pavillon anglais qui flottait sur la batterie principale, il en coupe la drisse d'un coup de sabre, l'amène, le met sous son bras, et arbore à la place la pavillon français. Lorsque les grenadiers anglais, revenant de leur terreur, s'aperçoivent qu'il n'a sous ses ordres qu'environ quatre-vingts hommes et que la colonne qu'il précède, commandée par le comte d'Estaing en personne, est encore éloignée, ils reviennent à la charge. Vence, adossé au mât de pavillon et ayant entouré son bras gauche avec le pavillon anglais dont il se fait un bouclier, se défend seul pendant plusieurs minutes, sans autre arme que son sabre, contre une troupe de grenadiers qui l'attaquent confusément avec sabre et baïonnette. Il aurait à la fin succombé si Houradoux, sergent de son détachement (régiment de Hainaut), ne s'était avancé pour le secourir et lui sauver la vie. À l'instant, le comte d'Estaing lui-même arrive à la tête de sa colonne, et tous reprennent la fuite. Vence, lui présentant le pavillon anglais qu'il vient d'enlever, lui présente aussi le sergent Houradoux qui est alors fait officier. L'amiral d'Estaing ayant fait diriger sur la ville les canons du Morne, Lord Macartney se rend à discrétion.
À l'attaque du Morne, la cassette du Lord Macartney tombe dans les mains de Vence ; elle renferme entre autres des bijoux et la plaque en diamant de son ordre du Bain (objet de près de cinquante mille livres). Vence rapporte à Lord Macartney la cassette dont les lois de la guerre l'avaient rendu maître. Vence ayant fait preuve d'une grande valeur lors de la prise de l'île, lui sont promises la croix de Saint-Louis et la confirmation de son grade. Vence est nommé capitaine du port qu'il a soumis à la domination française. Ses exploits inspirent le vicomte de Noailles, qui fait sa connaissance lors de la prise de la Grenade.
Au mois de septembre, pour soutenir les Insurgents en difficultés en Géorgie, le comte d'Estaing attaque Savannah. Vence commande encore l'avant-garde durant l'expédition de Savannah, à la tête de quatre-vingts grenadiers volontaires, chargé d'attaquer la principale redoute de Spring-Hill. Cinq cents hommes grenadiers destinés à le soutenir, et commandés par deux colonels le suivent, le comte d'Estaing commande en personne une troupe d'élite ; et Benjamin Lincoln, avec ses Américains, fait une fausse attaque du côté opposé. Vence fait brèche à l'abatis, franchit les retranchements au milieu du feu le plus violent, et entre dans la redoute, l'épée à la main. Le détachement de grenadiers qui devait le soutenir arrivant à la brèche de l'abatis, le feu parut si terrible en cet endroit que ceux qui commandaient ce détachements préfèrent contourner le long de l'abatis, mais se retrouvent piégés dans un marais sous les tirs des Anglais avant de pouvoir se retirer. Il y avait près d'une heure que Vence se maintenait dans l'attaque de la redoute, mais n'étant point secouru, voyant l'armée défiler, et restant presque seul au milieu d'un "monceau de cadavres", il est contraint de faire retraite et de repasser le fossé, lui treizième et dernier, sans avoir reçu la moindre blessure. Le comte d'Estaing, moins heureux, est emporté par le capitaine de Vence et ses quelques grenadiers. Il est un des rares à sortir avec gloire de cette défaite française, ses contemporains louèrent cette action et l'amiral, dans un courrier au Ministre de la Marine, crut pouvoir affirmer que si Vence avait été suivi, « la place aurait été emportée ».