Ce Jour-là

Jean Eudes

Prêtre français, fondateur de la congrégation de Jésus et Marie, XVIIe s.

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Jean Eudes, né le 14 novembre 1601 à Ri, en Normandie (France) et mort le 19 août 1680 à Caen (France), est un prêtre français oratorien, fondateur d'un institut religieux consacré à la formation des prêtres, et d'un ordre religieux voué à la réhabilitation des « filles repenties ».

À l'origine de plusieurs séminaires dans sa Normandie natale, il est un artisan de l'introduction des réformes du concile de Trente, en France, ainsi qu'un acteur majeur de l'École française de spiritualité. Il a été canonisé par le pape Pie XI en 1925.

Il est au XVIIe siècle le grand propagandiste du culte au Sacré-Cœur de Jésus et au Cœur immaculé de Marie.

Jean Eudes est né le 14 novembre 1601 à Ri, près d'Argentan, en Normandie. Il est le fils aîné d'Isaac Eudes, chirurgien et de son épouse, Martha Corbin. Son père, qui se destinait à la prêtrise, y renonça pour s'occuper du domaine fieffé à ses ancêtres, seul survivant de sa famille anéantie par la peste de 1587. Jean, voué à la Vierge Marie par ses parents, a quatre sœurs et deux frères, dont l'historien François Eudes de Mézeray (1610-1683).

Dès son bas âge, Jean Eudes montre des signes de grande piété et reçoit la première communion le 26 mai 1613. Il est autorisé à communier chaque mois jusqu'à sa quatorzième année.

Enfant, il reçoit les premiers enseignements de sa formation religieuse et intellectuelle dans l'école d'un prêtre du voisinage : Jacques Blanette. Constatant ses rapides progrès en lettres humaines, son père lui fait donner des cours de latin et de grec.

En sa 12e année, suivant l'exemple de saint Edmond de Cantorbéry, il épouse Marie, mère de Jésus, en passant une bague au doigt d'une statue de la Vierge. Devenu adulte, il rédigera les clauses de cette union dans son Contrat d'alliance avec la Sainte Vierge. En sa 14e année, il fait vœu de chasteté, son confesseur ne lui ayant pas permis de le faire avant.

S'appliquant à mener une vie pieuse et vertueuse, il est surnommé « le dévot Eudes » par ses camarades de classe.

Après avoir accompli ses humanités au collège des Jésuites de Caen où il entre directement en 4e année grâce à sa formation antérieure, Jean Eudes étudie la philosophie. Avec l'autorisation de son père, il embrasse la vie religieuse : en septembre 1620, il reçoit la tonsure et les quatre ordres mineurs de l'évêque de Séez, Jacques Camus de Pontcarré. Le 27 août 1621, il reçoit son certificat de philosophie et entre en théologie. Il est admis, le 23 mars 1623, dans la toute récente Société de l'oratoire de Jésus de France, rue Saint-Honoré, à Paris, où il est accueilli par le fondateur, le cardinal Pierre de Bérulle. La même année ses supérieurs lui demandent de commencer à prêcher alors qu'il n'est encore que novice. En 1624, il est nommé à l'ordre de sous-diacre à Sées puis l'année suivante de diacre à Bayeux. Ordonné prêtre le 20 décembre 1625, il célèbre le 25 de ce mois, jour de Noël, sa première messe, avant de poursuivre ses études théologiques dans la communauté oratorienne d'Aubervilliers. Il est rappelé à Paris par le père de Bérulle vers la fin de novembre 1626 où il reste sept mois avant d'être définitivement associé à l'Oratoire.

Revenu en 1627 en Normandie, il est d'abord envoyé dans la région de Vrigny (diocèse de Séez), touchée par la peste puis à Argentan, frappé à son tour par l'épidémie. A la fin du fléau, il est assigné à l'Oratoire de Caen où il passe cinq années à se préparer à la vie de missionnaire. En 1631, la peste apparaît à Caen : il repart au secours des pestiférés et assiste dans leurs derniers moments son supérieur et deux de ses confrères atteints par le fléau. Pour éviter de contaminer ses coreligionnaires, il se retire la nuit dans un tonneau que les religieuses de la Trinité ont fait placer pour lui servir de refuge sur une parcelle de leurs prairies en bord de l'Orne à Calix. En 1632, il est envoyé aux missions dans le diocèse de Coutances. De retour à Caen, il reprend sa vie d'étude et de prière pour se remettre en mission dans le diocèse de Bayeux en 1635, notamment dans la paroisse de Fresne où il introduit l'usage de la prière en commun. Il publie à la fin de l'année l'opuscule Exercice de piété afin d'enraciner cette pratique. Il part ensuite en mission dans le diocèse de Saint-Malo l'année 1636. L'année suivante, il publie La vie et le royaume de Jésus dans les âmes chrétiennes, ouvrage qui rencontre une grande popularité. Grâce à « la limpidité, l'exactitude, la simplicité, la lucidité » qui le caractérisent et « qu'un enfant pourrait comprendre », il vulgarise ainsi la doctrine oratorienne. Il poursuit ses missions dans le Calvados et la Manche et c'est à Coutances qu'il rencontre en août 1641 Marie des Vallées dont il écrira la Vie en 1655. En janvier 1642, il est envoyé à Rouen et établi « chef de toutes les missions de la province de Normandie » par l'évêque de Rouen, François Harlay de Champvallon.

Fondateur de la Congrégation de Jésus et Marie

S'il échappe à l'épidémie de peste de 1627-1631, il découvre lors de ce fléau l'abandon matériel et spirituel dans lequel vivent les campagnes. De ce constat, il tire une priorité pour son apostolat : pour rechristianiser la société, il faut former des prêtres capables de tenir une paroisse rurale ou de prêcher des missions populaires. Il s'en ouvre aux Oratoriens qui ne le suivent pas dans son projet. Rencontrant cependant les directives du concile de Trente concernant la formation du clergé, ayant reçu début décembre 1642 de Richelieu les lettres-patentes nécessaires à l'érection de sa future congrégation, il quitte, le 19 mars 1643, la communauté de l'Oratoire de Caen, dont il était le supérieur depuis 1640, pour ouvrir un séminaire dans cette même ville. À cet effet, il regroupe sept prêtres chevronnés, des missionnaires capables de devenir des formateurs, et fonde, le 25 mars de la même année, avec l'approbation de l'évêque de Bayeux, une société de prêtres voués tant à la formation des séminaristes et du clergé qu'aux prédications populaires dans les paroisses : la congrégation de Jésus et de Marie, dite des Eudistes. De Caen, les séminaires eudistes essaimeront, du vivant de leur fondateur, à Coutances, Lisieux, Rouen, Évreux et Rennes. Au moment de sa dissolution en 1791, la congrégation comptait 18 maisons : aux cinq grands séminaires s'étaient ajoutés ceux d'Avranches, de Dol, de Senlis, de Domfront, de Valognes, de Sées et de Blois ainsi que trois petits séminaires à Caen, Rennes, Lisieux et deux résidences à Paris et à Saint-Laurent-de-Cuves (résidence de La Garlière).

Jean Eudes donne à sa congrégation des Règles latines en 1644-1645, ouvrage court et méthodique composé en deux parties : Règle du Seigneur Jésus et Règle de la très sainte Vierge Marie, Mère de Dieu. Les Constitutions, qui ne sont consolidées dans leur forme qu'en 1652 ou 1654, comportent treize livres. Elles sont approuvées par décret du Saint-Siège en 1674. Elles sont restées en vigueur jusqu'à la dispersion des membres de la Congrégation en 1792 puis rétablies lors de leur regroupement en 1826. Leur résumé est approuvé par Rome en 1851 et 1857. Leur texte est révisé et adapté aux temps en 1862 et soumis dans son intégralité à l'examen de la Sacrée congrégation des évêques et réguliers qui l'approuve par décret du 19 février 1864 per modum experimenti ad decennium. De nouveau revisités en 1873, les statuts sont approuvés et définitivement confirmés par Pie IX le 19 juin 1874.

Fondateur de l'Ordre de Notre-Dame de la Charité

Dès 1634, Jean Eudes songe à établir à Caen un « refuge » pour les « filles repenties », c'est-à-dire des femmes désireuses de quitter le libertinage ou la prostitution. C'est chose faite en 1641, grâce à l'assistance de membres de la Compagnie du Saint-Sacrement, avec la création de Notre-Dame du Refuge. Quelque temps plus tard, il confie cette œuvre à des religieuses, et crée, avec l'assistance des Visitandines de Caen, un institut qui deviendra l'ordre de Notre-Dame de Charité, reconnu le 8 février 1651 par l'évêque de Bayeux, Mgr Molé, et par une bulle pontificale d'Alexandre VII, le 2 janvier 1666. Du vivant du fondateur, s'établissent, en plus de celui de Caen, les monastères bretons de Rennes (1673), d'Hennebont et de Vannes (1676).

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